La Russie menace de quitter définitivement l'APCE

Strasbourg, France. Le président de la délégation russe Alexeï Pouchkov à la session de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), le 27 janvier 2014. Crédit : Mikhaïl Djaparidze/TASS

Strasbourg, France. Le président de la délégation russe Alexeï Pouchkov à la session de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), le 27 janvier 2014. Crédit : Mikhaïl Djaparidze/TASS

La Russie envisage de quitter l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). C'est ce qu'a annoncé le 28 janvier à Strasbourg Alexeï Pouchkov, chef de la délégation russe. Au demeurant, les experts et les hommes politiques européens pensent que Moscou comprend l'importance de sa collaboration avec l'APCE, et que le refus de participer au travail de cette organisation ne sera que temporaire.

« Nous nous retirons de l'Assemblée parlementaire jusqu'à la fin de l'année, nous félicitons l'Assemblée parlementaire d'avoir pris cette décision inadéquate, qui frappe durement le dialogue interparlementaire européen », a expliqué M. Pouchkov, commentant la décision de l'APCE de suspendre les droits de la délégation russe jusqu'en avril. « Je tiens à souligner que jusqu'à présent, la Russie n'avait pas envisagé de quitter le Conseil de l'Europe, mais la décision de l'APCE met cette possibilité à l'ordre du jour », a déclaré le député russe.

Une source de la délégation russe a déclaré à RBTH que la décision de l'APCE de prolonger les sanctions imposées en avril 2014 suite à l'intégration de la Crimée à la Russie rendait nécessaire l’adoption de décisions radicales quant à la participation à une telle organisation. « En nous renvoyant de session en session, ils vont maintenir la délégation russe dans un état de tension sans nous donner ni le droit de vote, ni la possibilité de travailler pleinement à l'APCE », a expliqué notre source, faisant remarquer qu'à chaque fois que les Russes donneraient satisfaction aux députés européens, on leur présenterait de nouvelles exigences.

« Les députés du Conseil de l'Europe ont formulé dans leur résolution plusieurs exigences qui sont, bien évidemment, inapplicables et absurdes, puisque les députés demandent de restituer la Crimée à l'Ukraine et de retirer les troupes russes du territoire de la péninsule », a expliqué le sénateur Alexeï Alexandrov, membre de la délégation à l'APCE, dans une interview pour RIA Novosti.

« Cette voie n'est pas constructive, mais ce n'est pas notre choix. Nous étions prêts à travailler à l'APCE, à écouter les critiques à notre égard, à exprimer notre position par rapport à ces remarques, mais on nous a privés du droit de vote et on ne veut pas nous écouter », estime le premier vice-président du Comité des affaires étrangères du Conseil de la Fédération (sénat russe), Vladimir Djabarov.

Selon une source de RBTH, la Russie devrait cesser de payer environ 32,3 millions d'euros par an de frais d’adhésion à l'APCE. Cela équivaut à 10,5% du budget de l'organisation.

Moscou envisage une rupture définitive

Par ailleurs, la prolongation des sanctions à l'égard de la délégation russe place la question du retrait de la Russie du Conseil de l'Europe à l'ordre du jour. M. Pouchkov a déjà annoncé que cette question serait étudiée à la fin de l'année 2015 « en fonction de la situation politique ».

Commentant les déclarations de M. Pouchkov pour RBTH, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland, a dit : « J'estime que nous ne devons pas nous faire peur en menaçant d'exclure un membre du Conseil de l'Europe ou bien de quitter le Conseil de l'Europe. Je n'imagine pas que ceci puisse arriver dans l'Europe moderne, ce serait à nouveau diviser les peuples et nous exclure les uns les autres. Nous devons surmonter les problèmes qui nous sont posés aujourd'hui. »

Jagland est persuadé que la Russie souhaite rester membre du Conseil de l'Europe à l’avenir, car « c'est justement ici que la Russie a un lien avec le reste de l'Europe et qu'elle apparaît comme une nation européenne ». Selon lui, le Kremlin partage lui aussi cet avis.

Le directeur du département des évaluations stratégiques du Centre d'analyse des situations de l'Académie des sciences de Russie, Sergueï Outkine, a déclaré dans une interview pour Gazeta.ru qu'il était peu probable que la Russie quitte l'APCE : « J'ai le sentiment que l'utilité générale du Conseil de l'Europe n'est pas remise en question, même par la majorité des critiques de l'APCE. En conséquence, la « rupture » peut ressembler à peu près à ce que nous avons déjà vu auparavant : des députés qui refusent de participer au travail d'une assemblée qui ne leur est pas bloquée. »

Pour l’heure, d’autres structures européennes gagnent en importance pour la Russie. « Aujourd'hui, nous transférons toute notre activité parlementaire sur l'assemblée parlementaire de l'OSCE et l'assemblée parlementaire de la Méditerranée. Nous y mènerons des dialogues actifs sur la problématique européenne. Et en premier lieu, sur l'architecture de la sécurité », a déclaré le membre du  Comité des affaires étrangères du Conseil de la Fédération, Igor Morozov.

 

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