Comment la dette de l'Ukraine a bouleversé les finances mondiales

Le président ukrainien Petro Porochenko et la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde.

Le président ukrainien Petro Porochenko et la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde.

Reuters
​Le FMI vient d'autoriser le versement de crédits aux pays qui ont encore des dettes souveraines envers d'autres États. Cette décision permettra au Fonds de poursuivre son programme d'aide à l'Ukraine, même si Kiev ne rembourse pas les trois milliards de dollars qu'il doit à la Russie. Selon les experts russes, cette nouvelle politique porte un coup au système financier mondial.

Le Fonds monétaire international (FMI) va revoir sa politique envers les pays qui ont encore des dettes souveraines, a déclaré Gerry Rice, directeur des communications du FMI, à l'agence Bloomberg. Jusqu'à présent, les règles du Fonds interdisaient de fournir une aide financière aux pays en retard dans le remboursement de leurs crédits en cours. Les représentants russes au FMI se sont opposés à cette décision, mais ils n'ont pas réussi à influencer le vote : au final, seulement 2,39% des votants du Conseil se sont prononcés contre cette nouvelle règle, rapporte le journal économique russe RBC Daily

« La décision du FMI permet aux autres acteurs ayant des dettes souveraines de réinterpréter librement leurs obligations. C'est une vraie bombe à retardement pour tout le système financier international », craint Andreï Margoline, vice-recteur de l'Académie présidentielle russe d'économie nationale et d'administration publique, un institut proche du gouvernement. Selon lui, « les risques pour les créanciers ont réellement augmenté, ce qui veut dire qu'une réforme du FMI est proche ».

Le 20 décembre 2015, les autorités ukrainiennes devront rembourser une dette de 3 milliards de dollars à la Russie. Elles n'ont pourtant pas l'intention de le faire. Selon les anciennes règles du FMI, l'organisation aurait alors dû couper ses aides à l'Ukraine.

Manque de garanties

En novembre 2015, le président russe Vladimir Poutine avait proposé de restructurer la dette ukrainienne : au lieu de payer d'un coup 3 milliards de dollars en décembre, Kiev avait la possibilité de rembourser un milliard de dollars par an sur trois ans. Toutefois, la Russie voulait recevoir des garanties financières d'autres gouvernements, y compris des Etats-Unis et de l'UE, ou d'institutions financières telles que le FMI. Au final, le 9 décembre, le ministre russe des Finances Anton Silouanov a annoncé à Vladimir Poutine que la Russie n'avait pas réussi à obtenir de telles garanties. « Le gouvernement américain a officiellement refusé de garantir les engagements de l'Ukraine », a déclaré le ministre. Selon un communiqué officiel du ministère des Finances, les autorités russes ont l'intention de saisir la Cour internationale d'arbitrage de Londres si l'Ukraine ne rembourse pas sa dette.

« Apparemment, l'UE et le FMI tentent de prendre leurs distances par rapport à ce conflit, préférant qu'il se règle strictement entre Moscou et Kiev », note Sergueï Iline, analyste pour la société d'investissement Premier. Selon lui, si l'Europe acceptait de garantir le prêt de l'Ukraine, cela signifierait de facto qu'elle accepte de le rembourser de sa poche. « Pour l'Ukraine, ne pas rembourser cette dette ne présage rien de bon. C'est pourquoi il est préférable pour tous que Kiev paie ou s'accorde sur une restructuration », résume-t-il. Les autorités ukrainiennes, de leur côté, expliquent qu'elles ne peuvent pas offrir à la Russie de meilleures conditions qu'aux autres créanciers qui ont déjà accepté de restructurer la dette ukrainienne.

Quelles conséquences ?

La dernière fois que le FMI a modifié ses règles de crédit remonte à 1998. Le Fonds avait alors autorisé le versement de prêts aux pays n'ayant pas remboursé leur dû aux banques commerciales détentrices de leurs obligations souveraines. Toutefois, les pays qui devaient encore de l'argent à des institutions internationales ou à d'autres États restaient privés d'aides du FMI. Fin octobre 2015, le Wall Street Journal citait l'ancien représentant des Etats-Unis au Conseil du FMI, Douglas Rediker, qui affirmait que l'organisation avait l'intention de modifier ses règles pour « empêcher la Russie de prendre en otage les programmes du Fonds ».

Sergueï Iline, pour sa part, remarque qu'en règle générale le FMI fait traîner les choses en longueur en espérant que le problème se règle de lui-même. « Mais à ce jeu tout le monde sera perdant, dans la mesure où la priorité est d'en finir avec la catastrophe humanitaire qui frappe l'Ukraine. Dans tous les cas cette décision va créer un précédent qui pourrait déteindre sur la réputation de toute l'institution dans le monde des affaires », conclut-il.

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