Sanctions: Russie et Turquie enterrent la hache de guerre

Moscou et Ankara lèveront toutes les restrictions réciproques… ou presque.

Moscou et Ankara lèveront toutes les restrictions réciproques… ou presque.

Reuters
La Russie et la Turquie prévoient de lever toutes les sanctions commerciales réciproques, notamment sur la livraison de céréales. Toutefois, l’embargo sur les tomates turques reste en vigueur côté russe.

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ont décidé lors de négociations tenues mercredi dernier à Sotchi de lever presque toutes les restrictions frappant les échanges bilatéraux.

Il s’agit tant de l’embargo alimentaire introduit par Moscou au début de l’année dernière après que l’aviation turque eut abattu un bombardier russe en Syrie que du renoncement à octroyer à la Russie le droit d’importer en franchise des céréales, du maïs et du tourteau d’extraction, décision prise à la mi-mars 2017.

« Nous nous sommes entendus au sujet d’une résolution complète de tous les problèmes relatifs aux sanctions », a déclaré Vladimir Poutine.

Tomates non grata

Toutefois, la levée de l’interdiction ne concerne pas les tomates turques. Vladimir Poutine a expliqué cette décision par les intérêts des agriculteurs russes. « Nos agriculteurs ont engagé d’importants prêts et ont fait appel aux crédits, compte tenu d’un cycle de production prolongé qui, dans nos conditions climatiques, nécessite la construction de serres et d’autres bâtiments », a-t-il précisé.

L’embargo sur les tomates pourrait durer encore entre trois à cinq ans, a annoncé aux journalistes le vice-premier ministre russe, Arkadi Dvorkovitch.

« Dans tous les cas, les restrictions resteront en vigueur. De ce point de vue-là, nos producteurs peuvent être tranquilles. Mais certains mécanismes souples pourraient être enclenchés quand nous verrons que nous n’avons à craindre aucun préjudice », a-t-il ajouté.

La Turquie était le plus grand fournisseur de tomates en Russie jusqu’à l’introduction des sanctions. Selon le Service des douanes russe, avant les sanctions, la Russie achetait en Turquie près de 53% de ses tomates importées en valeur monétaire et 54% en quantité totale.

 

Tomate russe vs tomate turque

Toutefois, le retour des tomates turques sur le marché russe aurait pu être salué par le consommateur russe. Selon un compte rendu élaboré par les experts de l’Institut Gaïdar et de l’Académie présidentielle russe de l’économie nationale et de l’administration publique, le prix de revient des tomates cultivées en Russie est plus élevé que celui de leurs « homologues » importés, ce qui est loin d’arranger les Russes.

« Primo, les prix en magasin peuvent faire le triple du prix des tomates importées. Secundo, le prix de vente des complexes de serres russes est bien plus élevé que le prix moyen des tomates importées calculé d’après tous les importateurs », souligne le document. Enfin, les importations de tomates turques sont moins chères que les importations depuis les autres pays.

Le prix de revient des tomates turques est plus bas parce que le pays profite d’un climat doux, ce qui permet aux producteurs de réduire leurs dépenses, a expliqué le vice-président de l’Union céréalière de Russie, Alexandre Korbout. Toutefois, une pause de cinq ans dans les importations de tomates turques pourrait contribuer au développement des complexes de serres en Russie.

« Pendant que les restrictions resteront en vigueur, les producteurs russes pourraient devenir compétitifs et réduire le prix de revient, avant tout grâce à l’augmentation de la production », a-t-il fait remarquer.

Selon Iakov Lioubovedski, gérant de projets au sein de l’Union de l’agriculture bio, le problème ne réside pas dans le prix de revient, mais dans la logistique des réseaux commerciaux, qui fonctionne mal au niveau des petits fournisseurs intérieurs.

« Cultiver des légumes chez nous revient moins cher qu’en Turquie, mais la logistique est orientée vers les importations : il est plus simple aux réseaux commerciaux de transporter les légumes importés par trains que de les récolter en petites quantités auprès de fermes russes », a-t-il noté.

En outre, la production des tomates en Turquie bénéficie d’un puissant soutien de l’État, que les sociétés russes ne touchent pas, a indiqué l’expert.

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