Mahmoud Abbas : « Nous voulons seulement protéger notre peuple »

Crédit photo :  Reuters / Vostock Photo

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Le 13 mars, le président palestinien Mahmoud Abbas est arrivé à Moscou pour une visite officielle. À la veille de sa visite, il a donné une interview dans laquelle il a évalué l'activité du « Quartet » des médiateurs pour le règlement du conflit israélo-arabe et a évoqué les perspectives des relations palestino-russes.

Quels ont été selon vous les principaux événements de ces dernières années pour la Palestine ?

C'est avec beaucoup d'amour et d'affection que nous nous rappelons la visite du président Medvedev à Jéricho, au cours de laquelle il a visité le Musée russe. Depuis lors, il y a eu de nombreux autres événements, dont l'un des principaux a été la visite de Poutine à Bethléem.

Il y a quelques mois, l'Assemblée générale de l'ONU a octroyé à la Palestine le statut d'État observateur à l'ONU, ce qui est un tournant majeur dans la création d'un État palestinien indépendant.

Dans le cadre de l'obtention du statut d'État observateur à l'ONU, qu'est-ce qui va changer dans les faits pour la Palestine et comment cela affectera-t-il la situation au Proche-Orient?

Après la résolution de l'ONU,  il est devenu clair pour tout le monde que les territoires conquis par Israël en 1967 étaient le territoire d'un État occupé et que, par conséquent, il faut leur appliquer les dispositions de la Quatrième convention de la Conférence de la paix de Genève, qui stipule que « celui qui s'empare de territoire étrangers ou d'un Etat n'a pas le droit de changer ses caractéristiques démographiques et d'y faire venir ses habitants (population) ». C'est notre grande victoire...

Un autre point important : nous pouvons nous adresser à toutes les organisations internationales spécialisées, nous avons la possibilité d'en devenir membres à part entière.

Quelle est la principale condition pour obtenir un règlement israélo-palestinien ?

Nous nous efforçons d'avancer vers un règlement fondé sur le droit international : la « feuille de route » et les résolutions de l'ONU. La balle est dans le camp israélien. Si les dirigeants d'Israël comprennent et croient qu'ils ont autant besoin de la paix que nous et tous les autres pays, alors je suis sûr que nous pourrons parvenir à résoudre le conflit.

Les révolutions et changements de régime ont balayé un certain nombre de pays arabes. Comment ces événements ont-ils affecté la politique étrangère de l'État que vous dirigez ?

Notre position est claire et ferme : nous ne nous immisçons pas dans les affaires internes des pays arabes et non arabes, mais nous sommes avec les peuples de ces pays, nous soutenons leurs aspirations, en particulier en Syrie, où vivent 600 000 Palestiniens.

Dans les prochains jours, je vais dépêcher en Syrie une délégation qui opérera sous la devise de la non-ingérence dans les affaires intérieures de la Syrie. Nous voulons seulement protéger notre peuple, les Palestiniens, nos camps, contre les attaques de part et d'autre.

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Votre délégation ne négociera-t-elle qu'avec Assad, ou également avec l'opposition?                                                

La délégation se rend en Syrie pour rencontrer les dirigeants syriens, pour mener un dialogue avec le gouvernement syrien à propos de la situation des réfugiés palestiniens dans ce pays. L'autorité légitime en Syrie appartient au gouvernement d'Assad. Nous sommes invités en Syrie, qui est gouvernée par ce régime.

Depuis déjà un certain nombre d'années, le « Quartet » des médiateurs est en charge du règlement israélo-arabe. Il inclut la Russie. Quelle est votre évaluation de cette institution ?

La commission quadripartite, créée par la Russie, les Etats-Unis, l'UE et l'ONU, et qui depuis une date assez récente travaille sous les auspices de l'ONU, a réussi à développer une « feuille de route » pour résoudre le conflit au Proche-Orient.

Ce plan doit être mis en œuvre, tel qu'il a été approuvé par le Conseil de sécurité, et personne ne peut le contester. Nous croyons qu'il sera mis en œuvre. Je tiens à dire, et ce n'est pas seulement un compliment envers la partie russe, que votre délégation nous a consulté sur tous les points, et nous a toujours tendu la main pour résoudre l'ensemble de nos problèmes liés au travail du Quartet. 

Malheureusement, depuis près d'un an, cette commission ne fonctionne plus. Nous espérons que ce mécanisme va reprendre son travail et jouera son rôle dans le processus de paix.

Quels sujets avez-vous l'intention d'évoquer à Moscou avec le président russe Vladimir Poutine ? Quels domaines les relations russo-palestiniennes se développent avec succès ? Existe-t-il encore un potentiel inexploité ?

Ma première visite à l'étranger a eu lieu en Russie, parce que la Russie, historiquement, depuis l'Union soviétique, entretient des relations chaleureuses avec les Palestiniens et a toujours défendu nos intérêts.

Depuis cette époque, nous sommes en contact constant avec les représentants russes : soit nous allons à Moscou, soit ils viennent chez nous. Nous aimerions continuer à échanger avec les dirigeants russes sur toutes les questions, il n'y a pas de secrets entre nous.

Par conséquent, nous allons parler très franchement et ouvertement avec le président Poutine de la situation politique au Proche-Orient et de la situation en général dans la région qui nous entoure, qui a une grande influence sur l'ensemble du Proche-Orient.

Nous évoquerons ensemble les perspectives d'un règlement pacifique au Proche-Orient, et bien sûr, nous nous pencherons sur le développement des relations bilatérales entre nos deux pays, relations dont nous sommes fiers et dont nous espérons le développement ultérieur.

Article publié dans Rossiyskaya Gazeta.

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