Comment les Allemands soviétiques ont combattu les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale

Sergueï Volkenstein, Viatcheslav Meyer, Nikolaï Gagen

Sergueï Volkenstein, Viatcheslav Meyer, Nikolaï Gagen

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Bien que des milliers d'Allemands soviétiques fussent prêts à combattre les nazis, les autorités ont refusé de leur donner une telle opportunité.

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Allemands soviétiques

Au début de la guerre, près de 1,5 million d'Allemands de souche vivaient en URSS. C’étaient les descendants de colons qui avaient reçu de l'impératrice Catherine II l'autorisation de s'installer sur le territoire de l'Empire russe dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. La région de la Volga était devenue leur principale zone de peuplement, et en 1923 une république autonome y a même été créée pour eux.

Plus de 33 000 Allemands servaient dans les rangs de l'Armée rouge au moment de l'invasion du pays par la Wehrmacht. Pendant les premiers mois de la guerre, la propagande soviétique a souligné de manière démonstrative la différence entre les nazis et « nos Allemands », publiant activement des articles sur leurs actes héroïques, d'autant plus qu'ils étaient nombreux.

Dans la forteresse de Brest (en actuelle Biélorussie), la première à avoir été attaquée par l'ennemi le 22 juin 1941 au début de l’offensive contre l’URSS, des dizaines d'Allemands soviétiques se sont battus : le commandant du 125e régiment d'infanterie, le major Alexander Dulkayt, le lieutenant-colonel du service médical Erich Krol, ainsi que des lieutenants et des soldats du rang. L’adjudant Viatcheslav Meyer a participé à la première contre-attaque réussie, qui a marqué le début de la défense organisée de la citadelle.

Alexander Doulkayt; Viatcheslav Meïer

Pendant près d'une semaine, la 153e division d'infanterie du colonel Nikolaï Gagen a retenu des unités du 39e corps motorisé allemand à la périphérie de Vitebsk. Pendant encore dix-huit jours, elle a dû se battre dans un encerclement complet, jusqu'à ce que, presqu’à court de munitions et de carburant, elle parvienne à percer pour rejoindre le reste des troupes. Pour cet exploit, la division a été l'une des premières de l'Armée rouge à recevoir le titre honorifique « de la Garde », et le colonel lui-même s'est vu remettre l'Ordre de Lénine.

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Le tireur antiaérien Heinrich Neumann a abattu quatre bombardiers ennemis et le 28 août, un article à son sujet a été publié dans le journal Komsomolskaïa Pravda. Ironie du sort, le jour même, un décret du Présidium du Soviet suprême de l'URSS« sur la réinstallation des Allemands vivant dans la région de la Volga » a été publié. Il allait modifier de façon radicale et tragique le sort de cette minorité ethnique.

Nikolaï Gagen

L’ère de la méfiance

L'attitude des autorités envers les Allemands soviétiques a progressivement changé au fur et à mesure que l'armée allemande avançait plus profondément dans le territoire de l'Union soviétique. Des rapports indiquant que dans les villages allemands d'Ukraine, les troupes ennemies recevaient du pain et du sel (coutume de bienvenue, ndlr) ont commencé à paraître. « Les hostilités sur le Dniestr ont montré que la population allemande tirait depuis les fenêtres et les potagers sur nos troupes en retraite », indique le rapport du commandement du front Sud à Staline le 3 août. 

Malgré le fait que des milliers de volontaires allemands assiégeaient littéralement les postes de recrutement dans l'espoir d'aller au front, et en dépit de l'héroïsme massif de ceux qui avaient déjà combattu l'ennemi, les Allemands soviétiques ont commencé à être vus comme une « cinquième colonne », des complices des nazis réels ou potentiels. En conséquence, Staline a envoyé un ordre au commissaire du peuple (équivalent du ministre de l'Intérieur) Lavrenti Beria : « Il faut les expulser à grand fracas ».

Conformément au décret « sur la réinstallation des Allemands », la République soviétique socialiste autonome des Allemands de la Volga a été abolie. Très rapidement, des centaines de milliers de personnes ont été « réinstallées » en Sibérie, dans l'Altaï et au Kazakhstan. Durant les mois suivants, des déportations ont été effectuées à partir d'autres territoires occidentaux de l'URSS, non occupés par l'ennemi. Dans leurs nouveaux lieux de vie, de nombreux colons ont été mobilisés dans les soi-disant « armées ouvrières », engagées dans l'exploitation minière ou forestière et la construction.

Au même moment, les Allemands ont commencé à être retirés massivement du front. Le 8 septembre a été publiée la directive N°35105 du Commissariat du peuple (ministère) à la Défense, selon laquelle il était nécessaire de « retirer des unités, académies, établissements d'enseignement militaire et institutions de l'Armée rouge, tant sur le front qu'à l'arrière, tous les militaires du rang et les cadres militaires de nationalité allemande et de les envoyer dans les zones intérieures pour être intégrés aux unités de construction ».

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Déportation des Allemands

Pour de nombreux Allemands, cette décision a créé une véritable onde de choc. Lors des batailles de juillet, le commandant d'escadron Piotr Getz, seul sur un I-16, avait réussi à disperser un escadron de bombardiers ennemis au-dessus de la ville d'Orcha, dans l'Est de la Biélorussie, et avait été nominé pour recevoir l'Ordre de l'Étoile rouge. Cependant, en raison de la nouvelle directive, le pilote, malgré ses demandes réitérées, a été rappelé du front et envoyé dans l'Oural pour travailler dans l'exploitation forestière. Le prix lui a été remis après son arrivée en exil.

Poursuite de la lutte

Tous les Allemands soviétiques ne se résignèrent pas à l'idée d'être employés à l'arrière. Certains ont pu rester dans les forces armées grâce à cette même directive N°35105. Elle donnait aux commandants et aux commissaires la possibilité de demander au Commissariat du peuple à la défense de maintenir leurs subordonnés d’ethnie allemande dans l'unité, si nécessaire.

Sergueï Volkenstein

La persévérance a aussi parfois payé. Le colonel Sergueï Volkenstein, envoyé en Sibérie, a constamment cherché à revenir au front, jusqu'à ce qu'en 1942 sa demande soit finalement acceptée. En conséquence, le chef militaire a terminé sa carrière militaire en Tchécoslovaquie avec le grade de général de division d'artillerie et a reçu le titre de Héros de l'Union soviétique pour son commandement exemplaire d'une division d'artillerie.

En 1941, Paul Schmidt, qui travaillait à la construction d’un chemin de fer, s'est enfui pour le front en prenant le nom de son ami, l'Azerbaïdjanais Ali Akhmedov. Il a traversé toute la guerre comme servant de mortier et l'a terminée avec le grade de sergent à Berlin. Ce n'est qu'alors qu'il a révélé sa véritable identité ; mais grâce à l'intercession personnelle du maréchal Joukov, aucune sanction n'a été prise contre lui.

Un bon nombre d'Allemands soviétiques se sont retrouvés dans des détachements de partisans et clandestins. Connaissant la langue allemande, il s'agissait d'éléments précieux qui étaient souvent utilisés dans les opérations de reconnaissance et de sabotage. L'un des commandants de partisans les plus efficaces de toute la guerre a été le Héros de l'Union soviétique Alexander Guerman, décédé en 1943. À l’actif de sa brigade figurent la victoire sur 17 garnisons allemandes et 70 administrations de district, la destruction de 31 ponts ferroviaires et jusqu'à 10 000 soldats ennemis abattus.

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Transfuges

Le nombre de soldats de la Wehrmacht qui sont passés du côté soviétique pendant la guerre n'a pas dépassé quelques centaines. En URSS, on ne leur faisait pas vraiment confiance, les soupçonnant d'espionnage. Pour la plupart, ils étaient tenus à l'écart de la ligne de front, et restaient à l'arrière.

Fritz Schmenkel

Le plus célèbre des citoyens du Troisième Reich ayant décidé de se battre pour l'URSS était le caporal Fritz Paul Schmenkel. Communiste convaincu, il a déserté son unité et rejoint les partisans soviétiques, avec lesquels il a combattu avec succès pendant plusieurs années. En 1944, Schmenkel a été capturé et exécuté par les Allemands, et vingt ans plus tard, il a reçu à titre posthume le titre de Héros de l'Union soviétique.

De nombreux nazis étaient convaincus que l'Armée rouge avait formé des unités composées de prisonniers de guerre allemands pour combattre la Wehrmacht. En Allemagne, ils étaient connus sous le nom de « troupes de Seydlitz », du nom du général allemand Walther von Seydlitz-Kurzbach, qui après avoir été capturé à Stalingrad a décidé de coopérer avec les autorités soviétiques.

Walther von Seydlitz-Kurzbach (au centre) et membres du Comité national pour une Allemagne libre

« Dans notre secteur du front, outre les Russes, il y a aussi les troupes de Seydlitz, vêtues d'uniformes allemands avec des récompenses et des brassards rouges sur leurs manches. Des Allemands qui luttent contre des Allemands ! », a rappelé le militaire Altmer Helmut. En réalité, Staline ne croyait pas à la fiabilité de telles formations, et cette idée n'a jamais été mise en œuvre.

La captivité en URSS, un cauchemar pour les prisonniers de guerre allemands ? Trouvez la réponse dans cette publication.

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