Assad défie les efforts diplomatiques de Moscou

Le président syrien Bachar el-Assad.

Le président syrien Bachar el-Assad.

Reuters
Le processus de paix en Syrie est de nouveau au bord de l’implosion. Sur fond de succès des troupes gouvernementales obtenus grâce au soutien de la Russie, le président Assad a annoncé sa détermination à combattre jusqu’à la victoire, enterrant dans les faits la proposition d’introduire un cessez-le-feu. Les nouveaux signaux envoyés par Damas vont à l’encontre des accords trouvés avec la participation de Moscou lors des négociations de Genève et de Munich.

Lors d’une rencontre à Damas avec les principaux juristes du pays, Bachar el-Assad a clarifié sa position : selon lui, les conditions nécessaires à l’établissement d’un cessez-le-feu ne sont pas réunies. « Ils (les médiateurs internationaux) disent qu’ils veulent déclarer un cessez-le-feu d’ici une semaine. Qui est en mesure de faire remplir les conditions et les exigences nécessaires pour cela ? Personne », a déclaré le dirigeant syrien.

Ainsi, le leader syrien a considéré comme irréaliste l’initiative du Groupe international de soutien à la Syrie, dont les membres ont discuté la semaine dernière à Munich la possibilité de déclarer un cessez-le-feu. Moscou, comme Washington, avait joué un rôle clé dans ces négociations.

Assad à rebours

Cependant, le dirigeant syrien n’a pas tardé à doucher l’enthousiasme né dans le sillage de ces succès des diplomates russes et américains. Il a clairement fait comprendre que si un cessez-le-feu était bel et bien déclaré, « chaque faction continuera d’utiliser ses armes ». Assad répète ainsi la thèse principale de son interview remarquée à l’AFP, sur la nécessité de mener la guerre jusqu’à la victoire.

Le président Assad a fait une autre déclaration lundi à la télévision. Evoquant la possibilité d’un règlement politique du conflit, il a invité à se baser sur l’actuelle Constitution syrienne, laissant ainsi entendre que les discussions sur une possible révision n’avaient pas de sens à ses yeux.

Positions divergentes

Les dernières déclarations de Bachar el-Assad démontrent que les positions de Moscou et de Damas divergent sur les questions clés du processus de paix syrien. Moscou appelle à un règlement politique dans le cadre du processus de paix de Genève, alors que Damas préfère le scénario militaire, associé à des « trêves locales ».

Selon des experts russes interrogés par le journal Kommersant, le cap pris par Assad non seulement empêche la Russie de transformer ses succès militaires en Syrie en dividendes politiques, mais menace également d’envenimer encore plus les relations entre la Russie et les occidentaux et le monde arabe.

« En appelant dans les faits à démanteler les accords de Genève, Bachar el-Assad place la Russie et l’Iran dans une situation difficile. Le moment de vérité approche pour la résolution du conflit syrien : les acteurs étrangers doivent faire pression sur leurs clients, les acteurs locaux du conflit », a expliqué à Kommersant Andreï Kortounov, directeur du Conseil russe des affaires internationales. Selon l’expert, malgré toutes les victoires de l’armée syrienne, le potentiel militaire de Damas est clairement insuffisant, non seulement pour remporter la guerre, mais aussi pour conserver ses positions actuelles.

« Les actions du président Assad sont un exemple de chien tirant sur sa laisse. Il essaie de convaincre Moscou du fait que quiconque lui succèdera n’aura aucun amour pour la Russie », poursuit Alexeï Malachenko, expert au Centre Carnegie de Moscou. Selon lui, le leader syrien fait peser l’argument selon lequel la Russie conservera ses positions dans la région tant qu’il sera au pouvoir, mais qu’au cas où il partirait, Moscou perdrait son rôle.

Les experts interrogés par Kommersant insistent : Damas tente de dicter ses conditions à Moscou en jouant sur le fait que les enjeux du conflit syrien sont très élevés. Ils invitent à considérer la situation en Syrie comme un exemple de situation où les grandes puissances, s’impliquant dans des conflits locaux aux côtés de pays opposés, finissent souvent par en devenir les otages.

« Comme le montre l’expérience soviétique en Afghanistan et américaine au Vietnam, il est important durant de telles opérations de ne pas perdre de vue le processus politique et les relations entre le protecteur et le protégé. Il arrive souvent que les enjeux soient si élevés pour une grande puissance que ses protégés essaient d’en jouer », a déclaré à Kommersant Alexeï Arbatov, chercheur à l’Académie des sciences russes.

Texte original publié sur le site de Kommersant

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