Les agences de notation quittent la Russie

Reuters
L’agence de notation Moody’s a décidé de fermer sa filiale russe, bien qu’elle soit la seule des « Big Three » à répondre aux exigences de la nouvelle législation nationale.

L’agence Moody’s va fermer sa filiale russe et retirer toutes ses notes à l’échelle nationale, c’est-à-dire son appréciation de la solvabilité des emprunteurs russes. L’agence avait déjà donné plus de 150 notations de ce type. Comme l’explique le service de presse de l’agence, la décision est liée à la nouvelle loi sur les agences adoptée en 2015.

Cependant, Moody’s prévoit de maintenir une présence sur le territoire russe et continuera d’émettre des notes à l’échelle mondiale. Pour les investisseurs étrangers, cette décision ne change rien : ces derniers sont intéressés par les notes globales et non nationales, qui n’ont d’importance que pour les investisseurs nationaux, explique Artem Zvyaguilsky, analyste en chef de MFX Broker. 

Aspect légal

À l’heure actuelle, une filiale de l’agence, Moody’s Interfax, est active en Russie : 49% du capital appartient au groupe Interfax et 51% à Moody’s. C’est cette compagnie qui sera fermée.

« Le départ de Russie de Moody’s ne signifie pas qu’ils renoncent à noter les sociétés, il n’y aura qu’un retrait des notes régionales actuelles », affirme Sergueï Kozlovsky, dirigeant du département d’analyses de Grand Capital. Selon lui, les autres grands acteurs du marché, Fitch et Standard & Poor’s, pourraient prendre des mesures similaires.

Dans ce cas, seuls les acteurs locaux pourront proposer une alternative et fournir des notations internes. Pour les compagnies ayant des intérêts dans les marchés étrangers, cela signifiera la nécessité de travailler avec au moins deux compagnies au lieu d’une seule.

Fitch avait annoncé des plans similaires auparavant : l’agence ne créera sans doute pas de filiale en Russie, même si aucune décision définitive n’a encore été annoncée. 

En janvier 2016, le dirigeant de la filiale russe de S&P Sergueï Nazarov avait donné sa démission. La direction a été confiée à trois managers, mais les experts en ont déduit qu’il s’agissait d’un pas vers une baisse de statut du bureau russe de S&P, selon le journal économique Kommersant

Quelles alternatives ?

En juin 2015, une nouvelle loi régulant l’activité des agences de notation est entrée en vigueur en Russie. Cependant, Moody’s est la seule agence étrangère à posséder une réelle « filiale » en Russie.

« Le départ d’une agence de notation se fait uniquement de façon volontaire », affirme Vladislav Guinko, professeur à l’académie des sciences russe. Selon lui, le respect de la législation russe est une exigence absolue pour toute organisation de ce type.

Les experts sont loin de soutenir unanimement ce point de vue. « La principale conséquence pour les investisseurs étrangers pourrait être la baisse du nombre de positions sur lesquels ils peuvent investir », affirme Bogdan Zvarich, analyste de Finam.

Certains fonds inscrivent dans leur déclaration d’investissement la nécessité pour les titres d’emprunt d’être notés à un certain niveau à l’échelle nationale. Si ces actifs ne sont pas notés, ils n’ont pas le droit de les acheter. Par conséquent, les compagnies russes pourraient commencer à avoir des problèmes de demande de leurs instruments de crédit.

« Si cela se produit, cela aura un impact négatif sur l’attraction d’investissements étrangers », prévient Dmitri Bedenkov, dirigeant du département analyse de la société Russ-Invest.

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