Guerres du lait: Moscou pénalise à nouveau certains produits biélorusses

Vadim Rymakov / TASS
Les restrictions provisoires touchent le fromage, le beurre et le lait en poudre.

Le Service de contrôle sanitaire de Russie, Rosselkhoznadzor, a introduit à compter du 19 mai des restrictions provisoires sur les importations de lait en poudre, de fromage et de beurre de certains producteurs biélorusses. La nouvelle est annoncée sur le site de cette structure, qui précise que les limitations ont été décrétées après que des traces de médicaments ont été repérées dans les produits de ces entreprises, notamment de la fromagerie-beurrerie de Kobrine, de la laiterie de Molodetchno ou de la société Dons de Novogroudok.

Réexportation ou problème de qualité ?

Au cours des deux dernières années, le Service de contrôle sanitaire russe a adressé à plusieurs reprises à la Biélorussie des reproches concernant la qualité des produits importés, avant tout de la viande et du lait, exprimant des doutes quant à leur origine biélorusse. En décembre dernier, le patron de Rosselkhoznadzor, Sergueï Dankvert, a affirmé que la Biélorussie réexportait des produits européens frappés par l’embargo russe introduit en réaction aux sanctions occidentales.

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a alors donné l’ordre de lancer des poursuites pénales contre Sergueï Dankvert et a affirmé que Rosselkhoznadzor formulait des griefs uniquement parce que les producteurs russes n’étaient pas capables de concurrencer les fermiers biélorusses. Le 3 avril 2017, les présidents russe et biélorusse se sont entendus pour contrôler les produits frappés par l’embargo et Alexandre Loukachenko a appelé Moscou à renoncer à ses accusations, « gratuites », selon son expression.

Cependant, l’interdiction de Rosselkhoznadzor qui prendra effet le 19 mai est sans rapport avec le problème de la réexportation des produits européens soumis à l’embargo, estiment les experts russes questionnés par RBTH.

Selon Anatoli Tikhonov, chef du Centre de l’agroalimentaire international et de la sécurité alimentaire à l’Académie présidentielle russe de l’économie nationale et de l’administration publique, les nouvelles limitations sont uniquement liées à la violation des normes de sécurité. « Si, il y a dix ans, on pouvait acheter tranquillement la production biélorusse en sachant qu’elle était conforme aux strictes normes élaborées encore sous l’URSS, aujourd’hui les qualités alimentaires et gustatives de nombreux produits biélorusses ne sont plus les mêmes », a-t-il indiqué.

Ces mesures n’ont rien à voir avec les livraisons de produits frappés par l’embargo arrivés de pays tiers, a lui aussi fait remarquer Artiom Belov, directeur exécutif de l’Union russe des producteurs de lait. « Les restrictions font suite non à la réexportation, mais à des violations commises par des entreprises biélorusses dans la fabrication de leurs produits », a-t-il expliqué.

« Des restrictions provisoires suite à des violations et des griefs sont décrétées assez régulièrement par Rosselkhoznadzor parce que la Biélorussie, en tant qu’ importateur de premier plan, livre une très grande quantité de produits », a déclaré Artiom Belov.

Selon lui, les nouvelles limitations ne se répercuteront pratiquement pas sur les prix et ne provoqueront aucun vide dans les rayons des magasins. En outre, les produits des entreprises soumises à des restrictions peuvent être remplacés par ceux d’autres sociétés biélorusses.

Pour éviter de telles situations à l’avenir, il importe de s’entendre au niveau de l’Union économique eurasiatique (dont font partie la Russie et la Biélorussie) sur les quotas de livraisons et les mesures de régulation, a affirmé Anatoli Tikhonov. « La Biélorussie est un très grand importateur de produits laitiers, mais nous devons être certains de la qualité de ses livraisons. À l’heure actuelle, il est impossible de garantir la sécurité ou l’origine du produit de certaines entreprises biélorusses », a-t-il noté pour conclure.

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