Pourparlers sur le Donbass : grandes attentes, mais résultats modestes

Boris Gryzlov.

Boris Gryzlov.

Dmitry Astakhov/RIA Novosti
La première rencontre de l’année du Groupe tripartite sur le règlement du conflit dans le Donbass, qui s’est tenue à Minsk, semblait prometteuse : fin décembre, la Russie a remplacé son représentant au sein de ce groupe par le poids lourd politique Boris Gryzlov, ancien président de la Douma (chambre basse du parlement russe) et ex-ministre de l’Intérieur. L’intérêt était également éveillé par la visite à Kiev effectuée la veille par Boris Gryzlov, qui a suscité un scandale parmi les hommes politiques ukrainiens.
  • Pour la première fois, la Russie était représentée par Boris Gryzlov à la rencontre du Groupe de contact ;
  • Les interlocuteurs se sont entendus sur un cessez-le-feu et sur l’échange de prisonniers ;
  • Aucune information ne précise la situation autour des problèmes les plus aigus du règlement de Minsk : les problèmes politiques.

La rencontre sur le Donbass s’est déroulée le 13 janvier à Minsk. C’est là que les parties ont signé en février 2015 les accords de paix devenus « feuille de route » pour le règlement du conflit dans les régions orientales de l’Ukraine. Les négociations ont réuni des représentants de Russie, d’Ukraine, de l’OSCE et des négociateurs de la République populaire du Donbass et de la République populaire de Lougansk (toutes deux autoproclamées).

Les résultats de la rencontre sont assez modestes. Tous les délégués ont soutenu l’idée de la Russie sur un cessez-le-feu immédiat le long de la ligne de désengagement dans le Donbass et se sont entendus au sujet d’un échange de prisonniers. Il faut dire qu’un cessez-le-feu complet avait été décidé par les membres du Groupe de contact à la fin de l’année dernière, mais qu’il n’a pas été respecté. L’échange de prisonniers est lui aussi évoqué depuis plusieurs semaines.

Recherchedesolutions

Dans le même temps, les experts russes constatent que ces résultats modestes au premier abord ne doivent pas laisser croire que rien n’est fait pour appliquer les accords de Minsk. Selon Dmitri Danilov, chef du département de la sécurité européenne de l’Institut de l’Europe, la matérialisation des accords de Minsk profitera aujourd’hui à toutes les parties. Celles-ci recherchent, même si elles ne l’affichent pas, des dénouements au processus de paix qui, comme le déclarent Moscou et Kiev, s’enlise.

Pour les experts, la nomination de Boris Gryzlov en qualité de négociateur sur le Donbass prouve que la Russie est déterminée à suivre le chemin tracé et qu’elle croit au potentiel des accords de Minsk. Cette nomination « atteste que pour la Russie, la résorption de la crise ukrainienne revêt une importance de principe et constitue une priorité de sa politique étrangère », a déclaré Dmitri Danilov à RBTH. D’après Timofeï Borodatchov, chef du Centre des études européennes et mondiales de la Haute école d'économie de Moscou, le fait que la fonction de négociateur russe sur le Donbass ait été confiée à ce poids lourd politique prouve la détermination de Moscou « à augmenter les enjeux politiques et à conférer à ce poste un caractère plus politique ».

Visite polémique à Kiev

Un témoignage en est fourni par la visite éclair de Boris Gryzlov à Kiev, qui a provoqué une vive réaction en Ukraine. Pour le leader du Parti radical ukrainien, Oleg Liachko, le fait que Boris Gryzlov ait été autorisé à se rendre en visite en Ukraine est « un signe de haute trahison » de la part des fonctionnaires ukrainiens (il estime que le représentant russe aurait dû être arrêté à Kiev comme criminel de guerre – RBTH).

D’après la revue ukrainienne Miroir de la semaine, Boris Gryzlov a rencontré à Kiev le président du pays Petro Porochenko. Toutefois, l’administration du chef de l’Etat ukrainien n’a pas confirmé l’information officiellement.

Le politologue ukrainien Andreï Zolotariov estime que Boris Gryzlov a pu évoquer avec Petro Porochenko les amendements à la Constitution ukrainienne prévus par les accords de Minsk et concernant entre autres le statut du Donbass. 

Selon Dmitri Danilov, les deux hommes se sont penchés sur un problème qui menace de torpiller le processus de paix dans le Donbass, à savoir les élections locales prévues par la République populaire de Donetsk (RPD) et celle de Lougansk (RPL) pour fin février. Le vote, indépendant de Kiev, devait avoir lieu l’année dernière, mais après la pression exercée par Moscou et les capitales européennes, la RPD et la RPL ont accepté de reporter les élections afin de permettre de trouver un compromis sur leur format.

Barack Obama et les élections dans le Donbass

Le problème a été examiné la veille par les leaders russe et américain, ce qui prouve l’importance accordée aux élections dans le Donbass. Le président américain Barack Obama a souligné la nécessité d’arriver à une entente sur ce sujet au cours de son entretien téléphonique du 13 janvier avec l’homme fort du Kremlin Vladimir Poutine.

Toutefois, la position du principal participant aux négociations, Kiev, sur les élections locales dans le Donbass reste inchangée. Kiev ne veut pas aller à la rencontre des deux républiques autoproclamées. « Des élections ? Uniquement dans le cadre de la législation ukrainienne, sous le contrôle de l’OSCE et après le désarmement », a déclaré une représentante de la délégation ukrainienne au Groupe de contact, Irina Guerachtchenko. Le Donbass s’y oppose résolument. Se référant aux accords de Minsk, la RPD et la RPL rappellent que les élections doivent se tenir d’après une loi spéciale qui doit être élaborée avec la participation de représentants des deux républiques.

La prochaine rencontre du Groupe est prévue pour le 20 janvier.

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