Gazoduc Nord Stream 2 : par-delà le politique

Reuters
Le contrat de construction de Nord Stream 2 vient d’être signé. La réalisation du pipeline fera de l’Allemagne le principal centre de distribution du gaz russe en Europe et réduira fortement le transit via l’Ukraine, privant Kiev d'importants revenus.

Lors du Forum économique oriental qui s’est tenu du 3 au 5 septembre à Vladivostok, Gazprom et des entreprises énergétiques européennes ont signé un contrat contraignant d’actionnariat pour la construction du gazoduc Nord Stream 2.  Le monopole russe détiendra le bloc majoritaire, les compagnies allemandes E.On et Wintershall, la compagnie autrichienne OMV et la compagnie anglo-néerlandaise Shell auront 10% chacune, et la Française Engie — 9%.

Nord Stream 2 est un projet de construction d’un gazoduc d’une capacité 55 milliards de m3 reliant la Russie et l’Allemagne par la mer Baltique. Le tracé passant par la mer et le point d’accès au système de transport de gaz à Greifswald en Allemagne devraient être identiques à ceux du premier Nord Stream, mis en service en 2011.

Priorité aux intérêts économiques

La signature du contrat d’actionnariat de Nord Stream 2 prouve que l’Union européenne n’est toujours parvenue à élaborer une position commune ni concernant Gazprom dans son ensemble, ni sur la question la plus brûlante actuellement - le transit du gaz via l’Ukraine. Les principales compagnies énergétiques de Grande-Bretagne, France, Allemagne et Autriche ont signé un projet qui, s’il ne l’interrompt pas complètement, réduit considérablement le transit du gaz via un État que ces pays continuent pourtant à soutenir politiquement. L’accord tranche avec la position de Bruxelles : le vice-président de la Commission européenne Maroš Šefčovič estime qu’un gazoduc contournant l’Ukraine n’est pas nécessaire.

« L’Allemagne pense qu’il faut soutenir l’Ukraine, mais que la voie de la démocratie et des réformes est longue et que nous perdons du temps — le réseau de transport gazier ukrainien doit être modernisé, mais personne n’est prêt à mettre la main au portefeuille », explique Alexandre Rar, directeur scientifique du Forum germano-russe, ajoutant que le projet de Nord Stream 2 ne viole pas le droit de l’Union européenne, y compris le Troisième paquet énergie.

Plus fort que South Stream

Le contrat d’actionnariat semble discriminer les pays du sud de l’UE, que les États-Unis et la Commission européenne avaient empêchés de construire South Stream l’année dernière. Désormais, la construction devrait porter sur un gazoduc d’une capacité de 55 milliards de m3 par an, qui rapporterait des milliards de dollars en redevance de transit à l’Allemagne et à la République tchèque plutôt qu’à la Bulgarie et à la Hongrie. Par ailleurs, la quasi-totalité du gaz russe transitera en Europe par l’Allemagne, ce qui assurera des entrées d’argent stables aux compagnies de transit allemandes pour les décennies à venir.

« Les membres de South Stream — la Bulgarie, la Grèce et l’Italie – n’ont pas le poids suffisant pour parvenir à résoudre le problème au mépris de la ligne politique générale, l’Allemagne si », estime Fiodor Loukianov, président du Conseil russe pour la politique étrangère et de défense. Selon lui, Berlin soutient toujours la diversification des achats de gaz et la réduction de la dépendance vis-à-vis de la Russie et continuera à soutenir l’Ukraine politiquement, mais dans ce cas, il choisit une solution pragmatique.

L’attitude des États-Unis en question

Les interlocuteurs de Kommersant s’accordent à dire que la position des États-Unis sera déterminante. « Les négociations sur le traité de libre-échange transatlantique (TTIP), crucial pour l’UE et pour l’Allemagne, sont en cours et Washington y propose de fournir son gaz à l’Europe », précise Alexandre Rar ajoutant que « les États-Unis se sont déjà opposés à Nord Stream, qui a été construit malgré tout ». Fiodor Loukianov estime que les Etats-Unis ne peuvent faire grand-chose : la politique orientale de l’Allemagne est déjà vieille d’un demi-siècle, et « à chaque fois qu’il s’agissait de ses intérêts directs, l’Allemagne est toujours parvenue à s’imposer ».

Article complet publié sur le site de Kommersant 

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