Minsk remplace Moscou par Pékin

Crédit photo : AP

Crédit photo : AP

Au cours d’une visite officielle du Président biélorusse Alexandre Loukachenko à Pékin, la Biélorussie a signé avec le géant chinois de juteux contrats pour un montant total de 1,5 milliards de dollars. Minsk affirme ainsi sa volonté de se détourner de la Russie, sa principale partenaire économique et politique, et se positionne en allié indispensable à Pékin au cœur du continent européen.

Pendant près de 20 ans, Loukachenko a misé sur les contradictions entre l’UE et la Russie. Les différences d’intérêts entre Moscou et Pékin font à présent son nouveau jeu.

Au terme de la visite officielle à Pékin du président biélorusse Alexandre Loukachenko, plus de trente accords et contrats ont été signés pour un montant total de 1,5 milliards de dollars. Comme le note un expert, Moscou se montre plus réticent à financer son allié biélorusse, exigeant en échange des actifs dans l’industrie du pays.

Dans cette situation, la Chine se révèle être la nouvelle source de financement privilégiée par le pouvoir biélorusse. Même les présidents russes ne recevaient pas de tels éloges quand manquait de crédits. 

« Aujourd'hui, la Chine met vingt projets en œuvre chez nous, pour un montant d’environ 5,5 milliards de dollars. Cela représente d’énormes investissements. Ils n’auraient probablement été possibles qu’avec la Fédération de Russie », a déclaré Alexandre Loukachenko en arrivant à Pékin.

« Bien que la République Populaire de Chine se positionne aujourd'hui comme un empire - dans le bon sens du terme - et bien que ce soit un état hégémonique – sans ce centre qu’est l'Europe, elle ne peut pas se développer. Je crois que c’est pour cette raison que la République Populaire de Chine a choisi la Biélorussie. [...] La Chine est la plus grande puissance du monde, et aujourd'hui, vous savez que quand il faut «prendre la température» sur la planète, ce n'est pas à Washington que ça se fait, ni même à Bruxelles ou ailleurs, mais à Pékin.»

Ne se privant pas d’une pique à l’encontre de Moscou, le président biélorusse a déclaré que des véhicules blindés chinois « Dongfeng Mengshi » (copies chinoises du Hummer américain), offerts à la Biélorussie par la Chine, avaient défilé à Minsk au cours de la parade militaire du 3 juillet dernier.

Minsk considère la Chine comme son partenaire stratégique en Asie et exprime la volonté d’accueillir 30 milliards de dollars d’investissements chinois, afin de devenir la tête de pont de Pékin en Europe.

Au programme de sa visite de 3 jours à Pékin, Loukachenko s’est entretenu avec les plus hauts dignitaires du pays tels que le président chinois Xi Jinping, son premier ministre Li Keqiang, ainsi que Yu Zhengsheng, membre du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois.

Plus de 30 accords, protocoles et contrats en matière de coopération économique ont été signés, ainsi qu’une déclaration commune définissant le partenariat stratégique entre Pékin et Minsk. Selon le vice-premier ministre biélorusse Anatoli Tozik, l’ensemble des contrats conclu représente au total 1,5 milliards de dollars.

« Selon moi, cette visite est inestimable pour nos relation bilatérales. En Chine, la cinquième génération de dirigeants est aujourd’hui arrivée au pouvoir. Notre visite est le couronnement de dix années de coopération. Elle définit notre orientation stratégique pour les dix années à venir », a déclaré M. Tozik.

Le cabinet de l’industrie militaire et le département chinois de la défense technologique et industrielle ont par ailleurs signé un accord de coopération dans les domaines de la défense et des technologies spatiales. La Chine a en outre promis à Minsk un crédit avantageux pour la construction de lignes électriques dans la ville d’Octrovts afin de recevoir l’argent des centrales nucléaires russes.

Le ministère de l’industrie biélorusse et l’entreprise chinoise Zhejiang Geely Holding Group se sont mis d’accord pour que les investisseurs chinois participent à hauteur d’un demi-milliard de dollars dans la production d’automobiles en Biélorussie. La fabrication de la voiture Geely, orientée vers le marché russe, devrait atteindre les 120 000 véhicules par an à partir de 2015.

Mais le principal projet commun reste la construction d’un complexe industriel chinois dans les environs de Minsk.

Situé dans le district de Smolevitchi de la région de Minsk, ce parc industriel sino-biélorusse est un gigantesque projet commun, qui une fois réalisé, constituera le plus grand centre industriel financé par la Chine en Europe. Plus de 80 km² sont dédiés à l’entreprise. La dotation initiale s'élève à environ 5,6 milliards de dollars, pour un chantier de près de 30 ans.

« Tous les économistes du pays prédisent l’effondrement du rouble biélorusse pour cet automne, comme lors de la dévaluation catastrophique de 2011. Après les déclarations des membres du gouvernement affirmant que ‘la dévaluation n’aurait pas lieu’, les Biélorusses, connaissant la leçon, se sont jetés sur les distributeurs de billets pour se procurer des dollars et des euros », explique le politologue biélorusse Viktor Demidov.

Loukachenko s’est retrouvé au seuil du prochain crash. Seulement, cette fois il n’a pas demandé d’argent à Moscou, comme à son habitude, mais à Pékin.

Car Moscou ne donne plus rien : en mars dernier encore, le ministre des finances russe Anton Silouanov plaçait tous les nouveaux crédits russes sous la condition d’une privatisation des industries biélorusses. Mais la privatisation est bien la dernière chose à laquelle soit prêt le dirigeant biélorusse.

« Il se trouve que Moscou ne donne plus d’argent. De même, le FMI et la BERD ont refusé d’accorder de nouveaux crédits, exigeant des réformes économiques. L’UE et ses partenaires ne donneront rien non plus tant que se poursuivra le verrouillage politique du pays, et qu’il n’existera même pas le soupçon d’honnêtes élections. Les fidèles amis Hugo Chavez et Mouammar Kadhafi sont, eux, morts et enterrés. Les surplus d’armes datant de l’URSS ont déjà tous été vendus. Reste la Chine, qui a besoin d’un centre logistique et industriel aux frontières de l’Union Européenne. Voilà pourquoi Loukachenko peut d’ores et déjà affirmer que la construction de cet immense centre industriel commencera cette année. Si le président biélorusse accueille les chinois à bras ouverts, c’est bien qu’il n’a plus nulle part où aller ... ».