La Russie perçoit toujours l’UE comme un partenaire stratégique

Le ministre russe des Affaires étrangères arrive à Bruxelles pour rencontrer Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères. Crédit : Reuters

Le ministre russe des Affaires étrangères arrive à Bruxelles pour rencontrer Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères. Crédit : Reuters

Comment la Russie et l’Union européenne cohabiteront-elles à l’avenir sur le continent européen ? C’est à cette question épineuse que les Ministres des affaires étrangères de l’UE et de la Russie ont dû répondre à l’occasion d’une rencontre organisée le 17 décembre à Bruxelles. Les discussions se sont déroulées à huis-clos sous la forme d’un déjeuner de travail ayant duré près d’une heure et demie de plus que prévu.

Le principal résultat, annoncé par le Ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov immédiatement après la fin de ces discussions informelles, est que le dialogue entre Moscou et Bruxelles se poursuivra dans tous les domaines de coopération précédemment identifiés, et que le sommet de janvier prochain se déroulera comme prévu.

Le Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie a formulé au cours de la conférence de presse les principes fondamentaux devant régir les futurs contacts avec Bruxelles. A contre-courant des opinions formulées par certains experts ayant soutenu l’idée selon laquelle les désaccords au sujet de l’Ukraine confirmaient l’existence d’une rivalité géopolitique entre la Russie et l’Europe, M. Lavrov a évité de se prononcer de manière univoque sur la question. Le Ministre a au contraire cherché à mettre l’accent sur les domaines dans lesquels l’UE et la Russie peuvent aller de l’avant. Mais nul n’ignore qu’au sein de l’Europe unie, existe des forces qui « entravent artificiellement le développement du dialogue entre Moscou et Bruxelles ». A la question portant sur la nature des relations actuelles entre la Russie et de l’UE, le Ministre a répondu de manière univoque : nous sommes des partenaires stratégiques.

En dépit des pronostics selon lesquels la rencontre des Ministres des affaires étrangères des 28 Etats-membres de l’UE avec Sergueï Lavrov se transformerait en une séance d’échanges d’accusations au sujet des événements en Ukraine, cela ne s’est dans l’ensemble pas produit. Une discussion au sujet de l’Ukraine a bien eu lieu. Il ne pouvait pas en être autrement.

Selon une source de Rossiyskaya Gazeta, à la réunion de Bruxelles, les représentants de l’UE ont souligné à de multiples reprises que les autorités ukrainiennes avaient refusé d’écouter les revendications des dizaines de milliers de participants aux manifestations de « l’Euromaïdan ». En retour, le Ministre des affaires étrangères russe a évoqué les millions de français qui étaient sortis manifester afin de protester contre la légalisation du mariage homosexuel dans le pays. « N’avez-vous pas déclaré que la rue ne peut pas dicter sa loi ? » a déclaré Sergueï Lavrov, en se tournant vers le Ministre français Laurent Fabius. Lequel n’a rien répondu à cela.

La liste des sujets abordés cette année au cours de la réunion ministérielle à Bruxelles n’était pas plus restreinte que d’habitude. A l’agenda habituel, comprenant la question des visas et les sujets économiques, se sont ajoutés des enjeux géopolitiques. « Nous avons convenu que tous les projets impliquant des Etats qui ne sont pas membres de l’Union européenne ou d’Unions similaires ne doivent pas être utilisés pour imposer à ces Etats telle ou telle décision », a déclaré M.Lavrov.

Selon lui, ses partenaires européens sont d’accord avec cette approche. « Placer des pays aussi indécis devant un choix artificiel est une erreur », a ajouté le Ministre.

Il est difficile de déterminer dans quelle mesure ces engagements verbaux conclus à Bruxelles seront observés par les institutions européennes en charge de la politique économique. Contrairement aux représentants de la Commission européenne, qui ont fermement refusé d’initier un dialogue au sujet d’une association dans un format tripartite Ukraine – UE – Russie, les participants à la réunion ministérielle n’étaient pas aussi catégoriques. Selon M. Lavrov « De nombreux pays acceptent que les problèmes actuels puissent être abordés avec la participation de Moscou ».    

En réponse à la question de Rossiyskaya Gazeta visant à savoir comment les ministres des affaires étrangères européens expliquaient la présence place de l’Indépendance à Kiev de nombreux hommes politiques européens actifs ou à la retraite en soutien à l’opposition, M. Lavrov a affirmé qu’il avait abordé la question avec ses homologues. « Je leur ai expliqué comment nous nous conduisons, et comment ils mènent leur politique en offrant à l’Ukraine un soi-disant « choix libre », mais uniquement en faveur de l’Europe », a déclaré le Ministre au sujet du détail de la discussion.

D’après M. Lavrov, l’affirmation selon laquelle la Russie ne veut pas coopérer avec l’Europe est « une insinuation mensongère ». La création de l’Union douanière et de l’Union économique eurasienne auxquelles Moscou invite Kiev à se joindre va accroître la compétitivité des Etats-membres à un niveau qui ne pourrait être obtenu à travers la coopération avec l’Europe sans impliquer des conditions draconiennes. « Mettre en œuvre une telle coopération à partir de positions notoirement trop faibles est irresponsable », a ajouté le patron du Ministère des affaires étrangères russe.

M. Lavrov a également répondu à une question portant sur la validité des accusations formulées par le Ministre des affaires étrangères suédois Carl Bildt à l’encontre de Moscou. Ce dernier a affirmé que le contenu de l’accord d’association entre l’UE et Moscou avait été présenté de manière erronée en Russie.  « M. Bildt n’a rien dit de tel au cours de notre réunion ministérielle », a déclaré avec bonhomie le Ministre russe des affaires étrangères, qualifiant M. Bilt de vieil ami suédois. Il a toutefois immédiatement ajouté qu’il estimait que « les tentatives visant à interpréter chaque mesure économique de la Russie envers ses voisins comme des pressions n’étaient pas professionnelles ». « Toutes nos actions sont liées aux intérêts économiques russes », a déclaré le Ministre.

Et pourtant, malgré le large éventail de questions abordées à Bruxelles, il est à ce jour difficile de savoir si l’Union européenne est prête à mettre en œuvre de manière concrète le programme précédemment élaboré avec la Russie. Comme, par exemple, la ratification d’un accord déjà préparé concernant une libéralisation supplémentaire du régime de visas (ce document élargit les catégories de citoyens pouvant bénéficier d’un régime simplifié de visa, Rossiyskaya Gazeta) ou la reprise des travaux concernant le nouvel accord de base entre Moscou et Bruxelles.

Aucune réponse claire à la question de savoir comment la Russie et l’Union européenne cohabiteront à l’avenir sur le continent européen n’a été entendue au cours de la réunion ministérielle. M. Lavrov a une nouvelle fois enjoint ses partenaires européens à abandonner la logique de guerre froide selon laquelle « celui qui n’est pas avec nous est contre nous » et à adhérer aux principes d’une sécurité commune et indivisible qui ne peut pas être obtenue au détriment de qui que ce soit. Le choix est entre les mains de Bruxelles. Beaucoup de choses s’éclairciront lors du sommet Union européenne-Russie de janvier prochain. Selon une source de Rossiyskaya Gazeta, plusieurs accords préparés en amont pourraient être signés au cours de cette rencontre, y compris les documents préliminaires de l’accord abolissant le régime de visas entre l’UE et la Russie. A moins, bien sûr, que les dirigeants européens ne trouvent un prétexte pour garder ces traités comme autant d’atouts en vue des prochains sommets.  

 

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