Les fonds russes fuient les paradis fiscaux

Les Bahamas.

Les Bahamas.

Scott Thomas / flickr.com
Il semblerait que les entrepreneurs russes aient décidé de retirer leur argent des paradis fiscaux. Les nouveaux leaders en volumes d’investissements directs étrangers vers la Russie sont les Bahamas, les Îles Vierges britanniques et les Bermudes. Plus d’un milliard de dollars est aussi venu en Russie depuis des pays comme l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne.

Selon les statistiques de l’année 2015, publiées par la Banque centrale russe à la fin du mois de mai, les Bahamas sont devenues le leader en termes d’investissements directs en Russie, avec 5,23 milliards de dollars (4,7 milliards d'euros) investis depuis ce pays. La seconde place est occupée par les Îles Vierges britanniques (2,5 milliards de dollars, soit 2,2 milliards d'euros) et la troisième par les Bermudes (1,9 milliard de dollars, soit 1,7 milliards d'euros).

Selon la Banque centrale, les flux financiers vers la Russie depuis les paradis fiscaux augmente depuis deux ans. Le volume des investissements venu des Bahamas a par exemple augmenté de 43% en 2015.

Lutte contre les paradis fiscaux

En revanche, les investissements venus des pays traditionnellement utilisés pour les mouvements de capitaux que sont le Luxembourg et Chypre sont eux devenus négatifs. Les résidents de Chypre sont ceux qui ont retiré le plus de fonds de Russie (7,2 milliards de dollars, soit 6,5 milliards d'euros), et 5,8 milliards (5,2 milliards d'euros) ont été renvoyés au Luxembourg.

Cependant, il n’est en réalité pas réellement question d’investissements, mais de liquidations de compagnies offshore appartenant à des Russes, affirme le journal économique russe Vedomosti, citant un employé du ministère des Finances. Depuis deux ans, la Russie lutte activement contre les paradis fiscaux, suite à quoi les grands entrepreneurs ont commencé à rapatrier leurs investissements. Jusqu’en 2018, ces opérations peuvent même, à certaines conditions définies, être exemptées d’imposition.

« La Russie a accepté avec d’autres pays de se mettre en conformité en 2018 avec les normes internationales de transparence financière et d’échange automatique des données fiscales, ce qui a beaucoup compliqué le recours aux paradis fiscaux », affirme Stanislav Werner, vice-président d’IFC Financial Center.

En décembre 2015, la compagnie Volga Group du milliardaire Guennadi Timchenko a été enregistrée en Russie, alors que ses actifs appartenaient autrefois à la chypriote Volga Resources Ltd et à la luxembourgeoise VRN Sarl.

Auparavant, fin 2014, la compagnie USM Holding du milliardaire Alisher Ousmanov avait elle aussi restructuré ses actifs. Ses parts majoritaires dans l’opérateur de téléphonie mobile Megafon et dans la compagnie métallurgique Metalloinvest avaient été transférées dans des structures russes.

« Les paradis fiscaux étaient utilisés pour faire de l’optimisation fiscale, dissimuler les bénéficiaires ou même protéger la propriété intellectuelle », affirme Emil Martirossian, doyen de l’Institut d’administration des affaires de l’Académie russe d’économie nationale.

Nouveaux leaders

Parmi les cinq premiers pays en volumes d’investissements directs en Russie figurent la France (1,63 milliards de dollars, soit 1,5 milliards d'euros ) et l’Allemagne (1,42 milliards de dollars, soit 1,3 milliards d'euros). Le Royaume-Uni est à la sixième place (1,03 milliards de dollars, soit 92 millions d'euros).

À titre de comparaison, le volume d’investissements en provenance d’Asie est bien plus faible et a diminué cette année. Le volume des investissements chinois a été pratiquement divisé par deux, de 1,271 milliards à 571 millions de dollars (de 1,14 millirads d'euros à 513 millions d'euros), les investissements coréens sont passés de 130 à 116 millions de dollars (de 116 à 104 millions d'euros). Cependant, les investissements japonais ont cru, de 295 à 447 millions de dollars (de 264,8 à 401 millions d'euros).

 

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