Bouclier antimissile en Europe : Washington tendrait-il la main à Moscou?

Les missiles Patriot déployées à Morag (Pologne), à 60 km de la frontière la région russe de Kaliningrad. Crédit : RIA Novosti / Igor Zarembo

Les missiles Patriot déployées à Morag (Pologne), à 60 km de la frontière la région russe de Kaliningrad. Crédit : RIA Novosti / Igor Zarembo

Il semble difficile d’interpréter le renoncement au déploiement d'éléments du bouclier antimissile américain autrement que comme un signal en direction de Moscou : les Etats-Unis pourraient modifier les plans de leur système de défense antimissile en Europe, qui irritent tant le Kremlin. Cependant, seules des ententes concrètes dans ce domaine seront en mesure de créer un terrain propice à l'optimisme.

Le chef du Pentagone Chuck Hagel a annoncé vendredi que l'accent se déplaçait de l'Europe vers l'Asie dans les plans de déploiement du bouclier antimissile américain. Il a déclaré que la menace balistique émanant de Corée du Nord exigeait de « placer 14 missiles intercepteurs supplémentaires en Alaska. Cela permettra d'accroître le nombre d'intercepteurs de 30 à 44, dont quatre missiles sur une base en Californie ». En outre, selon le secrétaire à la Défense, les États-Unis ont l'intention d'installer un deuxième radar au Japon et peut-être de créer aux Etats-Unis une troisième zone de positionnement de défense antimissile en silo.

En ce qui concerne l'Europe, les Etats-Unis ont abandonné la quatrième phase du projet, cause principale des objections de Moscou. On renonce finalement à déployer en Pologne des intercepteurs SM3-IIB, potentiellement capables d'abattre des missiles intercontinentaux russes.

Ceci semble être une main tendue à la Russie, qui exigeait qu'on ne menace pas ses missiles, un facteur susceptible de briser la parité stratégique avec les Etats-Unis et de provoquer une nouvelle course aux armements. On se rappelle une conversation tenue il y a un an à Séoul entre Barack Obama et le président russe d'alors, Dmitri Medvedev, au cours de laquelle le chef de l’Etat américain avait promis de montrer une plus grande souplesse en matière de défense antimissile après les élections présidentielles, et avait demandé de « transmettre le message à Vladimir » (Poutine). Le micro situé à proximité était allumé, ce qui avait forcé l'administration à se lancer dans d'interminables justifications.

De son côté, le porte-parole officiel du département américain de la Défense a déclaré que la décision du Pentagone n'avait rien à voir avec la Russie. Cependant, le commentaire d'un fonctionnaire de la Maison Blanche anonyme, rapporté par le New York Times, semble plus nuancé : « Si cette décision fournit des avantages supplémentaires à la Russie, ainsi soit-il. Mais ce n'est pas le principal objectif ».

Quoi qu'il en soit, la solution actuelle concernant l'Europe est en ligne avec les exigences concrètes de Moscou de ne pas déployer le bouclier à proximité de ses frontières. C'est ce qu'avait déclaré le chef de l'état-major général de Russie A. Makarov en mai dernier lors d'une conférence internationale à Moscou sur la défense antimissile. Steven Pfeiffer, de la Brookings Institution, estime que « désormais les missiles russes ne sont plus menacés ». Cependant, ceci n'est pas suffisant pour obtenir une percée dans la confrontation prolongée entre Moscou et Washington sur la défense antimissile.

Le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, commentant les déclarations émanant de Washington, a fait savoir que les éléments du bouclier antimissile américain censés être implantés en Europe durant les trois premières phases du déploiement sont très mobiles. « Ils seront placés sur des navires qui peuvent se déplacer d'un endroit à un autre en quelques jours. Les complexes au sol seront également mobiles », a déclaré le diplomate. Ceci signifie que la menace pour le potentiel russe perdure. Moscou veut toujours « œuvrer pour un accord juridiquement contraignant attestant que l’ensemble des éléments de la défense antimissile américaine ne sont pas dirigés contre les forces nucléaires stratégiques russes ».

La présente décision des Etats-Unis crée une base, au moins psychologique, pour relancer le dialogue sur la défense antimissile, qui s'est retrouvé dans l’impasse et a commencé à empoisonner l'atmosphère déjà tendue dans les relations bilatérales. Le directeur du Conseil pour la politique extérieure et de défense Fiodor Loukianov estime que « cette démarche, quel que ce soit ce qui l’a motivée, devrait en principe être bien accueillie par la partie russe. Par ailleurs, je pense, à en juger par la réaction de la Russie, qu’aucun changement fondamental dans l’approche de Moscou sur la question de la défense antimissile ne se produira », a déclaré l'expert.

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