Moscou et Washington réapprennent à dialoguer

Victoria Nuland. Crédit : AP

Victoria Nuland. Crédit : AP

Les récentes visites de diplomates américains de haut rang en Russie prouvent que Moscou et Washington recherchent un terrain d’entente et tentent de rétablir le dialogue politique miné par la crise ukrainienne. Toutefois, les experts russes ne s’empressent pas d’évoquer une reprise du « redémarrage », tout en espérant que les Américains parviendront à pousser Kiev sur la voie de la paix.

Les 17 et 18 mai, la diplomate américaine Victoria Nuland, secrétaire d'État adjointe, s’est rendue dans la capitale russe pour une visite de deux jours. Il s’agit de sa deuxième visite en quelques jours : elle avait d’abord accompagné son responsable John Kerry à Sotchi avant de se rendre en Ukraine, et est ensuite revenue à Moscou pour des négociations avec ses homologues russes au sein du ministère des Affaires étrangères, Grigori Karassine et Sergueï Ryabkov.

La guerre doit rester froide

Ce sursaut d’activité diplomatique a poussé à certains politologues russes à espérer un changement dans l’approche américaine de leurs relations avec la Russie. « Début mai, un groupe de représentants influents du Parti démocrate s’est formé autour du secrétaire d’État John Kerry. Ce groupe désire que les États-Unis soient plus à l’écoute de la réticence de nombreux pays européens face au risque de détérioration supplémentaire des relations avec la Russie. Tout cela a conduit à la visite de Kerry à Sotchi », nous explique Oleg Barabanov, professeur  de l’Institut d'État des relations internationales de Moscou et expert en chef du Club Valdaï.

« Kerry a de la sorte choisi une nouvelle stratégie pour les États-Unis : cesser d’ignorer le processus de Minsk et s’y joindre pour reprendre l’initiative et mener à son terme la résolution de la crise ukrainienne », estime l’expert.

Dmitri Souslov, directeur adjoint du Centre des études complexes et européennes de l’École des hautes études en sciences économiques, ne partage pas cet avis. « Il est prématuré de parler d’une percée, d’un réchauffement ou de concessions de la part de Washington. Les Etats-Unis cherchent simplement à empêcher une nouvelle escalade en Ukraine et une détérioration des relations russo-américaines en cette période de campagne présidentielle », explique l’expert. « Les pragmatiques au sein de l’administration Obama ne sont pas intéressés par une escalade, car la Maison Blanche sera alors poussée à apporter un soutien militaire à l’Ukraine et nous pourrions nous rapprocher très rapidement d’une éventuelle confrontation entre la Russie et l’Otan ».

Marge de manœuvre réduite pour Kiev

Entretemps, l’Ukraine reste la principale pomme de discorde. Les accords de Minsk, qui fixent les paramètres du règlement de la crise en Ukraine, ont constitué le thème central des négociations entre Nuland et les diplomates russes. Les négociations de Moscou ont, notamment, montré que les parties ont une vision différente de ce que doivent être la décentralisation et la réforme constitutionnelle en Ukraine.

Au sein de la communauté des experts russes, il n’y a pas de consensus sur le bénéfice éventuel que l’implication directe des États-Unis dans le processus de Minsk pourrait représenter pour la Russie. « Nuland n’est pas la négociatrice la plus coulante et accommodante pour la Russie, et elle fera tout pour empêcher que la crise soit résolue selon les conditions de Moscou », explique Dmitri Souslov. 

« Pour la Russie, une intervention des Américains dans le format de Minsk n’est pas souhaitable actuellement, car l’objectif principal est le rétablissement du dialogue avec l’Allemagne », estime Oleg Barabanov.

Néanmoins, Dmitri Souslov estime que la revitalisation de la diplomatie américaine a ses points positifs : « Jusqu’à une date récente, les États-Unis représentaient le point de vue de Kiev. Désormais, Washington pourrait devenir un acteur qui chercherait un règlement politique et non l’escalade militaire. Oui, leur vision du règlement diffère de la vision russe, mais au moins, il ne s’agit plus de régler la question du Donbass par les armes ».

L’implication des Etats-Unis est très importante pour la Russie, car elle réduit la marge de manœuvre des Ukrainiens. « Kiev n’écoute que ceux qui lui disent des choses plaisantes. Aussi, le pouvoir ukrainien cherche toujours le partenaire le plus confortable. Alors quand tous les partenaires parlent d’une seule voix, cela devient un argument puissant », nous explique Andreï Souchentsov, associé gérant de l’agence analytique Politique extérieure.

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