Le « virage asiatique » de la Russie prend de l’ampleur

Vladivostok dans l'attente du Forum économique oriental qui s’ouvrira le 2 septembre 2016.

Vladivostok dans l'attente du Forum économique oriental qui s’ouvrira le 2 septembre 2016.

Vitaliy Ankov / RIA Novosti
Lors du forum de Vladivostok, le président russe Vladimir Poutine rencontrera les leaders du Japon et de la Corée du Sud, tandis que la délégation chinoise sera conduite par des fonctionnaires de second rang. Selon les experts, les autorités russes sont déçues par les activités sur l’axe chinois et l’absence de projets de poids avec les sociétés chinoises.

Le Forum économique oriental qui s’ouvrira le 2 septembre à Vladivostok (Extrême-Orient russe) réunira notamment le leader russe Vladimir Poutine, le premier ministre japonais Shinzo Abe et la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye. La délégation chinoise sera d’un niveau moins élevé et sera dirigée par Chen Changzhi, vice-président du Comité permanent de l'Assemblée populaire nationale (parlement chinois), a annoncé le journal des milieux d’affaires russes Kommersant. Qui plus est, même les chefs de l’administration des régions voisines de Russie, comme le Heilongjiang et Jilin, ne prévoient pas de participer aux travaux du Forum.

Selon les experts, cela signifie que la Russie diversifie sa politique asiatique et tente de drainer des investissements de pays d’Asie autres de la Chine. « L’examen d’un grand nombre d’accords avec la Chine ces dernières années ne débouche pas sur les résultats escomptés aux yeux des autorités russes  », a expliqué l’analyste du groupe financier TeleTrade, Mikhaïl Poddoubski. Le gouvernement japonais a déclaré pour sa part à la veille du Forum qu’il considérait comme prioritaire l’octroi d’un soutien économique à la Russie même si le litige territorial opposant les deux pays au sujet de l’appartenance des îles Kouriles n’est pas réglé.

Chine vs Japon

A l’heure actuelle, le Conseil d’affaires russo-japonais a formé un bloc de projets d’investissements russes qu’il compte soumettre aux partenaires nippons. Plus de deux cents sociétés russes travaillent aujourd’hui sur cet axe, a indiqué le président du Conseil, Alexeï Répik. Selon lui, « le premier ministre japonais, Shinzo Abe, accorde une attention soutenue à la coopération entre entreprises ». « Une plateforme d’affaires bilatérale fonctionne en régime permanent pour aider à résoudre les problèmes concrets surgissant lors de la coopération entre les entrepreneurs des deux pays », a-t-il noté.

Quant aux activités sur l’axe chinois, elles sont freinées par plusieurs facteurs. « Pour la Chine, le problème numéro un est la perte de vitesse des secteurs d’exportation », a constaté Sergueï Khestanov, conseiller en macroéconomie du directeur général de la société de courtage Otkrytie Broker. D’après lui, il n’est pas étonnant dans ce contexte que la Chine ne soit représentée au Forum que par des personnalités de second rang. « En tant que partenaires commerciaux, les Chinois se sont manifestés comme des négociateurs inflexibles », a-t-il dit. Ainsi, l’accord d’intention du géant russe Gazprom sur les livraisons de gaz à la Chine n’a été signé qu’à l’issue de neuf ans de négociations.

« La Chine se concentre actuellement sur la signature d’un accord de commerce et d’investissement avec les Etats-Unis. En outre, le pays se prépare intensément au sommet du G20 », a souligné Gueorgui Vachtchenko, directeur des opérations sur les marchés russes de la société d’investissement Freedom Finance. Le sommet du G20 se déroulera au lendemain du Forum de Vladivostok, les 4 et le 5 septembre, à Hangzhou.

Quelles attentes ?

Le précédent Forum de Vladivostok a permis de signer 80 contrats d’investissement  pour un montant total de 18 milliards d’euros, notamment un accord sur la construction d’une usine de transformation du gaz dans la région de l’Amour (Extrême-Orient russe) d’une capacité de 49 milliards de m3 de gaz par an, ainsi qu’une entente qui prévoit de doubler les capacités du gazoduc Nord Stream reliant la Russie à l’Europe occidentale par le fond de la mer Baltique. « L’objectif essentiel du Forum de Vladivostok est de maintenir l’intérêt des partenaires étrangers pour les projets russes », a poursuivi Sergueï Khestanov. L’analyste financier de Finam Timour Nigmatoulline a ajouté pour sa part que la rencontre pourrait donner lieu à la signature d’accords-cadres et d’accords d’intention. Il est prévu de présenter au total entre 30 et 35 grands projets, a-t-il précisé.

« Ce Forum est crucial du point de vue politique : c’est un thermomètre de la disposition des investisseurs étrangers à venir en Russie », a affirmé Gueorgui Vachtchenko. Selon lui, les marchés asiatiques sont bien plus favorables envers les projets russes que l’Occident. Le Forum sera l’occasion de présenter des projets innovants et de proposer aux investisseurs étrangers la vente de titres de grandes sociétés de Chine et de Corée du Sud », a-t-il encore indiqué.

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