Bouk émissaire : deux rapports sur le crash ukrainien

Gilze-Rijen, Pays-Bas, le 13 octobre : Des journalistes prennent en photo la partie avant de l'appareil reconstruite, après la présentation du rapport final du Bureau néerlandais pour la sécurité.

Gilze-Rijen, Pays-Bas, le 13 octobre : Des journalistes prennent en photo la partie avant de l'appareil reconstruite, après la présentation du rapport final du Bureau néerlandais pour la sécurité.

AP
Le 13 octobre, deux rapports ont été publiés simultanément sur les circonstances du crash de l’avion de Malaysia Airlines MH17, survenu en juin de l’année dernière. L’un d’eux présente les résultats tant attendus de l’enquête des autorités aériennes néerlandaises, l’autre a été rédigé par le groupe russe Almaz-Antey, fabricant de systèmes de défense aérienne. Les experts estiment que les deux rapports ne présentent pas de contradictions fondamentales. Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié les résultats de l’enquête conduite par les Pays-Bas de partiaux.

Le Bureau néerlandais pour la sécurité, chargé d’enquêter sur les causes et les conséquences des accidents et catastrophes aériennes, a présenté son rapport final sur le crash du vol MH17, qui avait décollé d’Amsterdam pour Kuala Lumpur. Le rapport hollandais publié le 13 octobre n’indique pas qui a abattu l’avion, mais souligne que cela a été fait par un missile lancé par le système aérien Bouk. Des versions de ce système sont toujours fabriquées par des entreprises d’armement russes.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié le rapport de partial. Sergueï Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, affirme que les Pays-Bas n’ont pas mené une enquête exhaustive et impartiale sur les circonstances du drame, prenant en considération « les informations détenues par Moscou ».

L’espace aérien ouvert

Les experts néerlandais indiquent que l’avion a été abattu par un missile « sol-air » 9M38, lancé par le système Bouk. Le missile a explosé à un mètre à gauche de la cabine des pilotes. Des particules du missile ont été trouvées dans le corps des pilotes, a déclaré le président du Bureau Tjibbe Joustra lors de la présentation des résultats de l’enquête.

Le rapport informe que l’espace aérien dans l’est de l’Ukraine n’avait pas été fermé, alors que des opérations militaires étaient conduites dans la zone et que plusieurs avions militaires y avaient été abattus la veille. « Les autorités ukrainiennes n’ont pas  accordé une attention suffisante au fait qu’un avion civil puisse être la cible de tirs à une altitude de croisière », écrivent les auteurs du rapport. 

Le rapport ne précise pas si le tir est parti depuis le territoire contrôlé par l’armée ukrainienne ou par les partisans des républiques autoproclamées. Il indique que le missile a été lancé depuis un territoire d’une surface comprise entre 20 et 63 km2. Le président du Bureau affirme qu’une enquête complémentaire est nécessaire pour établir le lieu exact de lancement du missile qui a abattu le Boeing. 

Par ailleurs, le rapport indique que le calcul du lieu de tir publié par le groupe Almaz-Antey correspond approximativement aux données des experts ukrainiens et néerlandais. D’après la carte jointe au rapport, cette zone comprend la ville de Snejnoié. Au moment du crash du Boeing, cette agglomération était contrôlée par les partisans des républiques autoproclamées. Les autorités ukrainiennes affirment que c’est de Snejnoié que le missile a été lancé.

Les expériences du groupe Almaz-Antey

Toutefois, dans la présentation publiée le même jour par le groupe Almaz-Antey, les membres de sa direction ont réfuté les allégations concernant le lancement du missile depuis Snejnoié. Après avoir réalisé plusieurs expériences sur le terrain, comprenant l’explosion d’un missile Bouk près de la cabine d’un avion, les spécialistes d’Almaz-Antey ont déclaré que le lancement avait eu lieu dans le village Zarochtchenskoié. D’après les informations publiées par la presse, les troupes ukrainiennes se trouvaient dans ce village en juin de l’année dernière. 

Viktor Mourakhovski, rédacteur en chef de la revue Arsenal Otetchestva (L’Arsenal de la Patrie), a expliqué à RBTH que le lieu du tir est l’un des détails qui diffèrent dans les rapports des experts russes et néerlandais, même si « fondamentalement [ces deux documents] ne se contredisent pas ». L’expert explique que les spécialistes néerlandais ont tracé une zone « assez large » de lancement qui comprend les deux « lieux concurrents ».

Plus de doutes sur le Bouk

Alexandre Khramtchikhine, directeur adjoint de l’Institut des analyses politiques et militaires, estime également que, sur le fond, les deux rapports coïncident. Pour lui, la principale différence réside dans le fait que le document des spécialistes russes « propose une conclusion définitive quant aux responsables du drame, alors que les Néerlandais ne proposent pas de conclusion de ce type ». Par ailleurs, il estime que « la situation actuelle ne permet plus de désigner le vrai coupable », car « il est impossible d’établir, de manière rétroactive, à qui appartenait le système de lancement utilisé pour tirer sur le Boeing »

L’observateur militaire Pavel Felgenhauer estime que les deux rapports ont, une fois de plus, confirmé que l’avion avait été abattu par le système Bouk. « Il était clair depuis le début qu’il ne s’agissait pas d’un avion, mais d’une ogive lourde assez puissante du système Bouk. Après la publication de ces rapports, on peut définitivement cesser de dire qu’il pouvait s’agir d’autre chose », nous a déclaré l’expert. 

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