L’Europe directement alimentée en gaz par la Russie dès 2019?

Turkish Stream et Nord Stream-2 devraient être achevés d’ici deux ans. Quelles conséquences?

Turkish Stream et Nord Stream-2 devraient être achevés d’ici deux ans. Quelles conséquences?

Reuters
La fin de la construction des gazoducs Turkish Stream et Nord Stream-2 est prévue par Gazprom d’ici deux ans. Selon les experts, les gazoducs des actuels pays de transit du gaz russe, l’Ukraine, la Pologne et la Bulgarie, pourraient être abandonnés.

Gazprom a entamé la pose des segments sous-marins du gazoduc Turkish Stream, a annoncé la société le 7 mai 2017. Turkish Stream, qui remplacera le projet inachevé South Stream, doit être achevé en 2019, en même temps qu’un autre gazoduc russe, Nord Stream-2.

Un gain pour les acheteurs

Cela permettra aux pays d’Europe de l’Ouest de recevoir le gaz russe sans interruption et à un prix nettement inférieur. Aujourd’hui, le gaz russe livré par le gazoduc Nord Stream–1 (reliant la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique, ndlr) revient aux pays européen 1,5 fois moins cher que celui transporté via l’Ukraine, avait expliqué en décembre 2016 Alexandre Novak, le dirigeant de la société énergétique russe.

North Stream-1

Le Gazoduc North Stream-1 est entré en service le 8 novembre 2011. Nord Stream, posé au fond de la mer Baltique, est constitué de deux sections : NEL à l’ouest, et OPAL à l’est. Chaque section est capable d’acheminer 27,5 milliards de mètres cubes par jour.n

Les experts considèrent que le risque que ces projets restent inachevés est très bas. Il y a trois semaines, cinq sociétés européennes, la française Engie, l’autrichienne OMV, l’anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell et les allemandes Uniper et Wintershall, ont signé un accord avec la filiale de Gazprom Nord Stream 2 AG sur le financement de la construction du gazoduc, et y ont assigné 5 milliards d’euros.

« Ce schéma de financement lève complètement le risque d’un blocage de la construction par l’agence anti-monopoles polonaise. La construction est maintenant possible, et les Allemands y ont particulièrement intérêt », affirme Oleg Bogdanov, analyste en chef de Teletrade Group.

Les risques relatifs à la construction de Turkish Stream dépendent quant à eux totalement de l’état des relations entre la Turquie et la Russie. « À l’heure actuelle, après la dernière rencontre entre Poutine et Erdogan, toutes les questions et les obstacles ont été levés et plus rien n’entrave la construction du gazoduc », considère Oleg Bogdanov.

De plus, le gouvernement turc a tout intérêt à ce que Turkish Stream voie le jour. « Pour la Turquie, c’est un premier pas vers sa stratégie globale de création d’un hub énergétique qui devra approvisionner les pays d’Europe du Sud », commente Artiom Deïev, analyste en chef chez Amarkets.

Le lancement de ces deux gazoducs alternatifs en 2019 renforcera les positions du géant gazier russe Gazprom, qui élargit en ce moment ses parts de marché sur le marché européen et assure à l’heure actuelle 33,5% des livraisons de gaz en Europe. « Gazprom pourra battre son propre record et gagner encore quelques pourcents de part de marché en 2019 », considère Artiom Deïev.

Les pays de transit sur la touche

L’un des principaux objectifs de la construction de Turkish Stream et de Nord Stream est de réduire les commissions imposées sur le transit gazier par l’Ukraine, la Pologne et les pays des Balkans. À l’heure actuelle, 66% des livraisons de gaz russe à l’Europe transitent par l’Ukraine.

La première section de Turkish Stream, dont la construction a commencé au début du mois de mai 2017, doit remplacer entièrement le gazoduc des Balkans, qui relie actuellement la Russie à la Turquie via l’Ukraine, la Moldavie, la Roumanie et la Bulgarie, considère Igor Iouchkov, chef analyste du Fonds de sécurité énergétique nationale.

« Cette section est construite uniquement pour les besoins de la Turquie elle-même et aura une capacité de 15,75 milliards de mètres cube de gaz, alors que le gazoduc des Balkans n’en achemine qu’environ 11 milliards », ajoute-t-il.

Cependant, Gazprom et les pays d’Europe de l’Ouest ne pourront pas se défaire totalement de leur dépendance vis-à-vis des pays de transit. « En 2016, 82,2 milliards de mètres cube de gaz ont transité via l’Ukraine, alors que Nord Stream-2 et Turkish Stream ne pourront acheminer au maximum que 70 milliards de mètres cube de gaz. 10 à 15 milliards de mètres cubes de gaz par an continueront quoi qu’il arrive à passer par les gazoducs ukrainiens », considère Anna Vovk, directrice générale de la société Distribution Nationale.

Selon les estimations d’Igor Iouchkov, Turkish Stream et Nord Stream pourraient être assez puissants pour permettre de se passer totalement des gazoducs ukrainiens, mais il faudra pour cela que Gazprom y consacre toutes ses capacités actuelles et futures.

« Gazprom mise sur une poursuite de la chute des extractions de gaz en Europe du Nord-Ouest, comme on l’observe actuellement aux Pays-Bas, au Danemark, en Grande-Bretagne ou en Norvège, ce qui lui permettrait d’augmenter le volume de ses propres livraisons et d’utiliser à 100% les capacités de Nord Stream-1 », affirme M. Iouchkov.

Les 10–15 milliards de mètres cubes restants pourraient emprunter au lieu des gazoducs ukrainiens la seconde section de Turkish Stream, qui pourrait rejoindre l’Italie via la Turquie et la Grèce, ou bien suivre l’itinéraire du projet abandonné South Stream, c’est-à-dire vers l’Europe du sud via la Bulgarie.

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