La Russie sort gagnante de la saga des Mistral

Saint-Nazaire, France, le 16 mars 2015 : Le BMP Mistral « Sébastopol ».

Saint-Nazaire, France, le 16 mars 2015 : Le BMP Mistral « Sébastopol ».

AFP/East News
Le contrat de livraison de bâtiments de projection et de commandement (BPC) de type Mistral, pénalisants pour les forces navales russes, a permis à Moscou d’obtenir de la France une compensation d’environ 950 millions d’euros. Les experts militaires affirment que ces navires sont inutiles à la Marine russe dans ses secteurs de présence.

Suite au refus de la France de remettre les porte-hélicoptères Mistral au ministère russe de la Défense, Paris a versé en août dernier à Moscou 949,8 millions d’euros, selon les données du Centre de l’analyse des stratégies et des techniques (Tsast, Russie). C’est à peu près la somme que la Russie avait déboursé aux termes du contrat : « environ un milliard d’euros », a indiqué le vice-ministre russe de la Défense, Youri Borissov, dans une interview à l’agence TASS. Le contrat signé en 2011 était évalué à 1,2 milliard d’euros pour la livraison des deux bâtiments. 

Le lobbyiste au tapis

Le lobbyiste et promoteur du contrat sur les Mistral, l’oligarque russe Sergueï Pougatchov, a perdu exactement la même somme. L’existence d’un lobbying a été confirmée lors d’une rencontre informelle avec les journalistes en 2012, par l’ex-directeur du Groupe unifié de construction navale (OSK), Roman Trotsenko. Selon lui, c’est Sergueï Pougatchov qui a œuvré en faveur de la présentation des Mistral à l’exposition Euronaval et qui s’est chargé de mettre en rapport les responsables du ministère russe de la Défense et la direction du groupe industriel français DCNS. L’Agence russe d’assurance des dépôts (ASV) a parallèlement obtenu de la Haute cour de justice de Londres la saisie des actifs de Sergueï Pougatchov dans le monde pour un montant de 1,171 milliard d’euros, le soupçonnant d’avoir sciemment provoqué la faillite de la banque Mejprombank. Cette pratique de détournement de fonds avait probablement été mise en œuvre dans les chantiers navals Baltzavod appartenant à Sergueï Pougatchov, qui ont fait faillite en 2012. Un an plus tôt, Sergueï Pougatchov avait obtenu de DCNS le droit de construire deux autres Mistral dans son usine, décision annulée en 2012 par le ministère russe de la Défense.

A l’issue de la résiliation unilatérale du contrat sur l’achat des Mistral par la France, la Russie est en droit de compter sur un dédommagement élevé, compte tenu de ses dépenses liées à la formation des équipages et à la construction d’infrastructures spéciales à Vladivostok, où devait être basé le premier Mistral. D’après les données d’analystes militaires, la somme constituera au moins 500 millions d’euros.

Malgré les nombreuses spéculations dans la presse au sujet du sort des deux bâtiments, la France a tout de même réussi à trouver preneur pour ses deux navires de guerre : l’Egypte. Un choix qui arrangeait également la Russie. Au mois de septembre, l’Egypte a signé un contrat avec la Russie pour l’achat de 50 hélicoptères de combat Kamov Ka-52, dont certaines versions peuvent être embarquées à bord des Mistral. Le montant du contrat n’est pas divulgué.

Avantagesstratégiques

Les spécialistes militaires russes voient dans la fin de la saga des Mistral des avantages non seulement financiers, mais aussi stratégiques. En effet, le contrat revêtait un caractère principalement commercial et ne respectait pas entièrement les intérêts nationaux de la Russie. Selon la majorité des experts militaires, l’histoire de Sergueï Pougatchov et des Mistral met en valeur le triomphe de la justice. L’image tactique du porte-hélicoptères français ne s’insérait pas dans le cadre de la stratégie militaire russe qui revêt un caractère défensif. De ce fait, la Russie est selon eux gagnante suite à la résiliation de l’accord. « L’Union soviétique a construit des bâtiments du genre dans le cadre du projet Nossorog (Rhinocéros), comme l’Ivan Rogov, qui réalisaient des objectifs similaires au large des côtes russes et soviétiques, a rappelé le colonel Vladimir Timochenko, expert militaire. Ces navires disposaient de tous les équipements nécessaires : engins de débarquement, chars et hélicoptères. Leur capacité de transport était quasiment la même que celle des Mistral. Toutefois, les Nossorog étaient capables de débarquer les troupes directement sur la côte ». L’ex-directeur d’OSK, Roman Trotsenko, juge lui aussi inopportun un éventuel recours aux bâtiments français lors d’opérations militaires. « Le débarquement sur une côte non aménagée à partir des Mistral est impossible en raison de leur grand tirant d’eau. Le débarquement sur une côte visée par l’artillerie est irréel en raison de l’absence de protection et de blindage. Un canon de 56 mm transformera le porte-hélicoptère en baquet à lessive troué », a-t-il expliqué à RBTH.

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