La Russie doit-elle être représentée au conseil d’administration de SWIFT ?

Crédit : Shutterstock/Legion Media

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Sur le fond de menaces de déconnecter la Russie du système de traitement des opérations bancaires internationales SWIFT, Moscou vient de recevoir le droit d’avoir son représentant au sein du conseil d’administration de ce réseau. La Russie peut-elle désormais se sentir à l’abri d’un éventuel blocage de son accès à ce système international ?

D’après le montant des paiements internationaux en 2014, la Russie s’est classée treizième au niveau mondial ; par suite, le réseau SWIFT devrait logiquement inclure un représentant de Moscou au sein de son conseil d’administration. Une fois tous les trois ans, SWIFT revoit les participations au réseau, la présence de chaque pays étant proportionnelle à son activité dans le système. A l’issue de l’année dernière, 10% des actions ont été redistribués, entraînant des changements au sein du conseil d’administration, rappelle le journal des milieux d’affaires russes RBC Daily. Ainsi, la Russie occupera la place de Hong Kong, tandis que les Pays-Bas cèderont la leur à la Belgique. « L’entrée d’un représentant de la Russie au sein du conseil d’administration de SWIFT prouve l’importance de l’économie russe pour les systèmes bancaires et les paiements internationaux », fait remarquer Sergueï Narkevitch, gérant des analyses stratégiques de Promsviazbank (qui arrive onzième sur la liste des actifs en Russie).

Un événement important

Le candidat de la Russie doit être employé d’une structure actionnaire de SWIFT ou doit être lié à un actionnaire. Les actionnaires du réseau sont ses utilisateurs les plus actifs, avant tout les plus grandes banques du pays. Le candidat sera élu le 16 avril dans le cadre d’un forum d’affaires de la section russe de SWIFT avant d’être approuvé en juin 2015 à la réunion annuelle des actionnaires.

« L’entrée d’un représentant russe au conseil d’administration de SWIFT reflète l’accroissement de la présence russe au sein du système. Toutefois, être membre du conseil d’administration n’offre aucun privilège et tout ce que le représentant russe pourra faire, c’est avancer des initiatives en vue de développer le réseau », a expliqué Sergueï Khestanov, chargé de cours de la faculté des finances et des activités bancaires de l’Académie présidentielle russe de l’économie nationale et de l’administration publique. Anton Soroko, analyste de la holding d’investissement FINAM, rappelle pour sa part que la représentation au sein du conseil d’administration de SWIFT dépend du volume des paiements assuré par un pays. « La part de la Russie a augmenté suite à un large recours aux paiements sans numéraire, ce qui a permis à notre pays de proposer un candidat », a-t-il dit. Cependant, le conseil d’administration compte vingt-cinq membres représentant différents pays, ce qui fait que la Russie ne pourra pas influencer sérieusement les décisions prises par la structure.

Protection contre les sanctions

C’est le premier ministre britannique, David Cameron, qui, en décembre 2014, a proposé de déconnecter la Russie du réseau SWIFT. Si cette proposition aboutit, les banques russes ne pourront plus gérer correctement leurs comptes à l’étranger ni effectuer de virements à l’intérieur de la Russie. Toutefois, les représentants de SWIFT ont déclaré qu’ils n’avaient pas l’intention de bloquer l’accès de la Russie à l’intégralité du système. Alexeï Kozlov, analyste en chef d’UFS IC, souligne que SWIFT n’a pas l’intention de perdre le marché russe. Qui plus est, la présence de la Russie au sein du conseil d’administration lui permettra de défendre plus concrètement ses intérêts et sa place dans le monde des finances, a-t-il affirmé.

Mais il ne faut pas surestimer l’importance de cet événement, ajoute Sergueï Narkevitch. Selon lui, en cas de durcissement des sanctions, toutes les sociétés qui souhaitent garder leur place sur les marchés américain et européen appliqueront les consignes de leurs gouvernements. « Les amendes infligées à BNP Paribas et à la Royal Bank of Scotland pour la violation du régime des sanctions contre l’Iran ont servi de leçon aux banques occidentales », a-t-il fait remarquer. Toutefois, d’après Sergueï Khestanov, le danger de telles mesures restrictives n’est pas très grand pour le moment, car elles engendreront des problèmes dans le paiement des ressources énergétiques russes par les partenaires et dans le service de la dette par les sociétés russes. « Ce qui fait que les risques de déconnexion de la Russie du réseau SWIFT resteront pratiquement inchangés suite à sa présence au sein du conseil d’administration », conclut Anton Soroko.

 

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