En Russie, les paysans entrepreneurs ont la cote

Paysan et homme d'affaires se serrant la main sur un champ de blé.

Paysan et homme d'affaires se serrant la main sur un champ de blé.

Shutter Stock/Legion Media
Sur fond de sanctions, les producteurs agricoles se sont retrouvés au centre de l’attention de l’Etat. Même en cette période de crise, les dépenses budgétaires destinées à ce secteur ne sont pas réduites. Et les fermiers deviennent volontiers entrepreneurs pour obtenir un coup de pouce de l’Etat.

Les fermiers russes sont de plus en plus nombreux à enregistrer leur entreprise individuelle. Selon les données du Service fiscal de Russie, le nombre de paysans entrepreneurs a augmenté de 4 670 au premier trimestre de l’année. Il suffit de rappeler que le chiffre était de 3 000 pour toute l’année 2014.

Natalia Zvereva, directrice de la fondation de programmes régionaux sociaux Notre avenir, explique qu’à l’heure actuelle, les propriétaires d’enclos individuels enregistrent ceux-ci comme entreprises individuelles pour pouvoir participer au concours à l’allocation « Fermier débutant ».

La présidente du Parti agraire de Russie, Olga Bachmachnikova, ajoute pour sa part que ce programme existe depuis 2012, mais qu’il bénéficie d’un intérêt accru cette année.

L’allocation s’élève à environ 22 000 euros. Parmi les candidats, on trouve 60% de fermes d’élevage et 40% de zones de culture (dont 25% de paysans cultivant les céréales).

22 000 euros qui font la différence

Selon les estimations des fermiers interrogés par RBTH, 22 000 euros représentent une aide de taille pour un débutant qui organise sa petite exploitation.

Elena Chtcherbakova, qui s’occupe d’aviculture dans le territoire de l’Altaï (Sibérie occidentale), a enregistré son entreprise individuelle le 15 juillet dernier. « Mon objectif est de présenter une demande pour l’allocation du ministère de l’Agriculture, a-t-elle indiqué. Pour nous c’est une chance de toucher des ressources afin d’obtenir ce que nous ne pouvons pas acheter nous-mêmes : des couveuses, notamment industrielles, qui coûtent 8 000 euros l’unité ».
 
Le paysan Youri Orlov, de Mordovie (sur la Volga), tient une exploitation laitière et a déjà obtenu sa première allocation de la part de l’Etat. L’argent lui a permis d’équiper sa ferme de matériel dernier cri et d’acheter quinze vaches de race. Pour se développer plus avant, il prévoit de participer au concours des allocations aux fermes d’élevage.

Cet autre programme du ministère de l’Agriculture accepte les demandes de ceux qui ont déjà obtenu l’allocation « Fermier débutant ». L’Etat débloque entre 43 000 euros et 100 000 euros pour les fermes « familiales », ce qui permet à ces dernières d’augmenter leurs capacités et leur production.

Aujourd’hui, les affaires dans le monde agricole ont le vent en poupe, sur fond de croissance de la demande des consommateurs russes générée par l’embargo en réaction aux sanctions occidentales. « L’embargo a libéré de la place sur les rayons des supermarchés pour les entrepreneurs russes. Nous constatons une augmentation considérable de la demande des produits russes depuis l’introduction des sanctions en été 2014 », a déclaré Mikhaïl Nikolaïev, partenaire gérant de l’entreprise Nikolaïev & fils et de la propriété viticole Lefkadia. D’après lui, le nombre de Russes achetant les fromages du pays a augmenté de 40% au cours de cette année.

A la fin de l’année dernière, ses entreprises ont dû augmenter leurs capacités, les capacités de production existantes ne couvrant plus la demande.

Le financement ira croissant

Selon les experts, la Russie possède près de 40 millions d’hectares de terres arables inexploitées. L’année dernière, la production des fermes et des exploitations individuelles a constitué 51,4% du marché russe (données de l’Association des exploitations paysannes et des coopératives agricoles de Russie – AKKOR).

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Des fermiers reconnaissent la possibilité d’accroître cet indicateur, mais font remarquer qu’il faut pour cela augmenter le financement et préserver l’embargo sur les produits alimentaires.
 
Olga Bachmachnikova, vice-directrice d’AKKOR, explique que pour le moment, les subventions de l’Etat ne sont pas suffisantes pour soutenir tous les fermiers en herbe. Or, le financement du programme d’allocations a été élargi cette année pour passer de 27 millions à 46 millions d’euros.

« Cette année, les demandes d’allocation en provenance de toutes les régions de Russie se montent à plus de 360 millions d’euros. Nous comptons entre sept et dix candidats pour chacune, en fonction des régions », a-t-elle encore fait remarquer.

Le ministère de l’Agriculture promet de débloquer ces cinq prochaines années environ 30 milliards d’euros au soutien de l’agroalimentaire.

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