Les sanctions stimulent la demande de produits bio

Crédit : Jakub Kapusnak / foodiesfeed.com

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Malgré la crise, la demande pour les produits bio augmente en Russie. Le principal stimulateur de cette tendance a été l'embargo instauré par Moscou en 2014. Les experts y voient un important potentiel, y compris pour les investisseurs étrangers.

L'embargo imposé par la Russie sur les produits alimentaires occidentaux en 2014 a fortement touché le secteur des aliments bio.

« Cette gamme de produits était importée à 95%, précise Denis Prassolov, directeur général de la corporation Organik. Les fruits et légumes bio, les produits laitiers, les noix et les fruits secs provenaient principalement d'Allemagne, d'Italie, de Suisse, de France, des États-Unis et du Canada. Les 5% restants étaient répartis entre environ 100 producteurs russes certifiés ». La Russie produit du lait et des produits laitiers, de la viande, de la volaille et des céréales.

Nouveau créneau pour la Russie

Le marché russe est estimé à 148 millions de dollars selon les données du Foreign Agricultural Service (FAS) des États-Unis. En comparaison, le marché bio mondial atteint 63 milliards de dollars (IFOAM).

Le bio a commencé à se développer activement en Russie il y a trois ans. Sur cette période, le marché a bondi de 20%. Mais la demande est toujours supérieure à l'offre. La plupart des acheteurs de bio sont des parents qui achètent ces produits pour leurs enfants, et la génération des 22-45 ans désireuse de mener une vie saine.

La différence de prix avec les produits habituels ne les dissuade pas, même si elle peut être de 20% pour les légumes et de 300 à 500% pour les poissons et la viande. Avec les sanctions, le coût des certifications étrangères et des produits d'emballage en provenance d'Europe (bâches, serres et grains) a grimpé de 30 à 40%.

Les experts notent que la demande pourrait augmenter grâce à une nouvelle catégorie de consommateurs - ceux qui achetaient auparavant des produits de base importés de l'étranger.

« L'embargo imposé par la Russie pourrait jouer en faveur des vendeurs de produits bio: en cherchant des alternatives aux produits importés de l'étranger, les acheteurs pourraient jeter leur dévolu sur les produits organiques », pense Elena Klioutcharova, consultante du département d'études du marché de CBRE. Selon un sondage mené par l'Union de l'agriculture biologique, 58% des Russes souhaitent acheter des produits bio.

Ainsi, malgré la crise, les acteurs du marché bio prévoient une croissance de 10 à 15% en  2015.

Les conditions pour investir

La Russie dispose de près de 40 millions d'hectares de terres qui n'ont pas été touchées par des engrais chimiques depuis plus de 20 ans, appropriées pour une production écologique. Selon les standards écologiques, la limite est de 0,06% pour 126 000 hectares. Le potentiel russe pourrait également attirer les producteurs bio étrangers.

« En Europe le marché bio est en plein essor, mais manque de matières premières et de terres cultivables », témoigne Tatiana Lebedeva, fondatrice du portail d'information Look.Bio. Selon elle, les acteurs du marché et certaines associations (laFédération internationale des mouvements d'agriculture biologique par exemple) sont intéressés par un développement du marché russe.

Parmi ceux qui ont déjà décidé de développer le marché russe figurent deux propriétaires disposant d'une certification officielle, qui reçoivent des investissements étrangers et travaillent à l'export. Selon Lebedeva, il s'agit de Tiryaki Russie (filiale d'un groupe turc) qui cultive des légumes, des céréales et des tournesols dans la région de Saratov, et J&M Company - qui produit des céréales et des huiles dans le kraï de Krasnoïarsk (la source des investissements étrangers n'a pas pu être précisée).

Par ailleurs, l'un des leaders mondiaux de la nourriture pour enfants, Hipp, a construit une usine dans l'oblast de Kaliningrad : les matières premières traitées par l'usine proviennent des entreprises propres de Hipp certifiées dans la région et de producteurs locaux dont la production répond aux standards bio.

Malgré tout, les principales compagnies étrangères sont freinées par l'opacité du marché, et avant tout l'absence de législation formelle définissant les standards écologiques en Russie. C'est au parlement russe de régler cette question : cette année devrait être adoptée une loi fédérale sur l'agriculture biologique, et les législateurs comptent définir les réglementations techniques ainsi que les standards nationaux.

La superficie énormes des terres et une législation claire n'attireront pas seulement les investisseurs étrangers, mais permettront également aux acteurs du marché qui se trouvent aujourd'hui dans l'ombre d’obtenir la certification officielle. Ceci devrait rapporter 300 millions de dollars au secteur bio russe, selon les calculs de l'Union de l'agriculture biologique.

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