Moscou s’inquiète de voir l’Ukraine prendre le large

V. Yanoukovitch et H. Van Rompuy (président du Conseil européen). Crédit : Reuters

V. Yanoukovitch et H. Van Rompuy (président du Conseil européen). Crédit : Reuters

Le Kremlin n’a pas su convaincre le pouvoir ukrainien de rester dans l’orbite russe, alors que Moscou et Bruxelles rivalisent pour élargir leurs zones d’influence.

Ces dernières semaines, le Kremlin a multiplié les déclarations priant l’Ukraine de reconsidérer son intention de signer un accord d’association avec l’Union européenne. Moscou s’efforce de mettre en place un projet concurrent à l’UE baptisé l’Union eurasiatique, dont la première étape est une Union douanière à laquelle participent déjà le Belarus et le Kazakhstan. Le 10 septembre, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a prévenu que si l’accord d’association avec l’UE était signé début novembre, « il ne doit y avoir aucune illusion… pour nos partenaires ukrainiens, l’entrée dans l’Union douanière sera fermée ». L’enjeu est aussi bien économique que géostratégique. Les économies russe et ukrainienne sont fortement interdépendantes. La majeure partie de l’industrie manufacturière ukrainienne est tournée vers le marché russe (aéronautique, nucléaire, construction navale, machines outils, tubes d’acier), tandis que l’industrie chimique ukrainienne et la population sont de très gros consommateurs de gaz russe. De son côté, Moscou est moins dépendant des liens traditionnels avec l’Ukraine, mais ses secteurs stratégiques (aéronautique, spatial et nucléaire) vont connaître une profonde restructuration si l’Ukraine poursuit son intégration avec l’Europe.

Malgré le risque pour ses secteurs de haute technologie, déjà fragilisés, le pouvoir ukrainien a, lui, mis le cap sur l’intégration européenne depuis 2005 et ce, quel que soit le gouvernement. Le président actuel Viktor Yanoukovitch, souvent perçu comme pro-russe en Europe, a maintes dois déclaré que son but ultime était de faire partie à part entière de l’Union européenne. « Les médias occidentaux nous ont qualifiés de pro-russes », déclarait le 10 octobre le Premier ministre ukrainien Nikolaï Azarov en parlant de lui-même et du président. « Il s’agit d’un malentendu. En réalité, nous avons toujours été pro-Ukraine, et nous estimons que notre pays doit adopter les normes européennes pour se développer ». D’un autre côté, Azarov souligne « qu’en aucun cas l’Ukraine ne cherche à s’éloigner de la Russie. Il y a des difficultés temporaires, mais il est impossible de fâcher pour de bon la Russie et l’Ukraine ».

Le principal sujet de fâcherie entre les deux pays, le prix du gaz, ne devrait pas connaître de résolution rapide. Moscou a proposé à Kiev de diviser le tarif par deux en l’échange d’une cession de 50% du système de gazoduc ukrainien à Gazprom et de l’intégration de Kiev dans l’Union douanière dominée par Moscou. L’Ukraine refuse, y voyant le sacrifice de son indépendance. « Nous payons notre gaz russe beaucoup plus cher que l’Allemagne, malgré notre proximité immédiate avec la Russie, se plaint Azarov, qui se dit prêt à réduire à zéro l’achat de gaz à Gazprom ».

Pour le politologue Vadim Karassev, la position d’Azarov consistant à minimiser le différend avec Moscou « revient à couper l’herbe sous le pied du Kremlin, car cela prive Vladimir Poutine d’arguments ». En terme de calendrier, l’expert estime « qu’il n’y aura pas de crise sérieuse entre les deux pays au moins jusqu’aux Jeux Olympiques de Sotchi », car le Kremlin ne veut pas donner du pays une mauvaise image alors que la Russie est sous les projecteurs du monde entier. En revanche, les experts s’accordent pour prévoir une remontée de la tension entre 2015 et 2017. « 2015 est l’année des élections présidentielles en Ukraine, souligne le politologue Vladimir Fessenko, Poutine sera tenté de peser sur le choix des Ukrainiens, bien qu’il ne dispose pas de relais sérieux à l’intérieur du pays ».

 

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