Qui est George Haswani, intermédiaire présumé entre Damas et l’EI ?

L'homme d'affaires syrien George Haswani dans son bureau à Damas.

L'homme d'affaires syrien George Haswani dans son bureau à Damas.

AP
La Russie et la Turquie ont procédé à un échange de piques sur le commerce du pétrole avec le groupe terroriste Etat islamique (EI, interdit en Russie). Les médias russes ont réussi à se procurer plus d’informations sur la personnalité et les affaires de George Haswani, cet homme que le président turc Recep Tayyip Erdogan qualifie de « représentant russe dans les achats de pétrole aux terroristes ».

George Haswani, qui possède la double citoyenneté syrienne et russe, a été frappé par des sanctions américaines fin novembre dernier. L’Office of foreign assets control (Bureau du contrôle des avoirs étrangers) du Département américain du Trésor (OFAC) le désigne comme l’intermédiaire pétrolier entre le gouvernement de Bachar el-Assad et l’EI.

Les sanctions de l’Union européenne ont frappé l’homme d’affaires encore plus tôt, en mars 2015. Dans sa décision, l’UE indiquait que le propriétaire de HESCO, l’une des plus grandes entreprises d’ingénierie, de sous-traitance et de construction, « entretenait des relations étroites avec le régime syrien qui lui assurait son soutien pour son rôle de médiateur pétrolier entre l’EI et Damas ».

La piste russe

Né en Syrie, George Haswani fait ses études en Union soviétique, à l’Université polytechnique de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) et soutient sa thèse de doctorat en 1979. Il fait ensuite son entrée dans le monde des affaires des deux pays. Au début des années 1990, sa société Haswani frères, enregistrée dans la ville syrienne de Yabroud (sud-ouest) non loin de Damas, participe à trois entreprises conjointes en Russie : deux consacrées au prêt-à-porter et une à la fabrication de vélos. Mais n’ayant pas de grand succès, elle cesse son existence. Ce sont les projets syriens qui rapportent de l’argent.

La société du bâtiment Hesco Engineering & Construction (HESCO) voit bientôt le jour en Syrie pour devenir rapidement un leader du marché syrien de services d’ingénierie et de construction. Les clients de HESCO sont des sociétés publiques de pétrole et de gaz, le ministère de l’Energie, celui du Pétrole et des Ressources minérales, ainsi que ceux de l’Industrie et de la Défense.

En outre, HESCO coopère depuis plus de quinze ans avec le grand maître d’œuvre russe Stroytransgaz. En 2005, ce dernier a signé avec la société publique Syrian Gas Company un contrat pour la construction d’une raffinerie de pétrole et la mise en valeur de gisements dans les régions centrales de Syrie (l’entreprise fonctionne depuis 2009).

Stroytransgaz et HESCO coopèrent non seulement en Syrie, mais aussi dans le bassin pétrolifère du Melout au Soudan, ainsi qu’en Algérie et aux Emirats arabes unis.

Affaires en territoire de l’EI

George Haswani nie toute coopération avec l’EI. « J’affirme que le gouvernement syrien n’a pas reçu un seul baril de brut de l’EI, que ce soit de ma part ou de celle de quelqu’un d’autre », a-t-il déclaré le 6 décembre dans une interview à l’agence TASS.

Pour ce qui est des sanctions à son encontre, George Haswani estime que la raison principale en est la participation de HESCO à la construction d’une entreprise gazière en Syrie centrale, région contrôlée par l’EI. Il s’agit d’une usine de transformation du gaz entre Palmyre et Raqqa dont la construction a débuté en 2007, a-t-il précisé à TASS.

Pour l’analyste David Butter, du centre de réflexion de Chatham House (Londres), George Haswani parle du projet gazier North Middle Area qui prévoit de mettre en valeur les gisements de Fayyad et de Sadad.

Après le déclenchement de la guerre civile en Syrie, le territoire de la réalisation du projet est passé plusieurs fois de main en main pour rester finalement sous le contrôle de l’EI. Or, 650 millions d’euros étaient déjà dépensés dans le projet et la Syrian Gas Company a décidé de ne pas arrêter les travaux. Par conséquent, la présence de HESCO « était importante et indispensable sur les lieux », a fait remarquer George Haswani.

L’EI exigeait toujours de ravitailler en gaz la centrale électrique qui était sous son contrôle à Alep. Finalement, grâce à la médiation d’une tierce partie ayant requis l’anonymat, les autorités officielles de Damas et l’EI ont conclu un accord sur la distribution du gaz, a écrit précédemment George Haswani dans une lettre à l’ambassadeur américain aux Nations unies, Mark Wallace, qui exigeait d’inscrire le nom de l’homme d’affaires sur la liste des sanctions. « Nous ne sommes pas partie à l’accord, nous avons poursuivi notre activité dans le cadre de la deuxième étape des travaux », a expliqué George Haswani.

Dans une interview à l’agence TASS, il a déclaré avoir lancé des poursuites contre l’UE (mais jusqu’à dimanche le site russe RBC n’a pas réussi à le confirmer). Quant à l’OFAC américain, il a simplement suivi l’exemple de l’UE en décrétant ses sanctions, a-t-il affirmé.

D’après RBC, TASS, Vedomosti

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