Sortir de la crise : cap sur le secteur réel de l’économie russe

Tcherkessk, Russie, le 30 janvier 2016. Atelier de fabrication de laine à l'usine Kvest-A.

Tcherkessk, Russie, le 30 janvier 2016. Atelier de fabrication de laine à l'usine Kvest-A.

Sergey Fadeichev/TASS
Les autorités russes tentent de sortir l’économie nationale de la crise en investissant avant tout dans l’industrie : ce vecteur se profile nettement dans le nouveau plan anticrise du gouvernement. RBTH et plusieurs experts ont analysé ce plan et ont proposé trois stratégies alternatives pour combattre la crise.

Au début de cette année, l’économie russe s’est retrouvée dans une situation de crise d’après plusieurs indices. A l’issue de 2015, le PIB a diminué de 3,7%, le commerce de détail a chuté de 10% et les investissements se sont contractés de 8,4%.

Dans cette situation, le gouvernement a exigé que tous les ministères compriment leurs dépenses. Les réductions se monteront à environ 0,9% du PIB et permettront de maintenir le déficit budgétaire en dessous de la barre des 3%. Toutefois, le prix du pétrole Brent étant passé en dessous de 30 dollars en janvier (ce qui risque de ralentir davantage une économie russe dépendante des prix du brut), le gouvernement a décidé d’élaborer un plan anticrise.

L’idée maîtresse du plan est de débloquer 8,5 milliards d’euros afin de soutenir l’industrie. L’argent sera accordé à quatre secteurs de base : l’industrie automobile, la construction de matériel de transport, l’industrie légère et la construction de logements.

A la différence de l’année dernière, le gouvernement préfère aider le secteur réel de l’économie sans l’assistance des structures bancaires. Si en 2009 et en 2014, les autorités canalisaient les ressources anticrise par le biais de la capitalisation des banques et de l’encouragement des crédits, aujourd’hui il privilégie les subventions et les contrats publics. Ce qui signifie que l’argent arrivera directement aux entreprises sans transiter par les établissements de crédit, et que le gouvernement décidera qui obtiendra ces milliards.

Trois idées alternatives

1. Augmenter les impôts

A l’heure actuelle, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en Russie s’élève à 18%, mais dès 2014 le gouvernement avait évoqué son éventuelle augmentation jusqu’à 20%.

Il était également question d’introduire une taxe sur la vente (comme aux Etats-Unis) à hauteur de 3%. Toutefois, les économistes indépendants s’y opposent résolument. En effet, cet impôt a existé en Russie dans les années 1990, mais sa collecte n’avait jamais dépassé 30%, ce qui signifie que les deux tiers de la population ne le payaient pas.

Un point final dans la discussion a été mis par le président Vladimir Poutine : il a promis en juin 2015 que la Russie ne procèderait à aucune majoration des impôts pendant quatre ans.

2. Emprunter

La Russie possède l’un des niveaux de dette publique les plus bas au monde : seulement 12%. Selon les calculs de l’ex-ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, le pays peut facilement se permettre un chiffre de 30%. Etant donné que le budget de la Russie a atteint à l’issue de l’année dernière quelque 867 milliards d’euros, les autorités russes peuvent aisément drainer plus de 150 milliards d’euros sur les marchés extérieurs.

Le grand problème de la matérialisation de ce plan est le régime de sanctions décrété contre Moscou. Qui plus est, les agences de notation financière dégradent régulièrement la Russie. Ainsi, le 2 février 2015, l’agence Fitch a baissé d’un cran la note du pays pour cette année, revoyant ses prévisions à la baisse d’une croissance de 0,5% à un recul de 1%. Ce verdict influe irrémédiablement sur les sommes drainées.

 

3. Modifier la structure du budget

La Russie détient le leadership mondial d’après la part du PIB allouée à la défense nationale et à l’armée. Et malgré la récession, ces dépenses vont croissant. En 2016, cette part atteindra 4,5% du PIB et sera plus grande qu’aux Etats-Unis ou en Chine. D’ailleurs, la cure d’austérité budgétaire ne concerne pas les dépenses destinées à l’armée.

Une autre couche privilégiée de la population, ce sont les retraités : le gouvernement revalorise tous les ans les pensions suivant l’évolution des prix. Or il serait possible d’augmenter l’âge de la retraite, d’annuler la majoration des pensions et de réduire les dépenses au secteur militaire. Dans ce cas de figure, la priorité doit être accordée à l’enseignement. La nécessité d’une telle réorientation a été évoquée début janvier par Guerman Gref, patron de la plus grande banque russe, Sberbank, et ex-ministre du Développement économique.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.