Économie russe: de l’adaptation au choc à la reprise?

Kommersant
Stabilisation du rouble, baisse continue de l’inflation et croissance à 1,1% :tels sont les pronostics du ministère russe du Développement économique pour 2017. Quoique modestes, des tendances positives se dessinent d’ores et déjà, plusieurs indicateurs ayant affiché des résultats meilleurs que prévu au début de l’année en cours. Toutefois, une série de facteurs empêchent toujours le pays de réaliser son potentiel économique.

« L’année prochaine ne sera pas simple » : ainsi s’exprimait le ministre russe des Finances Anton Silouanov en décembre 2015 sur fond de chute spectaculaire des cours du pétrole, qui avait entraîné une crise aigüe de l’économie russe. Certes, aucun miracle ne s’est produit, mais les résultats économiques de l’année qui s’écoule ont de quoi décevoir les partisans des scénarios catastrophe. D’après le ministère russe du Développement économique, la chute du PIB s’est presque arrêtée au 3e trimestre et l’économie a amorcé une phase de lente reprise.

Période « d’adaptation au choc et de reconstruction structurelle de l’économie », c’est ainsi que le vice-ministre russe du Développement économique Alexeï Vedev a caractérisé l’année qui s’écoule lors de la conférence « Situation économique en Russie : attentes, perspectives et prévisions », organisée par la Chambre de commerce et d’industrie France-Russie (CCIFR).

M. Vedev a reconnu que si une certaine incertitude et les sanctions perduraient, le nombre des partisans d’un scénario de développement optimiste de l’économie russe ne cessait de croître.

L’inflation pourrait atteindre 5,5–5,6% à l’issue de l’année, soit un chiffre en dessous dernières prévisions du ministère (5,8%), a-t-il indiqué, soulignant que « ceci entraînerait automatiquement une amélioration des revenus réels (+0,7% contre +0,3% prévus), ce qui signifie une légère hausse du pouvoir d’achat et, par conséquent des échanges commerciaux »

Les prévisions pour le PIB restent inchangées (-0,6%), quant à la chute des investissements, elle s’annonce moins marquée que prévu (-3 ,4% contre –3,7%). « D’une façon ou d’une autre, l’activité d’investissement connaît un regain », a noté M. Vedev.

Pour l’année 2017, le vice-ministre table sur une croissance économique de 1,1% en glissement annuel, promettant que l’indice grimpera au-dessus de 0% dès le premier trimestre de l’année prochaine. En outre, parmi d’autres prévisions rassurantes, on peut citer la stabilisation de la devise nationale et une inflation à 4,3–4,4%.

En chiffres

PIB  décembre 2016 : +0,1% englissementannueln2017 : +1,1%nnInflation nn2016 : 5,5–5,6%nMi-2017 : 4,7% nFin 2017 : 4,3%-4,4% nnInvestissements nn2016 : baisse des investissements de 3,4% (contre 3,7% initialement prévue)n

Lacunes à combler

« Effectivement, le niveau de l’inflation s’approche de son plus bas historique. Ce changement apportera des dividendes supplémentaires à l’économie », confirme Yaroslav Lissovolik, économiste en chef à la Banque eurasiatique de développement. Selon lui, le scénario tablant sur une inflation à4–4,4% en 2017 est tout à fait probable.

Il reste toutefois sceptique face à la probabilitéd’un retour de la croissance au cours de l’année prochaine, estimant que la dynamiquede l’économie russe oscillera autour de 0%. « Ce qui manque ici ce sont des moteurs  internes susceptibles de contribuer à la croissance économique, c’est-à-dire des investissements publics », a-t-il ajouté.

Un autre volet prometteur dans ce sens serait, selon lui, l’augmentation des exportations. « Son potentiel économique est quasiment inutilisé, en particulier celui des PME-PMI », a-t-il expliqué.

Toutefois, conjointement avec l’Union économique eurasiatique, la Russie commence à mettre en place une politique active en matière de création d’alliances commerciales. « La création de zones de libre-échange offrira aux exportateurs russes de nouvelles opportunités », a-t-il estimé.

« Des changements au niveau de la politique monétaire s’imposent », affirme de son côté Anton Stroutchenevski, économiste en chef au sein de Sberbank CIB. Selon lui, il est temps que la Banque centrale révise le taux directeur (relevé drastiquement fin 2014 pour limiter la chute du rouble). Certes, cette mesure a contribué à brider l’inflation, mais aujourd’hui, alors que cette dernière a considérablement ralenti, un taux directeur aussi élevé risque de se répercuter sur les rythmes de croissance.

D’un côté, un taux directeur trop élevé limite la consommation, la population dépensant ses revenus pour régler ses crédits, de l’autre, il freine l’investissement. « Il n’y a que dans les secteurs de l’agriculture et des hydrocarbures que les investissements ont augmenté. Tous les autres secteurs ont connu une baisse de l’investissement », a-t-il noté, soulignant que les PME (taux d’intérêt de 14,5%) étaient les premières victimes.

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