Président du Tatarstan : « La finance islamique permettra de contrer les sanctions »

Crédit : Evgeny Biyatov / RIA Novosti

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En 2015, la république du Tatarstan a occupé la première place dans le classement national du climat d'investissement. Dans cette région russe, peuplée principalement de musulmans, on trouve des sociétés turques, américaines, chinoises et britanniques. Dans une interview accordée à RBTH, le président de la république, Roustam Minnikhanov, explique comment la région parvient à attirer les investisseurs étrangers.

Quels sont aujourd'hui les plus grands projets auxquels participent les investisseurs étrangers au Tatarstan ?

Nous travaillons avec des investisseurs du monde entier. Aujourd'hui, nous collaborons avec des investisseurs turcs sur plusieurs projets importants pour un volume d'investissements de 1,5 milliard de dollars (1,3 milliard d'euros). Au Tatarstan, il y a plusieurs sociétés turques comme Coşkunöz (pièces de carrosserie), Kastamonu Entegre (panneaux MDF), Hayat Kimya (fabrication de produits hygiéniques et de détergents).

Concernant les prochains projets, on prévoit l'ouverture de deux usines de la société Sişecam (qui produit des vitres et des parebrises). La compagnie danoise Rockwook a ouvert ici sa plus grande usine d'isolants thermiques. Nous avons récemment attiré ici la société américaine Armstrong, spécialisée dans les plafonds. Une autre compagnie américaine, 3M, est en train d’achever la construction de son usine.

Les sociétés chinoises construisent, elles, des usines d'engrais minéraux : nous avons reçu les fonds par l'intermédiaire de banques japonaises et elles ont attiré les constructeurs chinois.

Quelles sont les conditions que vous proposez aux sociétés étrangères pour qu'elles se décident à investir chez vous, et non dans la région de Moscou ?

Nous avons deux zones économiques distinctes sur le territoire de la république : Alabouga et Innopolis. Si Innopolis est spécialisée dans l'informatique, Alabouga est une zone industrielle où l'on trouve 19 productions, notamment l'usine Ford qui fabrique cinq modèles de voitures. D'ici la fin de l'année, cette société doit finir la construction de son usine qui produira des moteurs diesels. En tout, Alabouga compte 45 projets.

La république compte également de nombreux sites industriels. Par exemple, le parc industriel Master, d'une surface de 640 000 m² situé à l'emplacement de l'ancienne usine KamAZ, est le plus grand parc industriel d'Europe. Sur ces sites bien organisés, nous pouvons contrôler  la mise en œuvre des projets pour qu'il n'y ait pas de problèmes liés à la bureaucratie.

De plus, dans ces parcs, les investisseurs ont toute l'infrastructure nécessaire : les équipements, les transports, le personnel hautement qualifié, les investisseurs ont aussi le droit à des avantages fiscaux. Les sociétés ont également des facilités pour accéder aux sources d'énergies et aux infrastructures. 

On dit souvent du Tatarstan que c’est le Singapour russe, on sait notamment que vous y envoyez vos employés pour qu'ils y soient formés. En quoi cette région vous attire-t-elle ?

Singapour est plus une plateforme de formation, nous y recevons des conseils et des services éducatifs parce que cet Etat possède une expérience unique. En peu de temps, depuis les années 1960, ce pays est parvenu à se retrouver parmi les leaders mondiaux dans plusieurs domaines. Ils ont un système de formation des cadres dirigeants très solide. Nous avons créé une société mixte spécialisée dans la formation de spécialistes dans l'enseignement.

Le volume du produit régional brut en 2014 était de 1 600 milliards de roubles (25,8 milliards d'euros), le volume des investissements dans le capital fixe était de 542 milliards de roubles (8,7 milliards d'euros).

En outre, nous avons conclu des accords avec deux centres éducatifs de Singapour pour former les employés municipaux. Chaque année, nous avons plusieurs groupes qui suivent cette formation de dix jours ouverte à tous les fonctionnaires : ministres, directeurs d'administration. Il est très important que les gens voient de leurs propres yeux comment les autres pays deviennent des leaders mondiaux.

Cela exerce une influence positive sur la formation de nos futurs directeurs. De plus, il y a au Tatarstan une université IT internationale, spécialisée en informatique, où les cours sont dispensés en anglais et un institut technique russo-allemand où les étudiants reçoivent un double diplôme. 

Grâce à cette expérience internationale, l'enseignement aide-t-il ensuite à attirer des investisseurs étrangers dans la région ?

Avant tout, l'investisseur fait attention aux personnes avec qui il travaillera. Quand elles ouvrent leur usine, certaines sociétés y envoient tout leur personnel et le management alors qu'il n'y a besoin d'envoyer personne ici, au Tatarstan. La présence de personnel hautement qualifié est un avantage considérable pour la compétitivité. On peut tout acheter, sauf les gens.

De plus, notre propre industrie est très développée : extraction de pétrole, raffinage du pétrole, aviation, construction de moteurs, construction d'hélicoptères. 

Vous êtes pour une collaboration étroite avec les banques islamiques. A votre avis, le capital islamique peut-il remplacer le financement occidental ?

Nous avons toujours dit que la Russie collaborait peu avec le monde islamique. Alors que celui-ci représente aujourd'hui deux milliards de personnes dont vingt millions vivent en Russie. Le monde islamique est plus construit, il présente plus d'opportunités, ce qui a été confirmé par le récent Kazansummit qui s'est tenu au Tatarstan. Les représentants de 46 pays y ont participé.

Le président de la Banque islamique de développement M. Ali est lui-même venu au sommet. La Banque islamique de développement est une structure financière très sérieuse et nous essayons de trouver un accès aux finances islamiques. Puisque l'Occident a restreint les financements accordés à la Russie, nous trouverons d'autres sources.

Oui, aujourd'hui les banques islamiques restent obscures pour la Russie, mais ces outils de financement sont utilisés non seulement dans les pays musulmans, mais aussi en Grande-Bretagne et dans d'autres Etats européens. Etant donné que la législation anglaise permet de travailler selon les principes du système bancaire islamique, alors la Russie peut en faire de même.

C'est pourquoi nous nous sommes mis d'accord avec le directeur de la Banque islamique de développement pour créer un groupe spécial de travail. 

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