La Russie et l’OTAN évoquent l'Ukraine à Bruxelles

Alexandre Grouchko. Crédit photo : Grigori Sissoev / RIA Novosti

Alexandre Grouchko. Crédit photo : Grigori Sissoev / RIA Novosti

Lundi dernier, pour la première fois en trois mois, le Conseil Russie-OTAN (CRO) s’est réuni au niveau des ambassadeurs au siège de l’OTAN à Bruxelles. La Russie y était représentée par Alexandre Grouchko, représentant permanent de la Russie à l'OTAN.

« L’objectif de cette réunion était d'évoquer la situation en Ukraine en matière de sécurité », a expliqué Alexandre Grouchko à RBTH.

« Une guerre fait rage aux frontières de la Russie, nous avons estimé qu’il fallait utiliser tous les moyens pour mettre fin aux violences et tenter de rétablir la paix et le dialogue. Nous avons appelé les membres du Conseil à exiger que les autorités ukrainiennes cessent immédiatement l’opération punitive dans le Sud-Est du pays et s’engagent à respecter les accords de Genève du 17 avril et la « feuille de route » de l’OSCE ».

M. Grouchko estime que cela permettrait de mettre fin « à l’opération spéciale des forces armées ukrainiennes visant à réprimer la contestation qui a éclaté suite au coup d’État du 22 février, opération qui s’est soldée par des dizaines de victimes et de blessés ».  Ensuite, l'Ukraine devra engager un dialogue national et trouver un accord sur une réforme constitutionnelle acceptable pour toutes les parties.

« Nous avons rappelé aux membres du CRO qu’en février, l’Alliance a exhorté le gouvernement ukrainien à cesser immédiatement la violence et a souligné l’inadmissibilité d'une intervention militaire dans le processus politique, poursuit M. Grouchko. Nous ne voyons aucune raison qui empêcherait que ces déclarations soient répétées aujourd’hui ».

Le représentant permanent de la Russie a souligné que l’OTAN offrait à Kiev – son « partenaire pour la paix » - une assistance technique, encourageant ainsi le nouveau gouvernement ukrainien à poursuivre les opérations militaires. Aussi, estime M. Grouchko, l’Alliance assume une part de responsabilité dans l’escalade du conflit et l’échec du processus politique.

Bien entendu, le représentant permanent ne pouvait passer sous silence l’activité sans précédent de l’OTAN à proximité des frontières russes : « Celle-ci est excessive, déplacée, elle affaiblit la stabilité, la sécurité et la prévisibilité dans la région euro-atlantique. Il est clair que montrer ses muscles militaires et appeler à accroître les dépenses militaires est contreproductif. C’est la voix de l’impasse, car ces actions conduisent à la montée des tensions dans la zone euro-atlantique et menacent l’actuel système de sécurité dans la région ».

M. Grouchko a averti ses collègues du CRO que le déploiement conséquent de forces armées supplémentaires de l’Alliance dans les pays de l’Europe centrale et orientale serait interprété comme violation des engagements pris dans le cadre des accords de référence avec la Russie. Dans ce cas, l’abandon par la Russie de l’Acte fondateur Russie-OTAN n’est qu’une des options qui s’ouvrent à nous, a-t-il déclaré.

« Comme on le sait, l’art militaire prend en compte les possibilités, non les intentions qui, comme l’ont montré les derniers événements, peuvent être changeantes. Aussi, si nous constatons que les nouvelles orientations de l’OTAN sont mises en œuvre à travers les actions correspondantes dans le domaine de la construction militaire ou l’avancée du dispositif militaire de l’OTAN vers l’Est, nous prendrons les mesures qui s'imposent pour garantir la sécurité de la Russie », a déclaré M. Grouchko.

« Globalement, la conversation a été assez compliquée, mais intéressante. Tous les membres du Conseil ont pu s’exprimer. Nous espérons qu’elle portera ses fruits », a résumé le représentant permanent russe.

Les membres de la réunion ont salué le retrait des troupes russes des zones frontalières avec l’Ukraine, bien qu’ils aient appelé à l’accompagner de mesures de transparence supplémentaires.

La partie russe a noté la compréhension des membres de l’OTAN quant à la nécessité de respecter les accords de Genève et la reconnaissance que la seule issue possible de la crise passe par un règlement politique et diplomatique. 

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