La Russie entre en guerre contre la malbouffe

Reuters
A l’été 2016, la Russie envisage d’introduire une taxe de 30% sur l’huile de palme – ce produit est utilisé par les fabricants des fromages remplaçant les produits européens, ce qui impacte fortement leur qualité.

Le ministère des Finances juge parfaitement justifié le recours aux taxes sur les produits dont la consommation en grandes quantités est nocive pour la santé. Le ministère étudie également des éventuelles taxes supplémentaires sur les boissons à forte teneur en sucre.

Cependant, la priorité est donnée à l’huile de palme. Selon les calculs du ministère des Finances, la taxe pourrait s’élever à 30% ou 200 dollars par tonne d’huile de palme. Si l’accise était appliquée en 2015, elle aurait pu rapporter près de 160 millions de dollars au budget russe. Le projet du gouvernement est également soutenu par Soyouzmoloko, organisation qui réunit les producteurs laitiers russes.

À l’échelle mondiale, la Russie n’est pas le consommateur le plus actif d’huile de palme – elle ne représente que 2%, nous explique l’Institut de l’alimentation. Près de 90% de ce volume est destiné à la fabrication de margarines et de matières grasses spéciales (culinaires, pâtissières et substituts de matières grasses du lait), les 10% restants étant utilisés pour la fabrication de savons.

Fromages à l’huile

Suite à l’interdiction de l’importation de fromages et produits laitiers européens en Russie en août 2014, le taux de contrefaçon a fortement augmenté.

Selon les informations de Rosselkhoznadzor, agence gouvernementale chargée de surveiller la qualité des aliments en Russie, 78,3% de fromages en Russie sont des produits contrefaits fabriqués avec l’ajout de graisses végétales. Il s’agit souvent d’huile de palme, la moins onéreuse.

Source : Index Mundi

La lutte contre l’huile de palme s’inscrit dans une tendance mondiale. L’Inde, le plus grand consommateur d’huile de palme au monde, a triplé ses taxes à l’importation en 2014. Depuis plusieurs années, la France cherche à relever sa taxe sur ce type de matière première. La lutte contre l’huile de palme pourrait également avoir un impact économique à long terme, car elle pourrait favoriser le développement du complexe agroalimentaire russe.

« Plus le volume de cette huile utilisé en Russie est important, plus l’industrie laitière en souffre, car cela empêche l’essor de nouveaux types de production et l’évolution de la science alimentaire », nous explique Iouri Morozov, directeur exécutif de l’Union russe des oléagineux. Il précise que le niveau maximum d’utilisation de l’huile de palme en Russie a été fixé à 450 000 tonnes en 2012 et qu’il est actuellement dépassé de 76%.

Quelles alternatives ?

Morozov cite les graisses animales, l’huile de tournesol et les nouvelles variétés d’huiles végétales en tant qu’alternatives à l’huile de palme. « La Russie a un immense potentiel de production de nouvelles variétés d’huiles végétales issues de cultures oléagineuses crucifères. La moitié des huiles végétales fabriquées actuellement en Russie, soit plus de 2,3 millions de tonnes, est exportée », ajoute Morozov.

Cependant, les acteurs du marché doutent qu’un renchérissement de l’huile de palme contraigne les fabricants à réduire son utilisation. « Les fabricants n’ont rien pour la remplacer, tout simplement », estime Marina Petrova, spécialiste du marché laitier.

« On pourrait renoncer à l’huile de palme si elle devenait plus chère que les autres matières grasses. En outre, l’huile de palme offre un avantage technologique dans la production et elle brûle plus lentement que les autres graisses, un autre avantage pour les fabricants », ajoute Elena Krasnova, membre du Comité de développement du marché de consommation de la Chambre de commerce et d’industrie russe.

Elle estime que l’accise sur l’huile de palme ne fera qu’entraîner une hausse des prix des aliments, ce qui n’est pas souhaitable en temps de crise.

« Malgré les taxes, les prix des produits contenant de l’huile de palme resteront plus abordables et de nombreux consommateurs opteront toujours pour ces produits », ajoute Marina Petrova.

 

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