Shell et Engie augmentent leurs achats de GNL russe

Crédit : AFP/East News

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Le deuxième producteur russe de gaz, la société Novatek, s’est entendu avec le géant Shell et le groupe français Engie (ex-GDF Suez) sur des accords d’approvisionnement à long terme en gaz naturel liquéfié (GNL) issu du projet Yamal LNG. Selon les analystes, la société a besoin de tels contrats pour atténuer l’effet des sanctions. Les sociétés européennes souhaitent pour leur part augmenter la production de GNL en Russie.

Le 4 juin, Novatek a signé avec Shell un accord d’approvisionnement en GNL à long terme. Le document prévoit la livraison de 0,9 million de tonne de GNL par an sur une période de plus de vingt ans. Deux jours plus tôt, le 2 juin, elle a conclu un accord avec le français Engie qui recevra 1 million de tonnes de GNL par an, et ce pour une durée de vingt-trois ans.

« Il est crucial pour NOVATEK d’achever le financement du projet. Pour ce, il lui était indispensable de conclure des contrats à long terme, car il est plus facile d’obtenir un crédit pour de tels accords », estime Roman Kazmine, directeur du département GNL au sein d’ICIS Heren.

Contexte

Yamal LNG procède à la construction d’une entreprise de gaz liquéfié d’une capacité de production de 16,5 millions de tonnes par an. L’usine doit démarrer ses activités en 2017. Les actionnaires du groupe sont Novatek (60%), la China National Petroleum Corporation (20%) et le français Total (20%).

Les actionnaires de Yamal LNG prévoient de drainer un financement d’environ 20 milliards de dollars US dans le courant de deux mois. Le chiffre a été confirmé par le président du conseil d’administration de la société, Leonid Mikhelson.

Après l’introduction de sanctions contre Novatek, il y a un an, l’obtention de crédits pour le projet Yamal LNG est devenue plus compliquée. Toutefois, la société a réussi à s’entendre avec des banques chinoises en faisant valoir le soutien de l’Etat côté russe. Les crédits chinois pourraient se monter à 15 milliards de dollars.

En outre, deux banques russes, Sberbank et Gazprombank, ont déclaré à titre préliminaire qu’elles étaient prêtes à débloquer respectivement 1 et 3 milliards de dollars.

Pourquoi les sociétés occidentales veulent-elle acheter du GNL russe ?

Le journal des milieux d’affaires Vedomosti indique dans ce contexte que Shell souhaite augmenter la production de GNL en Russie. Il s’agit du projet Sakhaline-2, dont l’opérateur est Sakhalin Energy.

Sakhaline-2

La première et pour l’instant unique entreprise de liquéfaction de gaz en Russie a été mise en service en 2009 sur la base du projet Sakhaline-2. Les principaux actionnaires sont Gazprom avec 50% des actions, Shell avec 27,5%, Mitsui avec 12,5% et Mitsubishi avec 10%. Les livraisons de Sakhalin Energy sur le marché mondial du GNL atteignent 5%.

A l’heure actuelle, la capacité de l’usine atteint 10 millions de tonnes. Shell souhaite la porter à 15 millions et persuade la société russe de construire une troisième tranche de l’usine. Dans ce contexte, la multinationale se déclare prête à investir dans les travaux, a fait remarquer le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak. Leonid Mikhelson a déclaré pour sa part que Shell pourrait participer aux nouveaux projets de Novatek, notamment celui de construction d’une entreprise de liquéfaction dans la péninsule de Gydan (la côté de Sibérie, ndlr), ce qui intéresse également Engie.

Alexandre Passetchnik, directeur du département analytique du Fonds de sécurité énergétique nationale, estime que les sociétés européennes souhaitent développer le secteur russe du GNL en raison d’une situation géographique privilégiée. « Par exemple, Shell estime possible de vendre du gaz liquéfié depuis Sakhaline en Asie, avant tout au Japon. Alors que la production de la future usine dans la presqu’île de Yamal pourrait être acheminée par la Route maritime du Nord, ce qui ouvre l’accès à de nombreux marchés », a-t-il souligné.

En outre, a-t-il poursuivi, les projets de Gazprom et de Novatek sont également intéressants du point de vue de l’extraction à long terme. « Des quantités importantes de ressources permettent d’ébaucher des projets à long terme. L’extraction dans le cadre de ces projets ne s’achèvera pas dans dix ans, a expliqué Alexandre Passetchnik. En outre, les investissements dans le secteur du GNL permettent de réduire les risques politiques. Le gaz liquéfié n’est pas rattaché aux conduites, ce qui signifie qu’il est facile de modifier l’itinéraire si besoin est. »

Selon l’Union internationale du gaz (UIG), la demande de GNL augmente de 7% par an en moyenne depuis 2000. D’ici 2020, elle devrait connaître une hausse de 2% par an, la part du GNL allant toujours croissant.

 

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