La crise russe, une opportunité pour le tourisme

La dévaluation du rouble, observée depuis le décembre 2014, a fait de la Russie une destination touristique plus accessible que jamais pour les étrangers.

« Que pensez-vous du film 'Tolstoï, le dernier automne' ? », demande une touriste polonaise, postée devant la tombe modeste de Léon Tolstoï à Iasnaïa Poliana, à une jeune guide. La guide lui adresse un sourire confus et se met à chercher les mots en anglais pour lui répondre. Un Polonais tente de parler en russe, et ils trouvent enfin un langage commun : l’amour pour Tolstoï unit le monde entier.

Les week-ends et les jours fériés, la maison de Tolstoï près de Toula, ville des armuriers, enregistre un afflux significatif de visiteurs, dont de nombreux étrangers. Le rouble faible a ses avantages : le coût du voyage en Russie a considérablement baissé, et la Russie est devenue une destination attractive.

Les statistiques de l’Agence fédérale pour le tourisme (Rostourisme), chargée du développement de ce secteur en Russie, confirment qu’en décembre 2014, après une chute brutale du rouble, les touristes sont devenus plus nombreux. 

Même si le nombre de touristes pour l’année 2014 a baissé de 3%, le chiffre total d’entrées de touristes étrangers en Russie a de nouveau crû de 3-5%, a indiqué Nikolaï Korolev, vice-président de l'Agence fédérale pour le tourisme, dans un entretien récent avec l'agence TASS.

Principal atout : un rouble faible

Vladimir Kantorovitch, membre du présidium de l’Association des tour-opérateurs russes (ATOR), constate toutefois que le rouble faible est le seul atout majeur de la Russie en matière de tourisme.

L’expert explique que cet avantage est contrebalancé par un gros inconvénient : la dégradation du climat diplomatique entre la Russie, l’UE et les États-Unis. « Ce n’est pas directement lié au tourisme, mais les touristes préfèrentvoyager vers des destinations qui conservent de bonnes relations avec leurs pays », souligne Kantorovitch.

Les représentants des tour-opérateurs partagent cet avis : « Malheureusement, la dépréciation du rouble a naturellement coïncidé avec la détérioration de l’image du pays sur le marché extérieur, ce qui empêche la Russie de devenir plus attractive pour les étrangers », note Alexandra Lanskaïa, directrice exécutive de Patriarshy Dom Tours, qui organise des visites des attractions culturelles de Moscou, Saint-Pétersbourg et d’autres villes russes pour les touristes étrangers.

Le rédacteur du périodique Kommersant-Travel Egor Apollonov rappelle que cette attitude à l’égard de la Russie date d’avant la crise ukrainienne, mais les Jeux olympiques de Sotchi ont contribué à l’amélioration de l’attractivité touristique de la Russie : « Alors que la presse occidentale criait que les Jeux étaient voués à l’échec, non seulement ils n’ont pas échoué, mais ils ont eu un succès fou. Les journalistes étrangers que j’ai rencontrés pendant les Jeux étaient fascinés par les infrastructures ».

Rostourisme est conscient que, malgré son riche patrimoine culturel, l'image touristique de la Russie doit être améliorée. Dans cet objectif, l'Agence fédérale pour le tourisme ouvre notamment des bureaux à l’étranger. Le premier a été récemment inauguré à Dubaï, d’autres devraient suivre en Allemagne et en Chine.

Problèmes à résoudre

Pendant que la Russie se penche sur l’amélioration de son marketing, les experts occidentaux spécialisés dans le tourisme notent certaines évolutions positives. Début mai, la Russie a progressé de 18 points pour passer de la 63ème à la 45ème place dans le classement de l'image touristique du prestigieux Travel & Tourism Competitiveness Report, publié par le Forum économique mondial et Strategy Partners Group.

Des notes élevées ont été décernées à la Russie pour ses attractions culturelles et la communication aérienne, alors que le niveau de sécurité et la difficulté à obtenir des visas lui ont valu des points négatifs. Si la première appréciation peut être disputée – de nombreux étrangers indiquent que les rues des grandes villes sont sans danger - la question des visas est épineuse pour les étrangers.

L’obtention du visa russe est associée à une forte dose de bureaucratie, explique Vladimir Kantorovitch. Il estime que la Russie pourrait y faire des concessions : « Personne ne nous empêche de supprimer les visas de manière unilatérale », indique Kantorovitch. Il cite l’exemple de la suppression mutuelle des visas avec Israël qui a conduit à une hausse de 50% du nombre de touristes israéliens en Russie.

Bon hébergement..., mais anglais laissant à désirer

L’hébergement est également une question importante. Les investisseurs hôteliers étrangers n’envisagent pas de quitter définitivement la Russie. Un hôtel quatre étoiles Dedeman Park Izmailovo Moscow de 110 lits a été ouvert par une chaîne turque dans la capitale.

Par ailleurs, la crise a conduit au gel de certains grands projets de construction. Il s’agit, notamment, du projet ambitieux de Crocus Group de construction d’un hôtel de la chaîne Holiday Inn de 1050 chambres, ainsi que de l’hôtel de la chaîne Marriott, écrit le quotidienVedomosti.

Toutefois, si les hôtels des grandes chaînes mondiales sont suffisamment nombreux à Moscou, le manque de petits hôtels accessibles constitue une difficulté de taille. L’administration de Moscou envisage de construire des petits hôtels dans le centre-ville que les hôteliers pourraient louer aux autorités de la capitale pour une durée de 49 ans.

Dans les régions russes, la situation dans la construction hôtelière est également compliquée. Ces dernières années, des complexes hôteliers touristiques de niveau mondial ont été construits dans les régions les plus attractives en matière de loisirs, tel qu’Altay Resort en Altaï et le Grand Hotel Rodina à Sotchi.

Pourtant, les ardeurs ont été calmées par la crise. Récemment, le ministère du Sport, chargé de l’organisation de la Coupe du Monde de football de 2018, a renoncé à la construction de 25 nouveaux complexes hôteliers dans les villes qui accueilleront le championnat : Nijni Novgorod, Volgograd, Kaliningrad, Saransk et Rostov. 

L’anglais est un autre problème qui doit être résolu. Le manque général de connaissance de l’anglais chez le personnel hôtelier irrite les étrangers qui se plaignent quand leurs questions en anglais posées aux employés du métro ne trouvent pas de réponse. Il faut noter qu’ici aussi, la situation s’améliore – des indications en anglais apparaissent dans le métro, et une police touristique parlant anglais a été créée au sein du ministère de l’Intérieur.

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