L’industrie automobile russe regarde vers l’étranger

Saint-Pétersbourg, Russie, le 14 février 2016. Le début des ventes du crossover russe  Lada Xray dans le centre "Lada-Center Iougo-Zapad".

Saint-Pétersbourg, Russie, le 14 février 2016. Le début des ventes du crossover russe Lada Xray dans le centre "Lada-Center Iougo-Zapad".

Sergey Konkov/TASS
Sur fond de crise, les Russes achètent de plus en plus de voitures étrangères d’occasion. Dans ces conditions, l’industrie automobile russe, qui prépare deux nouveaux modèles de Lada, mise sur l’exportation.

Les acheteurs russes d’automobiles se sont découvert un intérêt pour les modèles vieux de dix ans. En 2015, les vieux BMW X5 et Porsche Cayenne avec plus de 100.000 km au compteur se sont classés parmi les modèles les plus populaires du marché de l’occasion. Ceux qui veulent un modèle neuf choisissent des voitures de classe A et B (micro-urbaines et citadines). Telles sont les conclusions d’une étude de PWC menée en collaboration avec le service de location de voitures en ligne Avito Avto.

L’explication principale est la  hausse significative du prix des voitures neuves : + 22%. Sur le marché de l’occasion, la hausse n’a été que de 10%. « Au lieu d’acheter une voiture neuve de classe C (monospaces compacts), les gens commencent à chercher des options plus modestes et économiques, de classe A et B sur le marché de l’occasion, c’est-à-dire qu’au lieu d’une Ford Focus neuve, on s’intéresse à un Hyundaï Solaris d’il y a trois ans », raconte Sergueï Litvinenko, dirigeant d’Avito Avto.

Le marché de l’occasion ne s’est contracté que de 19% en 2015, alors que la demande de véhicules neufs chutait de 45%.

Dans ce contexte, le principal constructeur automobile russe, Avtovaz, qui a fini l’année sur des pertes record de 983 millions de dollars (880 millions d’euros), a lancé deux nouveaux modèles de Lada, Vesta et Xray.

En chiffres

Les exportations de voitures de tourisme en 2015 ont atteint 974.000 unités, parmi lesquelles 30.014 Lada.

Hausse des exportations en vue

Si les Russes préfèrent aux nouvelles Lada des Cayenne d’occasion, la situation pourra être sauvée par les ventes à l’export. « L’exportation doit devenir la locomotive du maintien de l’équilibre, et même de la croissance d’Avtovaz, car les ventes automobiles augmentent en Europe », considère Maria Vola, experte indépendante du marché automobile. Jusqu’au début de l’année 2016, Maria était responsable du développement des marchés européens à l’exportation chez le constructeur automobile russe.

Ceci est en partie confirmé par l’exemple de la Hongrie, où les ventes de Lada ont commencé le 16 décembre 2015. Au vu des résultats du premier mois, l’importateur a multiplié par deux ses prévisions de vente pour 2016, à hauteur de 2000 voitures, raconte Maria.

Selon les analystes de PWC, l’augmentation des ventes à l’export est une tendance de fond pour l’industrie automobile russe. « Il est probable que les exportations augmenteront par rapport à 2015, compte tenu du nouveau programme de soutien par l’Etat », affirme Viktoria Sinitchkina, manager senior chez PWC.

Le gouvernement a affecté 3,3 milliards de roubles (43 milliards de dollars) au soutien des exportations. L’effet attendu est une baisse des dépenses sur les finitions, la certification et la baisse des coûts du transport.

Selon les estimations d’Avtostat,  les exportations de voitures de tourisme russes pourraient augmenter par rapport à l’année dernière, passant de 974.000 voitures jusqu’à 150-200.000 unités par an.

Combien coûte une voiture russe ?

En Hongrie : Lada Granta – de 6500 à 9600 €

4*4 – Environ 9500 €

En Allemagne : Lada Granta – 6700 €

4*4 - 11.990€

En Egypte : Lada Granta – de 9300 à 10.500 €

Qui veut des voitures russes ?

Encore récemment, les exportations n’étaient pas une priorité pour Avtovaz. La compagnie vendait surtout ses voitures dans les pays de la CEI.

Mais depuis 2014, la société a commencé à développer activement une stratégie d’exportation tournée vers les marchés d’Europe, d’Amérique du sud et des pays du Golfe persique. « La gamme actuelle de modèles (Lada 4х4 / 4x4 Urban, Granta / Granta Liftback, Kalina / Kalina Cross) a été certifiée aux standards Euro-6 dès novembre 2015 et est maintenant livrée en Allemagne, Autriche, Bulgarie, Serbie, Croatie, Slovaquie et Hongrie, souligne Maria Vola. De nombreux pays devraient s’ajouter à la liste en 2016. Les voitures russes sont aussi achetées en Egypte, au Chili, en Bolivie, et au Pérou. En outre, les marchés iranien, irakien et des pays du Maghreb présentent un intérêt potentiel », ajoute l’experte.

Les principaux concurrents des voitures russes sont les marques à bas prix Dacia et Renault sur le segment en-dessous de 10.000 euros.

Les nouveaux modèles correspondront sans doute aux standards Euro 6. Ils occuperont la niche des voitures de moins de de 15.000 euros. La Vesta sera certifiée en automne, et apparaîtra dans les magasins européens dès l’été, alors que les ventes de la Lada Xray commenceront vers la fin de l’année.

Soutien garanti

L’actionnaire principal d’Avtovaz (74,51% des actions) est la société Alliance Rostec Auto BV. Elle appartient à 67,13% à l’alliance Renault-Nissan, et à 32,87% à la compagnie d’Etat Rostech.

Les propriétaires d’Avtovaz ont déjà annoncé qu’ils étaient prêts à fournir un soutien. Renault, dont l’usine a perdu 91 millions d’euros en 2015, a annoncé le 12 février qu’elle avait commencé à étudier la recapitalisation de l’usine avec ses autres actionnaires. De son côté, Rostech a également confirmé qu’elle prévoyait de participer avec les actionnaires de l’alliance au soutien financier à Avtovaz.

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