L'économie devant la Syrie

Crédit photo : Benjamin Hutter

Crédit photo : Benjamin Hutter

Malgré l’intensité de la question syrienne ou le retentissement de l’affaire Depardieu, c’est d'économie que François Hollande est venu parler avec Vladimir Poutine.

Lors de leur première rencontre en juin 2012 à l’Elysée, Vladimir Poutine n’avait pas tourné autour du pot. « La première parole du président Poutine était économique. Il m’a dit très franchement que nos deux pays étaient liés par l’histoire, que nous avions des principes et des valeurs communes mais que la France n’était pas suffisamment présente sur le marché russe », raconte François Hollande. Pour entamer sa première visite officielle à Moscou, le président français est donc venu parler aux hommes d’affaires.

L’économie avant tout

« L’économie est ce qui lie les nations. Elle permet de générer de la croissance et de créer les moyens de la répartir », lance-t-il au début de son discours. Pour lier les actes à la parole, il promet notamment « lever les contraintes » et « faciliter les échanges » entre la France et la Russie.

Comment ? « Il ne faut pas décourager les entrepreneurs, les artistes et les personnalités russes qui veulent venir en France – nous laissons bien des personnalités venir en Russie ! Nous sommes donc prêts à faciliter le régime de visas », promet-il. Aujourd’hui, la France est le troisième investisseur étranger en Russie - avec 12 milliards d’euros en 2012 - mais une levée du régime de visas pour les entrepreneurs des deux pays faciliterait encore davantage leur collaboration. 

Les principaux intéressés sont aux anges. « Le discours de François Hollande est extrêmement positif. Le simple fait qu’il commence sa visite par une rencontre avec la communauté d’affaires française en Russie est un signal très fort. Il n’y a aucune raison de douter de la sincérité de ses intentions. La diplomatie économique est une priorité pour la France. Et la Russie - cela a été dit au plus haut niveau de l’État - est l’un des marchés les plus prometteurs », commente Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe. 

Total, SNCF… De gros contrats en perspective 

Du côté des entrepreneurs, ont attend aussi beaucoup du concept de « diplomatie économique », nouveau credo du président à l’étranger.

« La Russie, pour la production comme pour les marchés, est un pays idéal », témoigne Christophe de Margerie, président directeur général de Total. Pour son groupe, l’intérêt économique de la Russie est simple : il se résume au développement du gaz naturel liquéfié autour de Mourmansk - pour l’Ouest - et de la péninsule de Yamal - pour l’Est.

La diplomatie économique ? « C’est toujours mieux quand les pays s’entendent bien, en particulier leurs présidents », commente-t-il. 

Même son de cloche chez Guillaume Pepy, président de la SNCF : « Nous allons signer des accords aujourd’hui lors de la visite de François Hollande et notamment créer un Institut franco-russe d’études ferroviaires pour que les ingénieurs des deux pays apprennent à se connaître. Car quand on se connaît on s’apprécie et quand on s’apprécie, on a envie d’acheter. Nous espérons donc participer à la modernisation des chemins de fer russes ».

En fin de matinée, François Hollande a visité un centre d’ingénierie d’Airbus en Russie, autre exemple de la coopération franco-russe. 

La Syrie, les droits de l’homme et Depardieu 

Malgré cette idylle apparente, la France et la Russie conservent leurs différends sur certains problèmes internationaux, comme la question syrienne. « En huit mois, la situation s’est encore dégradée en Syrie et nous avons maintenant, avec le président Poutine, la même conviction : il faut accélérer la transition politique dans ce pays. Nous attendons cette sortie de crise depuis trop longtemps », souligne François Hollande, qui espère trouver une solution dans les semaines à venir et dit « avoir besoin de la Russie ».

En 1984, François Mitterrand avait prononcé le nom de Sakharov – défenseur des Droits de l’homme en Russie et assigné à résidence à Gorki de 1980 à 1986 – sous les ors du Kremlin. Quand on lui demande s’il compte évoquer le cas de Sergueï Magnitski, avocat mort en détention dans des circonstances non élucidées en 2009 à Moscou, François Hollande est moins loquace : « Nous en parlerons pendant notre entretien ».

Les droits de l’homme en Russie ? « Avec le président Poutine il y a une chose qui est certaine, c’est que nous parlons de tout. Y compris des droits de l’homme ». En Russie, François Hollande n’aura pourtant abordé cette question que du bout des lèvres.

En Russie, l’arrivée de Gérard Depardieu a pu être interprétée comme un signe du déclin de la France. François Hollande repousse cette idée. « En Russie, la France est une puissance montante. Les Russes attendent beaucoup de nous et les investisseurs ont de nombreuses sollicitations. A nous d’amplifier encore ce mouvement ». Tout finit toujours par l’économie…

De son côté, le président russe a indiqué que la France restait un « partenaire privilégié de Moscou », que leurs relations étaient « très bonnes », « tout comme le dialogue politique », malgré la froideur qui planait entre les deux hommes lors de leur conférence de presse commune au Kremlin à l’issue de leur rencontre.

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