Journalistes assassinés : une pilote ukrainienne arrêtée en Russie

Crédit photo : AP

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Le lieutenant de l’armée ukrainienne Nadejda Savtchenko a été placée en détention et accusée de complicité dans le meurtre des journalistes du holding de presse VGTRK en juin. Actuellement, la pilote d’hélicoptère est détenue dans l’oblast de Voronej, située à la frontière avec l’Ukraine.



Le Comité d’enquête russe a déclaré que la navigatrice-opératrice d'hélicoptère Mi-24 Nadejda Savtchenko était chargée d'ajuster le tir de l’une des unités de l’armée ukrainienne combattant dans le sud-est du pays, le bataillon Aïdar.


« Ayant obtenu les coordonnées d'un groupe de journalistes russes et d'autres civils près de Lougansk, elle les a transmis aux combattants, a déclaré le porte-parole officiel du Comité d’enquête russe Vladimir Markine. Ces coordonnées ont été utilisées pour les tirs de mortier qui ont provoqué la mort des correspondants de VGTRK Igor Korneliouk et Anton Volochine ». 
Markine a déclaré que la pilote avait été arrêtée sur le sol russe.


« Nous avons appris qu’elle a franchi la frontière russe sans documents, en se faisant passer pour une réfugiée, et a été arrêtée lors d'un contrôle d’identité dans l’une des agglomérations russes », affirme-t-il. « C’est là que nous avons constaté que Savtchenko faisait l’objet d’une enquête criminelle pour sa participation présumée au meurtre des journalistes russes ».



La version de la détenue

La pilote affirme avoir été arrêtée par les insurgés dans l’oblast de Lougansk au lendemain de la mort des journalistes, alors qu’elle essayait d’aider à évacuer des militaires ukrainiens blessés.


« Je cherchais les blessés. Deux de nos blindés ont été détruits à côté du village Metallist, je suis partie les chercher. Je ne sais pas combien ils étaient exactement, j'en ai vu quatre. J’ai demandé qu’une voiture vienne les chercher et là, j’ai été arrêtée », raconte Savtchenko, citée par le quotidien russe Komsomolskaïa Pravda. La pilote ne cache pas avoir participé aux combats dans le sud-est après avoir rejoint volontairement le bataillon Aïdar. Toutefois, elle nie sa culpabilité dans le meurtre des journalistes.


Le sort de la pilote ukrainienne a été rendu public le 19 juin, lorsqu’une vidéo de son interrogatoire a été publiée sur YouTube. La jeune femme est menottée, des inconnus essaient notamment de lui faire avouer le nombre et la localisation des troupes ukrainiennes, mais Savtchenko refuse de répondre.



Réaction de l’Ukraine

Le ministère ukrainien des Affaires intérieures a protesté contre l’arrestation de la pilote et a jugé illégale l’exfiltration de Savtchenko en Russie. Le ministère a exigé que la Russie autorise l’accès immédiat du consul à la pilote pour lui apporter une assistance juridique.


« En kidnappant ouvertement les citoyens ukrainiens sur notre sol, le gouvernement russe viole non seulement toutes les normes possibles de droit international, mais il transgresse les critères fondamentaux de la décence et de morale. Ces actions ne resteront pas sans réponse adéquate de notre pays et de la communauté internationale », affirme le communiqué publié sur le site du ministère des Affaires étrangères.


Au moment de la rédaction de cet article, le consul ukrainien Guennadi Breskalenko se trouvait à Voronej et devait rencontrer la détenue.


Le ministère russe des Affaires étrangères n’a pas encore publié de commentaire au sujet de Savtchenko.



Conditions de détention


Le président de la Commission de surveillance publique (CSP) de Voronej Anatoly Malakhov a rendu visite à la militaire ukrainienne en prison mercredi dernier. Il a annoncé que Savtchenko n’avait fait aucune réclamation sur les conditions de sa détention ou sur l’attitude de l’administration à son égard.


« Elle se porte bien. Elle n’a pas été battue, ne s’est pas plaint, n’a formulé aucune demande. Elle est détenue dans de bonnes conditions, dans une cellule pour plusieurs personnes. Je n’ai constaté chez elle aucune dépression », explique Malakhov. « Elle est détenue seule dans une cellule pour quatre personnes, disposant d’eau chaude et froide. Elle a des vêtements, des objets cosmétiques, du savon et une serviette. Elle n’a demandé que du café et des cigarettes. Elle lit un livre – un auteur classique ».


D’après le défenseur des droits de l’homme, la pilote ukrainienne n’a perdu son calme que lorsqu’elle a abordé la situation dans son pays avec l’un des compagnons de Malakhov.


« Nous nous débrouillerons tous seuls là-bas, nous d’avons besoin de personne – ni de la Russie, ni de l’Occident », se souvient Malakhov citant les propos de Savtchenko. 

 

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