Le Donbass après Paris : la longue route vers le règlement ukrainien

Paris, France : Le sommet sur l'Ukraine au format « Normandie » au palais de l'Elysée tenu le 2 octobre 2015.

Paris, France : Le sommet sur l'Ukraine au format « Normandie » au palais de l'Elysée tenu le 2 octobre 2015.

Reuters
Peu après la rencontre des chefs d’État russe, français, allemande et ukrainien à Paris, le retrait des armes légères de la ligne de démarcation a été lancé. Les mesures de désescalade devraient être accompagnées d’actes politiques, conformément aux accords de Minsk signés en février dernier. Les parties au conflit y sont-elles pour autant prêtes ?

La république populaire autoproclamée de Lougansk (RPL) a confirmé lundi que les militaires ukrainiens avaient entamé, le jour même, le retrait des armes d’un calibre supérieur à 100mm de la ligne de contact. La RPL avait de son côté commencé le retrait des armes légères dès le samedi 3 octobre. Ces mesures avaient été décidées lors de la rencontre à Paris consacrée au conflit ukrainien, qui s’est achevée par une nouvelle confirmation de la nécessité de respecter les accords de Minsk.

D’après les dirigeants ayant pris part à la rencontre, les accords conclus à Paris exigent des concessions de la part des deux parties au conflit. Cela concerne en premier lieu la question des prochaines élections locales, car le Donbass envisage, pour le moment, de les organiser séparément des élections générales en Ukraine. Paris a conseillé à la RPD (république populaire de Donetsk) et à la RPL de revoir ces projets et d’organiser les élections conformément à la législation ukrainienne. Kiev, à son tour, a été enjoint d’adopter une loi spéciale sur les élections dans le Donbass, de la coordonner avec les dirigeants des régions séparatistes, d’inscrire le statut spécial du Donbass dans la constitution et d’annoncer une amnistie pour les personnes ayant pris part aux combats.

La stabilité du régime ukrainien en question

Les parties sont-elles, pour autant, prêtes à respecter ces ententes, qui confirment une fois de plus les accords de Minsk ? Les experts soulignent que cette préoccupation concerne principalement les autorités ukrainiennes, car, selon les analystes, la RPD et la RPL pourraient plus facilement accéder aux exigences sur l’agenda des élections et leurs modalités. « Il est plus facile pour le Donbass de respecter le volet politique des accords, notamment en ce qui concerne le report des élections, que pour Kiev. <…> Pour Kiev, il en va de la stabilité du régime politique et de la stabilité intérieure du pays », nous a déclaré Maxime Bratevski, expert du Centre des études européennes de l’École des hautes études en sciences économiques.

Par ailleurs, Evgueni Mintchenko, directeur de l’Institut international d’expertise politique, indique qu’un compromis pourrait facilement être atteint sur la question des élections. Celles-ci pourraient être organisées dans le Donbass selon le système des circonscriptions à mandat unique, et non avec la participation des partis politiques ukrainiens et régionaux.

L’Occident retire-t-il son soutien à Porochenko ?

Les experts estiment que Kiev, représenté par le président Petro Porochenko, dispose d’une marge de manœuvre de plus en plus réduite concernant la situation dans le Donbass. « Selon une des hypothèses, Porochenko n’a pas reçu de soutien intégral de ses partenaires occidentaux [à la rencontre de Paris]. Apparemment, on lui a indiqué qu’il ne serait pas possible de scinder les accords de Minsk <…> pour respecter certains volets, mais pas d’autres, en retardant ainsi le processus politique », a déclaré Bratevski. 

Mintchenko estime que « les Européens ont abandonné le soutien inconditionnel de Porochenko pour une perception plutôt critique, et le mettent désormais sous pression pour qu’il tienne ses propres promesses ». L’expert explique ce « changement majeur » dans la position de l’Europe par des « raisons objectives » : « il [Porochenko] fait tout le temps des promesses, mais ne fait rien ».

Porochenko et la crise politique à Kiev

Andreï Ermolaïev, politologue ukrainien et directeur de l’Institut des recherches stratégiques Nouvelle Ukraine, estime également que cette situation arrive à son terme. 

Il souligne que l’Europe oblige Porochenko à agir « même au prix de perturbations importantes en Ukraine ». Il estime que la réalisation du plan parisien pourrait assurer « une trêve plus ou moins durable et une diminution de la présence physique de la Russie dans le Donbass ». Cela n’éliminera pas pour autant la question de « l’autonomie future du Donbass ».

« Les membres de la coalition actuelle au pouvoir ne sont pas tous intéressés par un processus, certes complexe et pénible, mais pacifique : il y a, parmi eux, le « parti de la guerre » et des partisans de la « petite Ukraine » (l’Ukraine sans le Donbass). Le président est également dans une position délicate, car il n’affiche, malheureusement, pas de cohérence ni de plateforme claire sur la question du Donbass », explique le politologue ukrainien, en énumérant les obstacles sur la voie du règlement pacifique.

Comme ses collègues russes, M. Ermolaïev estime toutefois que malgré tout, la reprise des hostilités dans l’est de l’Ukraine n’est pas à l’ordre du jour. 

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