En Russie, la campagne syrienne investit les T-shirts

Dans le magasin Armée rue Tverskaïa à Moscou. Inscription sur le T-shirt : "Soutenir Assad".

Dans le magasin Armée rue Tverskaïa à Moscou. Inscription sur le T-shirt : "Soutenir Assad".

RIA Novosti/Evgueni Biyatov
Les commerçants « militaires » sont à la page : le magasin officiel Armée de Russie a mis en vente des T-shirts arborant l’inscription « Soutenir Assad », tandis que la marque Gens bien élevés est sur le point de devenir le symbole principal de la Russie, reléguant au second plan la danse et la conquête de l’espace.

Le groupe de mots « Gens bien enlevés » est entré dans l’usage quand, fin février-début mars 2014, les établissements stratégiques de la Crimée ont été pris sous contrôle d’inconnus en treillis sans aucune marque distinctive. Ils ne parlaient pas aux représentants des médias, mais, selon les habitants de la Crimée, étaient « très polis ». Ce « même » Internet a été rapidement propulsé au premier plan et s’est retrouvé au cœur d’une véritable guerre. A partir de mars 2014, plusieurs entreprises individuelles, dont Voentorg (département commercial du ministère de la Défense), ont présenté des demandes d’enregistrement du label « Gens bien enlevés ». Ce dernier est revenu finalement à la structure du ministère.

Selon le président de la Première société de brevets, Anatoli Aronov, qui a donné des consultations aux premiers candidats, ces marques étaient dès le début bien placées pour se trouver parmi les plus chers. « Aujourd’hui, Armée de Russie et Gens bien enlevés sont si populaires qu’ils relèguent presque au second plan les symboles traditionnels du pays : la danse et la conquête de l’espace. Surtout en ce qui concerne les vêtements et les souvenirs. Qui voudra d’un T-shirt faisant la publicité du ballet russe ? Tandis que les T-shirts ayant trait à l’armée se vendent comme des petits pains tant sur le marché intérieur qu’en guise de souvenir aux touristes étrangers », a-t-il indiqué.

Le ministère de la Défense a également remis à Voentorg les droits sur les labels Armia Rossii (Armée de Russie) et Russian Army qui ont été enregistrés au début de 2014. La marque Voentorg a été enregistrée, elle, en 2011.

Il est important pour Voentorg que son appellation soit associée à une très bonne qualité des produits et services, a déclaré un porte-parole de l’entreprise. Et bien sûr, que les labels Gens polis et Armée de Russie améliorent l’image des forces armées du pays. Il a fait remarquer que la génération montante n’était pas oubliée. « Dans le cadre de la Journée des innovations du ministère de la Défense, qui s’est tenue le 5 et le 6 octobre dernier au parc Patriote (dans la région de Moscou), nous avons proposé aux plus petits un kit pâtissier Oursons polis », a raconté le porte-parole de Voentorg.

« Aujourd’hui l’armée est le petit chouchou »

D’après le site officiel de Voentorg, 44 sociétés coopèrent aujourd’hui avec cette structure afin d’exploiter ses labels sur la base de contrats de licence et de sous-licence. La production « légale » est vendue dans 111 magasins. Toutefois, le réseau commercial n’est présent que dans 22 régions du pays et le tiers des magasins est situé à Moscou et dans sa région, ainsi qu’à Saint-Pétersbourg et dans sa région.

Les plus connus sont les magasins Armée de Russie. L’un a ouvert ses portes à Saint-Pétersbourg et le deuxième, en plein cœur de Moscou (dans la rue Tverskaïa) à la mi-juin 2015. Les reportages sur les nouveaux magasins militaires en vogue de Voentorg ont été retransmis par toutes les chaînes de la télévision centrale.

« Aujourd’hui, l’armée est le petit chouchou, cette situation est une chance. Mais combien de temps peut durer cette vague de patriotisme ? S’il n’existe pas d’ennemi extérieur, cet état fébrile passera et on ne se souviendra des militaires que très rarement », a constaté Anatoli Aronov.

Il est vrai que pour le moment, les ennemis ne manquent pas. Le 12 octobre dernier, le magasin Armée de Russie a mis en vente des T-shirts avec l’inscription Soutenir Assad et des photos de frappes aériennes russes en Syrie. Selon un représentant du magasin, le T-shirt coûte 1 400 roubles (un peu moins de 20 euros) et n’existe pour l’instant qu’en beige. « Mais nos ateliers travaillent et il se peut que d’autres couleurs fassent leur apparition », a dit un vendeur. Et comme les militaires ne restent pas les bras croisés, de nouveaux sujets pour T-shirts pourraient se profiler prochainement.

Article initialement publié sur le site de Gazeta.ru

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