Un colloque sur 1914 dénonce les bruits de botte en 2014

Crédit : service de presse

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La situation internationale en 2014 présente de trop nombreuses similitudes avec celle qui prévalait en Europe en 1914 et les bruits de bottes risquent d’annoncer une IIIème guerre mondiale, ont prévenu historiens, économistes et politologues, réunis pour un colloque de 3 jours à Belgrade, mi-septembre, sur le centenaire de la Grande Guerre.

Les participants à la conférence, organisée par des fondations serbes et russes proches de Vladimir Iakounine, président de la Compagnie des chemins de fer russes (RZD), ont exhorté les gouvernements et institutions à éviter une « nouvelle catastrophe pour l’humanité ».

Les guerres ne sont jamais le fruit du hasard

Dans le cadre du forum, des historiens sont revenus sur les raisons de la Première Guerre mondiale. Pour eux, l'assassinat de l’héritier des Habsbourg à Sarajevo n’était qu’un prétexte. Ainsi, Lioubodrag Dimich, historien serbe, a démontré que la Serbie (proportionnellement, le pays qui a eu le plus de victimes durant ce conflit) ne voulait pas cette guerre et n’était pas en mesure d’y entrainer d’autres pays.

Mais il y a des tendances actuelles, y compris en Serbie, de chercher à réécrire l’histoire dans un sens plus politiquement correct aujourd’hui pour l’UE et l’Allemagne. La tentative vise à rendre la Serbie et la Russie responsables du conflit mondial. On voit ça dans les gazettes françaises, préoccupées à « diaboliser la Russie ».

De l'autre côté, la corrélation entre endettement et guerre, crises et volonté de les résoudre par le conflit, et la situation du dollar, liée à la volonté de domination unipolaire de la conception géopolitique anglo-saxonne, selon les économistes présents au colloque. Ces derniers ont rappelé que lorsque la coopération économique entre pays est réduite à zéro, la guerre devient probable.

Il ne peut y avoir d’Europe sans la Russie et pas davantage de Russie sans l’Europe, a déclaré au colloque Walter Schimmer (Autriche), ancien président du Conseil de l’Europe, avant de dénoncer les tentatives d’isoler la Russie.

Alexeï Podberezkine, de l’Institut des relations internationales du ministère russe des Affaires étrangères, a pour sa part montré comment des divergences sur les valeurs civilisationnelles pouvaient servir de prétexte à une guerre, motivée en fait par des conflits d’intérêts.

Inquiétantes prémisses d’une nouvelle guerre

L’intervention de l’ancien ambassadeur canadien James Bisset a été particulièrement remarquée. Il a rappelé l’article Ier du traité de l’Alliance atlantique qui stipulait que l’OTAN ne prendrait jamais l’initiative d’un conflit armé et n'en menacerait même pas.

Il s’est désolé que cet article ait été « unilatéralement et illégalement (puisque c'est un traité) supprimé de facto par le président Bill Clinton » et ce pour intervenir en Yougoslavie.

Selon lui, cet article a garanti la paix durant la guerre froide et sa disparition, avec « l’élargissement agressif de l’OTAN » aux frontières de la Russie, en dépit des promesses faites par Bush père à Mikhaïl Gorbatchev, et sa suppression justifie les pires inquiétudes. 

D’autres orateurs ont expliqué les mécanismes de la guerre de l’information, d’ores et déjà entamée, peut-être en prélude d’une guerre totale. La comparaison avec la conduite de la presse lors de la Première Guerre mondiale saute aux yeux.

On assiste aux mêmes pratiques : de la désinformation (la pseudo-responsabilité affirmée sans preuves des insurgés de Donetsk dans la catastrophe du Boeing malaisien en août) ; de la dissimulation (passer sous silence tous les faits présentés par l’Etat-major russe après cette catastrophe) ; du double standard (le massacre d’Odessa quasiment ignoré dans la presse occidentale).

Contre de telles pratiques, mettant en cause le rôle même de l’information dans une société démocratique et un système économique de libre concurrence, les journalistes s’étaient dotés d’une charte déontologique dès 1918 à Paris, puis à Munich en 1971. Le respect de cette charte semble bien loin et la guerre bien engagée dans ce domaine.

« L’humanité s’est retrouvée captive de l’idée que la paix est acquise pour toujours. Exactement comme l’opinion ne croyait pas en la possibilité d’une guerre globale il y a cent ans. Aujourd’hui, des opérations militaires sont menées en Europe et les perspectives de guerre ne semblent plus impossibles », conclut le document résumant les travaux de la conférence

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