Bataille pour la Moldavie

Crédit : AFP/East News

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Le 30 novembre prochain, des élections législatives se tiendront en Moldavie. Elles sont considérées comme la bataille décisive entre les forces pro-occidentales et pro-russes. Gros plan sur les forces soutenues jusqu’ici par Moscou et leurs rapports avec la Russie.

Au cours de l’année écoulée, la Moldavie s’est rapprochée de l’Union européenne plus qu’aucun autre pays de la CEI, considérée par Moscou comme sa zone d’intérêts privilégiée. Plus la crise en Ukraine s’aggravait, plus l’Union européenne montrait sa bienveillance à cette petite république, en dépit de ses nombreux problèmes en suspens, du système judiciaire profondément corrompu au conflit gelé de Transnistrie.

Fin juin, en plein embrasement dans le sud-est de l’Ukraine, la Moldavie a signé l’accord d’association avec l’Union européenne (ratifié par le Parlement européen le même mois) et, dès septembre, une zone de libre-échange avec l’Union européenne a été mise en place. Les autorités moldaves estiment que ces succès sont mérités et assurent qu’ils sont le fruit d’importantes réformes. Pourtant, difficile de ne pas avoir le sentiment que Chisinau est propulsé dans les bras de Bruxelles par l’onde de choc de la crise ukrainienne.

Face à l’accélération de intégration européenne, Moscou a répondu comme à l’accoutumée : en 2013, la Fédération de Russie a introduit un embargo sur l’alcool moldave, avant d’instaurer cet été des restrictions sur l’importation de produits agricoles. Dmitri Rogozine, qui supervisait alors les relations avec Chisinau, a maintes fois prévenu les autorités moldaves que le rapprochement avec l’Europe leur serait nocif, alors que le retour sous l’aile protectrice de la Russie leur serait au contraire bénéfique. a

Répartition des forces

Selon les sondages, le parlement moldave compte six partis divisés équitablement entre « pro-russes » et « pro-occidentaux ». Les « pro-occidentaux » sont représentés par le Parti libéral-démocrate, le Parti démocrate et le Parti libéral. Formant auparavant  l’alliance au pouvoir, ils se prononcent en faveur du rapprochement avec l’UE. Les libéraux insistent, par ailleurs, sur l’adhésion immédiate à l’OTAN.

Les « pro-occidentaux » sont en rivalité avec l’opposition de gauche : le Parti des communistes, le Parti Patria et les socialistes d’Igor Dodon. Ces derniers sont catégoriquement opposés à l’OTAN et critiquent le gouvernement et l’Union européenne à des degrés d’intensité différents. Les communistes affirment que l’accord avec l’UE ne tient pas compte des intérêts nationaux et qu’il nécessite une révision sérieuse. Patria souhaite que l’axe politique extérieur soit défini au moyen d’un référendum, tandis que les socialistes promettent un virage immédiat vers l’est dès leur arrivée au pouvoir.

Aucun des six partis ne peut prétendre lors des prochaines élections à une majorité lui permettant de former un gouvernement. Ainsi, ils devront s’entendre sur une coalition avant les élections, sans quoi ces élections ne seront pas les dernières.   

Enjeux en hausse

D’une manière ou d’une autre, Moscou parie sur le flanc gauche. Il y a un an déjà, Moscou envisageait de coopérer avec les communistes. En novembre 2013, Kommersant Vlast a appris que le chef du Parti communiste russe Guennadi Ziouganov avait appelé le président russe à aider les communistes moldaves, principal allié de la Russie sur le front moldave, et avait obtenu son accord.

Au début de cette année, la victoire semblait tout à fait probable. Les communistes réunissaient des gens dans la rue, qualifiaient l’association avec l’UE d’illégitime et exigeaient un référendum sur l’adhésion à l’Union douanière. Leur cote de popularité était en hausse, tandis que celle des partis au pouvoir et favorables à l’intégration européenne était en berne.

Pourtant, les relations avec les communistes moldaves ont pris une nouvelle tournure. En mai, le chef des communistes moldaves Vladimir Voronine a épuré le parti, limogeant les leaders du parti les plus virulents vis-à-vis du gouvernement, et a radicalement changé sa rhétorique, abandonnant les critiques à l’égard de l’UE.

Le Kremlin a alors porté son attention sur le président du Parti socialiste Igor Dodon. Le 4 novembre, lors d’une réception organisée à l’occasion de la Journée de l’Unité nationale, ce dernier a rencontré Vladimir Poutine.

Grâce au soutien médiatique et politique de Moscou, la popularité des socialistes a commencé à croître. Si au début de cet automne, les sondages ne donnaient que 4% à peine à ce parti, ne lui permettant pas d’atteindre le seuil électoral fixé à 6%, le récent sondage du Baromètre de l’opinion publique (BOP) a montré qu’ils sont désormais soutenus par 7% des sondés.

Acteur éliminé

Patria (Patrie) est le troisième parti et la force politique la plus énigmatique de Moldavie. En tête de liste figure l’entrepreneur âgé de 36 ans Renato Usatii. Ses actifs, y compris son entreprise, ses propriétés immobilières et plus de 500 000 actions de Gazprom, se trouvent en Russie. En outre, il occupe le poste de vice-président senior de l’Union des constructeurs des chemins de fer russes.

Pourtant, Usatii affirme ne pas être en contact avec le Kremlin et mener sa campagne de façon autonome. Les sources au sein de Patria racontent qu’Usatii a été invité à participer à des pourparlers avec l’administration du président russe, mais qu’il aurait refusé.

La popularité d’Usatii au sein de la population lassée par les efforts d’intégration européenne croît rapidement : il est soutenu par des entrepreneurs aussi bien que par de modestes vendeurs. Le sondage du BOP cité plus haut a montré qu’il compte 8% de sympathisants parmi tous les sondés et 12% d’intentions de vote. Toutefois, le 27 novembre, la Chambre d’appel de Moldavie a écarté le parti d’Usatii des élections parlementaires.

Résultat

Des sources informées sur les rapports entre le pouvoir russe et les forces moldaves indiquent que Moscou compte sur une coalition de centre-gauche composée de communistes, socialistes et autres figures du parti d’Usatii. Sachant que les trois partis réunis parviendraient à obtenir au parlement le nombre de sièges nécessaire pour former une coalition – au minimum 51 sur 101. La création d’une telle coalition est compliquée par le fait que les communistes considèrent les socialistes comme des traîtres (Igor Dodon était un député du Parti communiste, mais l’a abandonné pour rejoindre les socialistes) et ont maintes fois affirmé qu’ils refuseraient l’union.

Article initialement publié sur le site de Kommersant

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