Guerre en Israël : le point de vue des immigrés russes

Crédit photo : Photoshot / Vostock-Photo

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Le 10 août, tard dans la soirée, le Hamas et Israël ont signé une trêve de 72 heures afin d'entamer des négociations : une nouvelle tentative de mettre fin au conflit violent qui a déjà fait 1900 morts parmi les Palestiniens et encore 67 côté israélien. Toutefois, le 12 août, avant même que les parties n'achèvent les discussions, les affrontements ont repris dans la région. RBTH a interviewé des immigrés russes habitant en Israël et dans la bande de Gaza pour appréhender l'impact réel de la guerre sur leurs vies.

L'autre face de la guerre

« C'est ici que j'ai vraiment compris ce que veut dire la phrase « être fier du pays où vous résidez », et je ne pourrai jamais dire que je n'en suis pas fière. C'est une guerre qui vous bouleverse, qui vous force à éprouver une gamme d'émotions : à vous voûter et à vous redresser, à vous fâcher, à vous enrager, à pleurer et à persister. C'est une guerre qui est inégale par défaut, et j'y trouve chaque jour quelque chose dont je suis fière », a dévoilé au correspondant de RBTH Ioulia Blechman, diplômée de la faculté d'administration publique de l'Université d'État de Moscou qui a déménagé en Israël après avoir terminé ses études en Russie.

La jeune femme parle des Israéliens des quatre coins du pays qui ramassent des provisions et des objets de première nécessité pour les soldats engagés dans les missions à la frontière avec Gaza. D'après elle, les citoyens du pays affluent dans les hôpitaux pour visiter les blessés.

« Les soldats déployés à la frontière avec la bande de Gaza passent des semaines sur leurs postes sous un soleil de plomb. Ils se contentent  de manger des repas succincts et attendent constamment ce que l'avenir leur réserve. Mais d'un coup, des gens commencent à leur apporter de la nourriture. Tout d'abord, ce sont des papas et des mamans avec des plats faits maison, puis ce sont des inconnus venant de toutes les régions du pays. Ils apportent des plats de restaurants, des sucreries et des cigarettes. Et il ne s'agit pas d'un ordre du gouvernement – tout simplement, chaque personne considère qu'il est important d'apporter son aide et son soutien. Des dizaines de gens écrivent des messages et tournent des vidéos, remerciant les militaires. Des dizaines de gens visitent les blessés dans les hôpitaux, donnent du sang et envoient des friandises », dit l'immigrée russe.

Ioulia raconte une autre histoire : il y a quelques semaines, un « soldat solitaire » israélien, dont toute la famille habite à l'étranger, a été tué dans la bande de Gaza. Ses amis ont annoncé sur Facebook que ses parents ne pourraient pas se rendre aux funérailles à temps, et qu'il était possible que personne ne rende hommage à un militaire qui a sacrifié sa vie pour son pays.

En conséquence, environ trente mille personnes, qui ne connaissaient même pas le soldat, se sont rendues au cimetière le jour suivant pour le pleurer.  

« Un Israélien n'est pas tout simplement capable de ne pas apprécier la vie de son compatriote. Ici, le sort de chacun compte pour toi comme celui d'un proche. Pourquoi ? Parce ce qu'ici c'est la coutume. Cela ne m'entre pas dans la tête – comment peut-on être comme ça ? Comment peut-on, avant de bombarder les ennemis, leur envoyer des SMS pour leur annoncer que la cible sera détruite et leur demander d'évacuer les enfants et de fuir ? Comment peut-on mener la guerre, tout en transportant via les points de contrôle cent quatre-vingts camions d'aide humanitaire pour les Palestiniens ? Comment peut Israël ouvrir à la frontière un hôpital ambulant pour les enfants de Gaza blessés ? Comment ? », se demande la jeune femme.

La vie continue

« La société est divisée en deux: d'un côté, on trouve ceux qui étaient mécontents déjà et voulaient partir, et maintenant parlent encore plus souvent de l'immigration; de l'autre, ceux qui aiment Israël et ont même décalé leurs vacances pour rester dans le pays durant cette période dure. De plus, la perception de la guerre varie en fonction de l'endroit où l'on habite; notamment, ceux qui vivent dans les régions centrales ou dans le nord sont moins exposés aux épreuves de la guerre. Ben, oui, il y avait quelques alertes, on est restés dans l'abri pour quelques heures, mais ensuite l'on retourne à nos occupations », a déclaré à RBTH Sofia Samoïlova, directrice chargée du marketing de la société Modlin, résidant à Tel Aviv.

Selon elle, les Israéliens dans le sud du pays vivent ce qui se passe autrement : ils sont obligés de passer des nuits avec leurs familles dans les abris, étant également capables d'évacuer tous les proches en quinze secondes, avant qu'une roquette lancée par l'adversaire n'explose au-dessus de leurs têtes.

« Bien évidemment, le conflit a influencé notre vie quotidienne. Mais, je tiens à répéter que les habitants de Tel Aviv le ressentent moins. Mais durant la première alerte, j'étais dans un centre commercial et, dès que la sirène a sonné, les gens se sont mis à courir autour de moi, c'était de la panique. Internet et les communications ont été coupés. Toutefois, un peu plus tard l'on s'y habitué. Mais cette ville, qui était pleine de vie durant le week-end, est devenue vide », a raconté la jeune femme.

Le soutien se fait toutefois ressentir partout, ajoute Mme Samoïlova. Ainsi, la semaine dernière, elle a rencontré dans un bar trois Italiens qui, selon leurs propres dires, sont arrivés dans le pays durant le conflit délibérèrent afin de montrer à leurs compatriotes que la vie continue et que la situation n'est pas si effrayante que les médias ne le présentent.  

Le conflit vu par les Palestiniens

« Près de 60% des habitants de la bande de Gaza sont des enfants et des adolescents, si bien que le conflit les concerne plus qu'il ne nous concerne à nous. Il y a beaucoup de blessés parmi les mineurs. Les parents ne laissent pas leurs gosses mettre le nez dehors, l'aviation israélienne patrouillant dans le ciel. C'est effrayant », à avoué à RBTH Lioudmila Al-Farra, médecin à Gaza.

Selon elle, quelque 250 000 personnes ont dû quitter leurs maisons, leurs logements étant endommagés ou détruits. Les villages situés à la frontière avec Israël ont été complètement démolis. Quant aux habitants de ces agglomérations, sauvant leurs vies, ils ont trouvé refuge dans les régions centrales de l'enclave.

« Durant la première phase de l'opération israélienne, le bruit des frappes effectuées par les chasseurs F-16 grondait à des kilomètres. On avait l'impression d'être dans l'épicentre d'un séisme et on craignait que notre maison s'écroule à tout moment. Après le lancement de la phase terrestre, des éclats d'obus atteignaient notre maison. Nous avons dû passer trois jours ailleurs », explique Mme Al-Farra.

Elle a avoué que la bande de Gaza était en proie à une pénurie de logements, d'eau potable et de vêtements. « Nous continuerons à travailler et resterons ici. Je suis médecin et je ne peux pas tout laisser tomber d'un coup. D'autant plus que nous progressons déjà vers une paix. On verra ce que l'avenir nous réserve. »

Négociations Israël-Hamas : les positions des parties

Israël demande au Hamas de mettre fin aux tirs de roquettes sur le territoire israélien, lancées depuis la bande de Gaza, et de procéder à une démilitarisation totale de cette dernière.
Pour sa part, le Hamas exige que Tel-Aviv lève le blocus de Gaza en vigueur depuis bientôt huit ans, ouvre tous les points de contrôle frontaliers, instaure la libre circulation des personnes, mette en place un couloir de transport entre Gaza et la Cisjordanie (via la Judée et la Samarie), elimine le couloir de sécurité créé par Israël suite à l'opération « Bordure protectrice », restaure la bande de Gaza et reconnaisse l'union entre le Fatah et le Hamas en tant que gouvernement d'unité nationale de l'Autorité palestinienne.

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