Pour les États-Unis, le chemin du « format Normandie » passe par Sotchi

Crédit : Mikhaïl Klimentiev / RIA Novosti

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Le secrétaire d’État américain John Kerry a personnellement évoqué la crise ukrainienne avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le président russe Vladimir Poutine. Les experts interrogés par RBTH estiment qu’on peut désormais parler d’une adhésion de fait des Etats-Unis au « format Normandie ».

Le 12 mai, le secrétaire d’État américain John Kerry s’est rendu en Russie pour la première fois en deux ans et a participé à de longs pourparlers avec son homologue Sergueï Lavrov et avec le président russe Vladimir Poutine. Le Kremlin annonce qu’aucune percée n’a été obtenue dans les relations entre Moscou et Washington. De leur côté, les experts russes sont convaincus que les rencontres de Sotchi modifient profondément le mécanisme de règlement de la crise ukrainienne et impliquent de fait les États-Unis dans le « format Normandie ».

« La meilleure voie vers la paix »

Commentant les pourparlers, le conseiller du président russe Iouri Ouchakov a déclaré qu’ils avaient été ouverts et amicaux, sans toutefois marquer de percée. Sergueï Lavrov a déclaré que la rencontre avec son homologue américain avait été « formidable ».

Kerry a également souligné la franchise dans les discussions avec les dirigeants russes et, évoquant l’Ukraine, a qualifié les accords de paix de Minsk de « meilleure et principale voie vers la paix ». « Ils doivent être pleinement mis en œuvre le plus rapidement possible », a déclaré le secrétaire d’État.

Au cours du briefing à l’issue des pourparlers, Kerry a répondu aux déclarations du président ukrainien Petro Porochenko, qui avait assuré que Kiev reprendrait le contrôle de l’aéroport de Donetsk, occupé par les insurgés. Il lui a proposé de réfléchir avant de recourir aux opérations militaires. Pour le secrétaire d’État américain, une telle décision constituerait une « grave menace » pour les accords de Minsk.

Les déclarations de Kerry à Sotchi sont dans une certaine mesure symboliques, nous a expliqué Andreï Souzdaltsev, vice-doyen de la faculté d’économie mondiale de l’École des hautes études en sciences économiques. Le politologue a souligné que John Kerry s’était, dans les faits, engagé à exercer une pression sur Kiev et avait pour la première fois reconnu que les accords de Minsk étaient violés par les deux parties, sans jeter la pierre uniquement sur les insurgés ou la Russie, comme le faisait auparavant Washington. 

Accord de principe

Selon les observateurs, les parties sont parvenues à Sotchi à des accords de principe concernant la situation en Ukraine. Désormais, les États-Unis exerceront une pression supplémentaire sur Kiev afin qu’il respecte les accords de Minsk, tandis que Moscou usera de sa propre influence avec les républiques autoproclamées du Donbass. Les accords de Minsk constituent par ailleurs une base commune, ce qui est capital pour Moscou, l’un des garants de leur mise en œuvre, a souligné Dmitri Danilov, responsable du département de la sécurité européenne de l’Institut de l’Europe près de l’Académie des sciences de Russie. Si les États-Unis se limitaient auparavant à une reconnaissance politique et diplomatique de l’importance des accords de Minsk, désormais, les Américains œuvreront dans ce sens [pour le règlement de la crise ukrainienne], a indiqué le politologue. Cela améliorera les chances de rétablir la paix dans la région, compte tenu des liens extrêmement étroits entre Kiev et Washington, a souligné le politologue.

Les experts estiment que les États-Unis ont adhéré de fait au « format Normandie » (Russie, Allemagne, France et Ukraine) pour le règlement du conflit. « Dans les faits, les États-Unis ont rejoint ce format de négociations. Nous [Moscou] l’exigions, sans être certains qu’ils accepteraient… [Le président américain Barack] Obama a décidé de faire un pas prudent et réfléchi à notre rencontre », nous a déclaré Igor Bounine, directeur général du Centre des technologies politiques.

« Moment critique »

À l’issue des pourparlers de Sotchi, Kerry a évoqué la mise en œuvre des accords de Minsk, d’abord par téléphone avec le président Porochenko, puis au cours d’une rencontre avec le chef de la diplomatie ukrainienne Pavlo Klimkine au sommet de l’OTAN à Antalya, en Turquie. La presse relève également que bien que Kerry ait une fois de plus déclaré que les accords de Minsk « devaient être respectés par la Russie et les séparatistes », il a également souligné que « le moment critique d’agir était venu ».

Danilov estime que le caractère positif des rencontres de Sotchi constitue un gage pour la poursuite du dialogue russo-américain à l’avenir. 

 

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