Malgré la crise, les investissements bilatéraux franco-russes à la hausse

Les entreprises russes partent lentement mais sûrement à l'assaut de l’Hexagone.

Les entreprises russes partent lentement mais sûrement à l'assaut de l’Hexagone.

Reuters

Le 13 avril, lors de sa visite à Moscou, Murielle Pénicaud, ambassadrice déléguée aux investissements internationaux et directrice générale de Business France, agence nationale présente dans 73 pays qui œuvre pour internationaliser l’économie française et attirer en France de nouveaux investisseurs, a animé une conférence de presse à l'ambassade de France. L'occasion pour elle de présenter l'activité des entreprises françaises en Russie, les investissements russes en France ainsi que les projets bilatéraux de collaboration économique.

La France dans l'économie russe

La France est aujourd'hui le premier investisseur étranger en Russie en termes de flux et deuxième après l'Allemagne en termes de stocks. Ce sont plus de 6 000 entreprises françaises qui y emploient près de 130 000 personnes. En 2016, la France a par ailleurs vu ses exportations vers la Russie augmenter de 8%, le pays représentant ainsi 4,9% des importations russes.

« Malgré la crise et les sanctions, les entreprises françaises continuent à investir, les liens croisés sont durables », a assuré Murielle Pénicaud. En effet, le montant total des échanges commerciaux entre les deux pays s'élevait en 2016 à 10 milliards d'euros. Même si on est encore loin des chiffres de 2012–2013 (20 milliards en 2013), la dynamique semble positive.

Néanmoins, la crise économique touchant la Russie depuis la mise en place des sanctions et la chute du cours du pétrole, a fortement impacté les habitudes des consommateurs. Ainsi, « même dans le luxe, la sensibilité aux prix est devenue importante », a-t-elle confié.

De plus, l'essor des relations économiques Russie – Chine apparaît aujourd'hui comme un élément susceptible de changer la donne, Moscou orientant de plus en plus sa politique, économique comme diplomatique, vers l'Asie.

Face à ce changement de conjoncture, de nouveaux types d'acteurs réussissent tout de même à tirer leur épingle du jeu en Russie, c'est notamment le cas des start-ups. Ainsi, Blablacar et Critéo voient leur activité se développer rapidement dans ce pays.

Historiquement, les régions attirant le plus les investisseurs français en Russie sont celles de Moscou et de Saint-Pétersbourg, mais en raison de la récession, les entreprises cherchent à conquérir d'autres territoires, et aspirent notamment à développer leur activité vers l'Est et dans les villes de plus d’un million d’habitants.

Il y a cependant divers types de régions : les régions naturellement riches grâce aux ressources dont elles disposent et dont le capital est réinvesti dans l'économie locale. L'un des meilleurs exemples est certainement le Tatarstan, où les investissements étrangers se multiplient ces dernières années.

Il y a ensuite les régions spécialisées dans certains secteurs qui regroupent certains types d'investisseurs, c'est le cas du sud de la Russie, où l'industrie est très développée. Et il y a enfin celles présentant un intérêt ponctuel, comme c'est le cas actuellement de la Iamalie, où le groupe Total a récemment construit une usine pharaonique de gaz naturel liquéfié.

Business France mise beaucoup sur l'internationalisation des PME pour assurer l'irrigation économique des territoires. S'implanter en province plutôt que dans la capitale étant généralement plus intéressant pour les PME, Business France s'efforce d'inciter les investisseurs à ne pas se focaliser uniquement sur Moscou et Paris.

Les investissements russes en France

Depuis deux ans on assiste à une accélération des investissements étrangers en France (+16% en 2016), ce qui porte le nombre d'emplois directs liés à ces investissements à 2 millions. Le pays est notamment réputé pour ses crédits à la recherche attractifs, la qualité de son ingénierie et son haut niveau de recherche et d'innovation. D'ailleurs, « les entrepreneurs russes sont nombreux à avoir remarqué le haut niveau d'innovation de la France », a déclaré Murielle Pénicaud.

Aujourd'hui, 86 entreprises russes sont implantées en France, employant quelques 4500 personnes. Grâce aux investissements russes effectués en France en 2016, 108 postes ont été créés. Les secteurs attirant le plus les investisseurs venus de Russie sont les hautes technologies, l’hôtellerie-restauration et le tourisme.

Mais on assiste à une multiplication des investissements dans d'autres domaines, tels que l'agro-alimentaire, l'économie numérique, les services financiers et l'informatique. À noter, les entreprises russes dotées d'une économie mûre ou en croissance se servent souvent de la France comme d'un hub vers l'Europe et l'Afrique pour internationaliser leur activité.

Les régions profitant le plus des investissements russes sont l'Île de France (38%) et la Provence-Alpes-Côte-d'Azur (25%), mais on constate un intérêt grandissant de la Russie pour d’autres territoires.

Au cours de cette rencontre, plusieurs exemples d'implantations russes en France ont été évoqués. Parmi eux, on retrouve notamment SuperOx, spécialiste russe de la supraconduction, qui a choisi d'installer son siège européen près de Marseille, Dr Web, société russe de logiciels anti-virus, qui a ouvert un bureau commercial à Strasbourg ou encore Datadvance, société russe développant des logiciels d'analyse de données et d'optimisation multidisciplinaire, qui a, dans le cadre de son partenariat avec Airbus, ouvert son centre européen à Toulouse. Autre exemple, la Compagnie des chemins de fer russes (RJD) a fait l'acquisition de 75% des parts de l'entreprise de logistique industrielle GEFCO, ancienne filiale du groupe PSA.

Autre réussite, le groupe Dellos, une holding moscovite du secteur de la restauration, souhaite consolider sa présence en France avec sa marque Pouchkine ; deux cafés ont déjà ouvert dans la Galerie Printemps du Boulevard Haussmann et sur le Boulevard Saint-Germain à Paris et un restaurant devrait faire son apparition cette année Place de la Madeleine. La société planifie de créer 70 postes et d'investir 15 millions d'euros dans son projet.

« Ce nouveau concept a suscité un grand intérêt. Nous avons inauguré deux cafés « Pouchkinette » à Orly et un dans un centre commercial de Versailles, dont le chiffre d'affaire m'a réellement étonné, je ne pensais pas qu'en France il existait un tel potentiel de demande », a confié Andreï Dellos lors d'une interview pour le journal économique Vedomosti.

La Caisse des dépôts française et le Fonds russe des investissements directs se sont par ailleurs accordés sur un investissement de 250 millions d'euros dans la compagnie française Arc, leader mondial des arts de la table et de la verrerie. Ces deux institutions souhaitent par ailleurs élargir leur coopération pour développer différents projets dans les domaines de la production industrielle, de l'agriculture, de la vente au détail, et des matières premières.

Enfin, de plus en plus d'entreprises russes investissent dans des start-ups françaises, notamment dans les hautes technologies, la France et la Russie disposant toutes deux d'excellentes écoles de mathématiques et d'ingénierie, ce qui génère une fertilisation croisée des investissements dans ces domaines. Ainsi, Kaspersky, numéro 4 de la sécurité informatique dans le monde, a annoncé qu'elle s'apprêtait à soutenir de nombreuses start-ups françaises évoluant dans ce domaine.

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