L’Ukraine cesse ses achats de gaz russe : une menace pour l’Europe ?

Reuters
Le groupe gazier russe Gazprom a cessé les livraisons de gaz à l’Ukraine, le pays ayant déjà obtenu les volumes prépayés de « combustible bleu ». Les experts précisent toutefois que cette fois, la restriction des livraisons n’entraînera pas d’interruptions dans le transit du gaz vers l’Europe : les contrats énergétiques entre les deux pays ont atteint un nouveau niveau.

Le monopole gazier russe Gazprom a cessé ses livraisons à l’Ukraine, a déclaré le PDG du groupe Alexeï Miller, cité par l’agence Interfax. Il explique que la partie ukrainienne a déjà récupéré les volumes prépayés de gaz et qu’aucun nouveau versement n’est parvenu au groupe. Dans cette situation, l’Ukraine a déjà commencé à utiliser les réserves de gaz stockées dans ses dépôts souterrains. En outre, le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a déjà annoncé l’arrêt complet de l’achat de gaz russe. Cependant, les livraisons de gaz ne sont qu’une partie de la crise énergétique globale entre les deux pays.

Livraisons de gaz

Le PDG de Gazprom Alexeï Miller a informé l’agence Interfax que l’Ukraine n’était pas parvenue à se préparer pleinement à l’hiver et que la décision de renoncer au gaz russe créait des risques majeurs pour les consommateurs de gaz. « Objectivement, les volumes acquis par l’Ukraine ne pourraient être suffisants que si l’hiver est très doux », nous explique Ivan Kapitonov, professeur associé de l’Institut du service public et de l’administration auprès de l’Académie russe de l’économie nationale, institution proche du gouvernement russe. Ivan Kapitonov précise qu’en cas d’hiver rigoureux, le pays aura besoin d’un volume plus important de gaz et que personne n’est capable d’en fournir à l’Ukraine voisine au prix coutant. L’achat par l’Ukraine de gaz prépayé pourrait reprendre en janvier 2016 en fonction des conditions météorologiques, estime Kapitonov.

Les experts expliquent que la stabilité de l’approvisionnement en gaz des clients européens cet hiver sera, dans tous les cas, remise en question. Alexeï Portanski, professeur de la faculté d’économie mondiale et de politique internationale de l’École des hautes études en sciences économiques, estime que « malgré les problèmes économiques existants, il n’y aura pas d’interruptions dans l’approvisionnement européen en gaz ».

Actuellement, l’Ukraine utilise le gaz conservé dans ses dépôts souterrains. Le niveau actuel des réserves est supérieur à 16 milliards de m3, un volume largement suffisant pour passer normalement la période hivernale, a assuré le ministre ukrainien de l’Énergie et du Charbon Vladimir Demtchichine à la presse ukrainienne. Selon les informations de l’Association européenne des opérateurs des dépôts souterrains de gaz, les stockages ukrainiens sont remplis à 52,6%. Le PDG de la Société nationale par actions Naftogaz Ukraine Andreï Kobolev a de son côté déclaré que l’Ukraine n’avait pas besoin des livraisons de gaz russe et était capable de s’approvisionner en carburant auprès de l’Union européenne cet hiver et l’hiver prochain. Ainsi, le prélèvement non-autorisé de gaz du gazoduc par l’Ukraine n’est plus à l’ordre du jour.

Principales difficultés

La « question gazière » est apparue  dans les relations entre la Russie et l’Ukraine peu après l’effondrement de l’URSS. Le problème est que c’est principalement par le territoire ukrainien que le gaz russe est acheminé vers l’Europe. Ainsi, quand  l’Ukraine ne payait pas le gaz par le passé, elle commençait à prélever le gaz de transit destiné à l’Europe, explique Dmitri Baranov, expert en chef chez Finam Management. Cela a duré jusqu’en 2014, quand Gazprom a imposé le système de prépaiement du gaz à l’Ukraine.

Pour passer l’hiver sans difficultés, l’Ukraine a besoin de gaz, mais aussi de charbon utilisé par les centrales électriques du pays. La Russie pourrait suspendre prochainement les livraisons de charbon en Ukraine en réponse à l’arrêt de l’approvisionnement de la Crimée en électricité par le gouvernement ukrainien, a informé le ministre russe de l’Énergie Alexandre Novak à l’antenne de la station de radio russe Vesti FM.

Par ailleurs, un collaborateur de la compagnie Ukrenergo, qui gère le système énergétique du pays, a expliqué à l’agence TASS que sans le charbon du Donbass, l’Ukraine aurait du mal à traverser la période de chauffage, car 7 des 14 centrales électriques ukrainiennes opèrent grâce au charbon. 

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