La chute du rouble plombe la troisième compagnie aérienne russe

Crédit : Ramil Sitdikov/RIA Novosti

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La troisième compagnie aérienne russe, UTair, pourrait être mise en faillite suite à la plainte de son partenaire de crédit-bail. D'après les analystes, le transporteur aérien fait face à de sérieux problèmes en raison de l'affaiblissement du rouble. Or, c'est avec la banqueroute des compagnies régionales d'aviation qu'avait commencé la crise financière de 2008 en Russie.

La troisième compagnie aérienne de Russie UTair pourrait être mise en faillite suite à une plainte de son partenaire de crédit-bail. A en croire des documents du tribunal d'arbitrage du district autonome de Khanty-Mansiysk (2000 km à l'est de Moscou), une demande en ce sens a été enregistrée le 8 décembre, indique l'agence de presse Tass. Qui plus est, d'après l'agence, les huissiers ont déjà saisi sept hélicoptères appartenant à la compagnie suite à une autre plainte. Cette dernière concernait le remboursement d'une dette de 8,8 millions d'euros à Alfa-Bank. Au total, plus de 20 affaires d'arbitrage sont en train d'être examinées par les tribunaux en lien avec cette compagnie, tandis que le transporteur s'efforce de son côté de restructurer ses emprunts obligataires pour un montant de 14,5 milliards de roubles (211 millions d'euros). 

Manque de moyens

« Ces dernières années, les transporteurs russes ont élargi leur parc aériens, sur fond de croissance rapide du marché. Cela a entraîné une augmentation de l'endettement des compagnies », indique l'analyste d'UFS Investment Company Anna Milostnova. Sur fond de décrochage du rouble face aux autres devises, et d'affaiblissement de l'économie ayant entraîné un recul du trafic aérien, le coût de l'emprunt a augmenté pour les transporteurs. « Une partie non négligeable des dépenses des transporteurs va aux crédits-bails (leasing) opérationnels, fixés le plus souvent en monnaie étrangère », explique Anna Milostnova. D'après ses données, UTair n'a pas de moyens financiers disponibles, c'est pourquoi la compagnie n'a déjà pas pu remplir ses obligations de rachat d'obligations pour 2,7 milliards de roubles (39 millions d'euros).

La compagnie n'a pas publié de comptes financiers selon les standards internationaux depuis 12 mois, mais d'après les standards russes, l'endettement de la compagnie était supérieur à 74 milliards de roubles (1 milliard d'euros) à la fin du troisième trimestre de 2014. Par comparaison, d'après Anna Milostnova l'endettement d'Aeroflot a pendant ce temps augmenté de 35,7 % jusqu'à 92 milliards de roubles (1,3 milliard d'euros). UTair est dans le trio des leaders du marché russe du transport aérien. En 2013, la compagnie a transporté 10,4 millions de passagers et 171 500 tonnes de fret. Qui plus est, elle est le principal opérateur russe de transport par hélicoptère.

Parallèles historiques

D'après le directeur exécutif de ZIP Realty Evgueni Skomorovski, la crise financière de 2008-2009 a commencé en Russie par la banqueroute de compagnies aériennes et une brusque chute de la demande en immobilier d'entreprise. « Traditionnellement, ces deux secteurs sont des thermomètres de l'activité économique du pays », souligne-t-il. En particulier, en 2008 KrasAir, l'une des principales compagnies d'aviation russes, avait été confrontée à d'importantes difficultés financières, avant de faire faillite en juillet 2009. Des turbulences qui déstabilisèrent toute l'alliance aérienne AiRUnion, à laquelle appartenait KrasAir. Avaient notamment été mis en banqueroute les membres de l'alliance Omskavia, Samara et Domodedovskie avialinii. Fin 2009, l'économie russe était en récession : le PIB était tombé de 7,9 % dans l'année.

RBTH a appris auprès du service de presse d'UTair que la poursuite par voie de faillite n'affectait pas son travail. « Le dépôt de la plainte est une action classique dont se servent les créditeurs qui possèdent, souvent, une faible part de la dette », a-t-on indiqué dans l'entreprise. Qui plus est, la compagnie tente de réguler son endettement. « Actuellement, Raiffeisenbank s'occupe de restructurer la dette d'UTair, et dans le meilleur des cas, le transporteur et les créditeurs pourront se mettre d'accord sur l'ajournement des remboursements et, peut-être, l'augmentation des intérêts sur les obligations », déclare Anna Milostnova. D'après elle, c'est ce qui s'était passé pour la compagnie d'aviation Sibir en 2009. « Toutefois, il n'est pas possible d'exclure la pire des options, qui serait une faillite de l'entreprise », dit-elle. D'après l'experte, le marché réagira dans tous les cas négativement à une banqueroute possible de la compagnie, et les investisseurs commenceront à réévaluer le risque des autres compagnies aériennes du marché, en premier lieu du second transporteur aérien Transaero et du leader Aéroflot.

« Le gouvernement peut prendre des mesures d'aide à la compagnie sous la forme soit d'un apport financier direct, soit de garanties étatiques apportées aux emprunts auprès des banques », remarque Dimitri Baranov, expert senior d'UK Finam Management. D'après l'agence Tass, le gouvernement russe réfléchit déjà aux moyens d'aider la compagnie. C'est ce qu'a déclaré à cette agence le vice-premier ministre Arkadi Dvorkovitch. De son côté, la compagnie a elle-même confirmé qu'elle comptait identifier et éliminer les destinations non rentables.

 

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