Pour « un rapport de confiance »

Crédit photo : Maria Tchobanov

Crédit photo : Maria Tchobanov

L’ambassadeur russe à Paris évoque le cas Depardieu, l’intervention au Mali et la position sur la Syrie avant la visite que doit effectuer le président François Hollande à Moscou le 28 février.

La naturalisation russe de Gérard Depardieu a-t-elle provoqué des frictions diplomatiques ?

Les relations entre la Russie et la France sont très anciennes. Elles n’ont jamais été indifférentes. Parfois les émotions débordaient. On l’a vu récemment, quand la décision de Gérard Depardieu de demander la citoyenneté russe a provoqué en France une véritable crise de jalousie, à mon avis totalement injustifiée.

Je suis persuadé que Gérard Depardieu, un grand artiste français de renommée mondiale, n’a pas fait cette demande pour éviter de payer ses impôts en France. Pour cela, il lui aurait suffi de s’installer en Belgique.

C’est plutôt le geste d’un homme honnête qui aime sincèrement la Russie. Il connaît bien la culture russe et il a des projets à long terme en Russie : il aimerait interpréter le rôle d’Emelian Pougatchev, adapter au cinémales Frères Karamazov de Dostoïevski.

L’arrivée des socialistes au pouvoir a-t-elle affecté les relations bilatérales ?

Pas sur le fond. Après le changement de gouvernement en France, il a fallu un certain temps aux nouveaux ministres pour rentrer dans le vif des dossiers. Mais depuis novembre dernier les contacts au niveau ministériel ont repris leur rythme normal.

Nous espérons que la prochaine visite à Moscou du Président François Hollande va ouvrir une nouvelle étape dans nos relations bilatérales.

Quels seront les thèmes de la visite de François Hollande en Russie ?

Nous attendons beaucoup de cette première visite de François Hollande à Moscou. Avant tout, l’établissement d’un contact personnel, d’un rapport de confiance avec le président Vladimir Poutine. De nos jours, la confiance réciproque est un facteur décisif qui permet de résoudre les problèmes les plus complexes.

Les deux présidents vont passer en revue les relations bilatérales et les grands problèmes internationaux. Les discussions s’annoncent riches et intenses. Une grande attention sera accordée à la coopération économique entre nos deux pays où il existe un grand potentiel de développement.

À l’ordre du jour : la création de fonds d’investissement franco-russes qui faciliteraient les investissements croisés dans les entreprises des deux pays, aideraient les PME russes et françaises à s’implanter sur les marchés français et russe respectivement.

La crise pèse-t-elle sur le commerce bilatéral ?

La crise a affecté les importations d’énergie en provenance de la Russie, ce qui a touché le volume global des échanges. En même temps, la présence des grandes sociétés françaises sur le marché russe a eu pour effet d’amortir les conséquences de la crise.

Je citerai un seul exemple. En 2012, en France, les ventes d’automobiles Renault ont chuté de 23%, alors qu’en Russie, elles augmentaient dans la même proportion. Il est clair que sans la dynamique du marché russe, Renault se serait retrouvé en grande difficulté.

Pour le groupe Auchan, le marché russe est le deuxième après la France, avec un chiffre d’affaires annuel de 7 milliards d’euros. Il en est de même pour Danone et bien d’autres entreprises françaises. Le développement de cette intégration économique entre la Russie et la France est favorable aux deux pays et mérite d’être encouragé.

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La France est-elle plus favorable que d’autres à la libéralisation du régime des visas pour les Russes ?

Biographie

Alexandre Orlov est Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Russie en France et auprès de la Principauté de Monaco depuis 2008. Il est diplômé de l’Institut d’État de Moscou des Relations internationales. Il a occupé différents postes au sein du ministère des Affaires étrangères d’URSS et de la Fédération de Russie, ainsi que dans diverses représentations diplomatiques à l’étranger.

La France a dès le début soutenu notre proposition de supprimer les visas de circulation de courte durée. Sur cette question, nous sommes sur la même longueur d’ondes. Par ailleurs, dans le cadre des accords Schengen, la France a fait son possible pour faciliter l’obtention de visas par des citoyens russes.

 

De notre côté, nous faisons de même, en multipliant la délivrance de visas de circulation de longue durée. Pour améliorer les conditions d’obtention des visas, nous avons ouvert à Paris un centre spécialisé qui a permis de diminuer les délais de délivrance et éviter les intermédiaires qui ne font que les accroître et augmenter les frais.

Les événements au Mali et en Algérie vont-ils contribuer à rapprocher les deux pays sur la Syrie ?

Je pense que maintenant que la France est aux prises avec les terroristes au nord du Mali, elle devrait mieux comprendre à qui nous avons affaire en Syrie. Au Mali comme en Syrie, nous avons affaire aux mêmes islamistes radicaux qui sèment partout la mort et le terreur.

Je constate un certain rapprochement entre la Russie et la France sur la question syrienne. Notre analyse de la situation est la même et nous avons un objectif commun : préserver l’intégrité d’une Syrie multiethnique et multiconfessionnelle.

Les désaccords concernent surtout les méthodes à employer pour atteindre cet objectif. La situation en Syrie évolue de telle manière que les positions défendues par la Russie dès le début du conflit commencent à être mieux comprises.

Quels sont les événements culturels majeurs prévus en 2013 ?

Après les saisons croisées de langue et de littérature que nous avons vécues en 2012, nous allons organiser en 2013-2014 les saisons croisées du théâtre et du cinéma. Au programme : des spectacles exceptionnels, des projets de mise en scène communs, des ateliers, des échanges entre les conservatoires.

Nous souhaiterions que le Festival théâtral d’automne, qui se tient à Paris chaque année, soit consacré à Stanislavski pour les 150 ans de sa naissance.

Nous invitons également les Français à participer au festival Tchekhov à Moscou.

En mars, à Strasbourg, se tiendra la Quinzaine du cinéma russe, puis ce sera en novembre le festival du film russe à Honfleur. Le maire de Nice Christian Estrozi a également proposé d’accueillir un festival de cinéma russe dans sa ville.

Je citerai encore les tournées en France en 2013 du ballet Moïseev, Eifman en mars, du ballet du théâtre Mariinski fin mai et les Saisons russes au théâtre des Champs-Élysées en juillet.

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