Qui construira les centrales nucléaires de l’Iran ?

Rosatom a construit pour Téhéran la centrale nucléaire de Bouchehr (sur la photo) et l’a mise en exploitation en 2013.

Rosatom a construit pour Téhéran la centrale nucléaire de Bouchehr (sur la photo) et l’a mise en exploitation en 2013.

Reuters
La lutte s’intensifie autour de la construction des centrales nucléaires dans le pays récemment libéré des sanctions économiques. Des compagnies russes, sud-coréennes, chinoises et espagnoles luttent pour un partenariat avec Téhéran.

En janvier, l’Onu, les Etats-Unis et l’Union européenne ont levé les sanctions économiques et financières pesant sur l’Iran. Ainsi, l’un des marchés les plus importants du Moyen-Orient est à nouveau ouvert, et de nombreuses grandes entreprises du monde entier ont annoncé leur volonté d’y revenir.

Berhuz Kamalvandi, représentant de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (OEAI) a annoncé en janvier que si les pays occidentaux pouvaient fournir le volume d’investissements nécessaires, l’Iran pourrait construire 7 à 8 centrales nucléaires simultanément.

Qui est en lice ?

Il a été annoncé fin janvier que l’Iran et l’Espagne avaient déjà établi des accords préliminaires sur la construction de deux centrales nucléaires. « Sur la base de ces projets, dont la négociation est en phase finale, l’Iran et l’Espagne collaboreront dans le domaine de la construction de centrales électriques, du développement du potentiel iranien et de la formation des cadres », a annoncé Berhuz Kamalvandi à l’agence de presse IRNA.

Au second semestre 2015, le dirigeant de l’OEAI a annoncé que Pékin et Téhéran s’étaient mis d’accord sur la construction par la Chine de deux centrales nucléaires sur la côte sud de l’Iran.

« Aujourd’hui, de nombreux pays se positionnent activement pour entrer sur le marché nucléaire iranien, y compris la Corée du Sud, qui promeut son réacteur SMART (System-integrated Modular Advanced Reactor) sur le marché mondial », affirme Semion Dragalski, directeur général de l’Union russe de l’efficacité énergétique. Ainsi, Séoul est prêt à développer sa coopération avec Téhéran dans la construction de réacteurs nucléaires de grande et de petite taille, la production d’équipements modernes de médecine nucléaire et dans d’autres secteurs du nucléaire civil.

Cependant, l’Iran mise manifestement sur une collaboration avec les atomistes russes. Ali Akbar Salehi, dirigeant de l’OEAI, a annoncé sans détours le 22 janvier que la Russie aurait un avantage sur les autres pays, selon l’agence de presse IRNA.

« Seule la Russie a déjà coopéré avec l’Iran dans la construction de centrales nucléaires, alors qu’aujourd’hui de nombreux pays sont ouverts à une coopération », a déclaré M. Salehi à l’agence. Il a également souligné que l’Iran « n’oublierait jamais l’aide et le soutien de la Russie dans les moments (...) difficiles ».

Mais les experts y voient surtout une approche rationnelle. « Seule la Russie possède des réacteurs de centrales nucléaires de la génération « 3+ », les plus modernes », fait remarquer Semion Dragalski. « Et l’Iran a besoin de technologies de pointe dès maintenant, car le pays a perdu beaucoup de temps à cause des sanctions il ne peut plus attendre », conclut-il.

La Russie s’arrime au Proche-Orient.

Les technologies nucléaires russes ne sont pas nouvelles dans la région du Proche-Orient. En particulier, on trouve en Irak, en Egypte, en Libye, en Syrie et en Algérie des réacteurs nucléaires construits à l’époque soviétique, dans les années 1960-1970. Une partie des spécialistes de l’énergie nucléaire de ces pays ont fait leurs études à cette époque dans des écoles scientifiques soviétiques.

L’Agence fédérale d’énergie atomique russe Rosatom a construit pour Téhéran la centrale nucléaire de Bouchehr, d’une puissance de 1000 MW, et l’a mise en exploitation en 2013. Les Russes achevaient ainsi la construction d’un projet à l’abandon que des spécialistes allemands avaient lancé. Finalement, la première centrale nucléaire iranienne s’est avérée être le projet d’ingénierie le plus complexe de l’histoire des chantiers nucléaires. Toute la difficulté résidait dans le fait que Rosatom a dû intégrer les équipements technologiques du projet russe dans des constructions de conception allemande, et inclure 12000 tonnes d’équipement allemand dans le projet russe. La centrale de Bouchehr a remporté le concours « Projet de l’année 2014 », organisé par Power Engineering (Etats-Unis), la plus ancienne revue spécialisée dans l’énergie.

Des experts indépendants estiment que les concurrents auront du mal à lutter contre Rosatom sur le marché iranien. « Malgré l’énorme pression des sanctions, les Russes ont construit en Iran la plus moderne des centrales nucléaires, non seulement en remplissant toutes leurs obligations vis-à-vis de leur partenaire, mais également sans violer les exigences de la communauté internationale. La confiance envers la Russie, après le lancement de la centrale de Bouchehr, est totale », considère Alexandre Ouvarov, expert indépendant du secteur nucléaire.

La confirmation en est la signature, en 2014, d’un accord bilatéral de construction de huit bloc énergétiques, y compris un contrat portant sur la construction de deux nouveaux blocs pour la centrale de Bouchehr.

Des négociations sont en cours sur le projet d’agrandissement de la centrale de Bouchehr, et depuis le début de l’année, une cinquantaine de spécialistes russes y effectuent des travaux préparatoires.

Les techniciens russes sont aussi prêts à proposer une coopération dans d’autres secteurs que celui de l’énergie. Il est question de travaux dans la sphère des technologies de rayonnement, y compris l’irradiation de produits agricoles, de matériaux modifiés. « Ces technologies s’utilisent déjà avec succès en Asie, en Europe, aux Etats-Unis, et peuvent être pertinentes pour l’Iran », fait remarquer Alexandre Ouvarov.

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