Poutine invite l’Inde et le Pakistan à rejoindre le groupe de Shanghai

Les membres de l’OCS ont à ce titre apporté leur soutien à la Russie et plaidé pour la poursuite des négociations en Ukraine. Crédit : AP

Les membres de l’OCS ont à ce titre apporté leur soutien à la Russie et plaidé pour la poursuite des négociations en Ukraine. Crédit : AP

Les 11 et 12 septembre derniers, au cours du sommet de Douchanbé, les chefs des Etat-membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan) ont signé les documents rendant possible l’adhésion de nouveaux membres durant le prochain sommet qui se tiendra en 2015 à Oufa (Russie). Il s’agira selon toute vraisemblance de l’Inde et du Pakistan.

On s’attendait à ce que le sommet de Douchanbé de l’OCS revête une portée historique. Un certain nombre de politologues de renom avaient prévu que de nouveaux membres allaient rejoindre l’organisation. Cet élargissement avait toutefois été retardé, la situation en Ukraine occupant le devant de la scène.

Les membres de l’OCS ont à ce titre apporté leur soutien à la Russie et plaidé pour la poursuite des négociations en Ukraine, indique la déclaration de l’OCS. Le groupe de Shanghai a salué la signature à Minsk d’un accord de cessez-le feu et s’est prononcé pour la mise en œuvre du plan de paix du président russe.

Comme l’a déclaré aux médias russes l’assistant du président russe Youri Ouchakov, l’élargissement de l’alliance est prématuré à l’heure actuelle, compte tenu des préoccupations liées aux différends bien connus entre l’Inde et la Chine, l’Inde et le Pakistan et les sanctions imposés à l’Iran. Ces facteurs pourraient affaiblir l’alliance.

L’élargissement reste toutefois à l’ordre du jour. La Russie, qui a succédé au Tadjikistan à la présidence de l’OCS, compte faire en sorte que le processus d’élargissement de l’organisation se concrétise au cours de l’année prochaine, a déclaré le président russe, Vladimir Poutine.  

L’assistant du président Youri Ouchakov a souligné qu’une situation favorable à l’élargissement de l’organisation pourrait émerger au cours de la présidence russe de l’OSC. L’Inde et le Pakistan pourraient obtenir le statut de membre à part entière durant le sommet d’Oufa de juillet 2015, ce qui constituera la principale avancée de cette période, estime M. Ouchakov. Ce dernier indique que les chefs d’Etat ont défini au Tadjikistan un « mémorandum type portant sur les engagements à remplir en vue d’obtenir le statut d’Etat-membre de l’OSC », ainsi que sur « la procédure d’obtention du statut d’Etat-membre de l’OCS ».

Selon le président Poutine, parmi les autres priorités de la présidence russe figurent le renforcement du rôle de l’OCS comme garant de la sécurité régionale, le lancement d’importants projets économiques multilatéraux, l’approfondissement des relations culturelles et humanitaires, la définition d’approches communes sur les problèmes régionaux et globaux contemporains. D’ici le prochain sommet, une stratégie de développement de l’OCS jusqu’en 2025 sera également élaborée, a déclaré le président russe.

Les experts divisés sur le bilan du sommet

Commentant le sommet des chefs d’Etat de l’OCS, le spécialiste de l’Asie centrale et du Moyen-Orient Alexandre Kniazev a déclaré à RBTH qu’au cours de toute son histoire, aucune dynamique particulière de développement ne s’était manifestée au sein de l’organisation. « La composition des Etats-membres est complexe, avec une Chine dominante sur le plan économique, une Russie exerçant une forte influence politique, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan disposant d’une autonomie relativement importante tandis que le Kirghizstan et le Tadjikistan agissent en fonction de la conjecture du moment, ce qui empêche une prise de décision efficace. Dans la mesure où les décisions sont prises par consensus à l’OCS, des questions restent en suspens d’une année sur l’autre, comme par exemple celle du processus d’adhésion de nouveaux membres. Lors du sommet de Douchanbé, les documents régissant l’adhésion de nouveaux membres ont été mis à jour, mais l’Iran, le pays le mieux préparé à intégrer l’organisation parmi l’ensemble des candidats, n’a pas été en mesure de rejoindre l’organisation en raison des sanctions toujours en vigueur. La déclaration mentionnant une possible adhésion de l’Inde et du Pakistan au cours du sommet d’Oufa semble sujette à caution. Et pas uniquement à cause des problèmes existants entre eux. La politique étrangère de l’Inde se rapproche d’année en année toujours davantage des USA et du bloc occidental, tandis que le Pakistan devient le théâtre d’une lutte d’influence entre la Chine et les USA », a indiqué à RBTH M. Kniazev.  

Selon ce dernier, la Mongolie pourrait se retrouver au centre d’une curieuse intrigue : la visite du président russe Vladimir Poutine et du président chinois Xi Jinping à Oulan-Bator, ainsi que la rencontre trilatérale en marge du sommet, a probablement comporté, en plus de la question de la construction du gazoduc russo-chinois traversant le territoire mongol, des discussions sur des points plus généraux liés au vecteur stratégique de développement de ce pays.  

Curieuse rencontre également que celle du président de l’Ouzbékistan Islam Karimov avec son homologue iranien Hassan Rouhani, compte tenu de la longue stagnation de leurs relations bilatérales, suivie d'une reprise de contact au cours des derniers mois. Etant donné qu’à la veille du sommet de Douchanbé, Hassan Rahoni a rencontré à Astana Noursultan Nazarbaïev, on peut supposer que les deux principaux pays d’Asie centrale, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, vont tenter d’utiliser à leur avantage le « répit des sanctions » contre l’Iran.

Au cours d’une interview à RBTH, le politologue russe Alexeï Martynov a déclaré : « Le plus important est que le sommet de l’OCS se soit tenu comme prévu et ait démontré qu’en tant qu’organisation de coopération interrégionale, l’OCS fonctionnait véritablement ». Selon ce dernier, l’un des éléments les plus importants du sommet de Douchanbé concerne les discussions sur la dé-dollarisation des économies des Etats-membres de l’alliance. Grâce au soutien actif à cette évolution de la part de la Russie et de la Chine, cette perspective semble réaliste. Bien sûr, cela va irriter Washington, tout comme l’efficacité du format de l’OCS », a déclaré M. Martynov. Selon ce dernier, l’appréciation unanime sur la situation en Ukraine constitue un autre aspect important du sommet de Douchanbé : la Russie n’est pas isolée dans sa ligne de confrontation avec l’Occident.

 

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