Quel avenir pour les projets russes de Total ?

Moscou, 2 mars 2011 : Le PDG de Novatek Leonid Mikhelson (à droite) regarde de Premier ministre russe Vladimir Poutine serrer la main au PDG de Total Christophe de Margerie à la résidence de Poutine à Novo-Ogariovo, près de Moscou. Crédit : AFP / East News

Moscou, 2 mars 2011 : Le PDG de Novatek Leonid Mikhelson (à droite) regarde de Premier ministre russe Vladimir Poutine serrer la main au PDG de Total Christophe de Margerie à la résidence de Poutine à Novo-Ogariovo, près de Moscou. Crédit : AFP / East News

Le président de la compagnie pétrolière française Total est mort dans un accident d’avion à l’aéroport moscovite de Vnoukovo dans la nuit de lundi à mardi. RBTH a interrogé des experts sur les projets actuels et futurs menés par Total en Russie.

Anna Kokoreva  - analyste, société de courtage Alpari

« Total menait une coopération active avec les sociétés russes, le degré d’intégration de la compagnie avec la branche gazière et pétrolière russe était amené à s’intensifer dans les années à venir. Ainsi, sur la base d’une joint-venture avec Lukoil, la compagnie s’apprêtait à prendre part  au forage du gisement de Bazhenov. Cela devait être le premier projet d’extraction de pétrole de schiste de Total.

La compagnie s’est investie au plus haut point dans les projets gaziers. La compagnie possède 18% du capital producteur indépendant de gaz Novatek et de 20% dans le projet Yamal-SPG conjoint entre les deux compagnies. De plus, Total était intéressé par l’exploitation du gisement de Chtokman en partenariat avec Gazprom. Des négociations se sont tenues cet été pour remodeler les conditions du projet. Total avait déjà retiré 350 millions de dollars d’investissements du gisement de Chtokman mais continuait à manifester régulièrement son intérêt pour le projet. Les réserves du gisement de Chtokman, situé dans la partie russe du plateau continental de la mer de Barents, sont à l’heure actuelle les plus importantes au monde. Par ailleurs, Total est une des rares compagnies occidentales à être restée loyale envers ses partenaires russes malgré les sanctions et la pression politique.

Evidemment, la mort de Christophe de Margerie ne signifie pas que les activités de Total en Russie vont s’arrêter brusquement, tout dépendra de la personne qui lui succèdera à la tête de la compagnie. Mais quoi qu’il en soit, il est dramatique pour la Russie de perdre un tel ami dans une période aussi difficile. Rappelons que Christophe de Margerie était l’un des rares à ne pas soutenir la politique de sanctions contre la Russie et à proposer de cesser de régler les achats de matières premières en dollars.

Cet événement ne passera pas inaperçu sur le places boursières et dans notre pays. Il convient de remarquer que si le cours des actions de Gazprom et Lukoil n’ont pratiquement presque pas été affectés par cet événement, celui des actions de Novatek, en revanche, a baisse de 3,1%. Quant aux actions de Total leur prix unitaire est passé de 43 à 42 euros ».

Alexandre Frolov - Assistant du directeur général de l’Institut national de l’Energie  (propos recueillis par la radio Kommersant FM)

« Les positions de Total sur le marché se sont considérablement renforcées ces deux dernières années. La compagnie a rejoint le projet Yamal-SPG et mène des projets communs avec Lukoil et Gazpromneft.

Christophe de Margerie était un partisan assumé du rapprochement avec la Russie et il voyait de manière lucide les intérêts que la Russie et l’UE pouvaient avoir en commun en matière de livraison de gaz et d’autres combustibles. Il suffit de se rappeler de l’interview qu’il a donné à Reuters, au mois de juin de cette année il me semble, dans laquelle il évoquait ce qui attendait l’UE si elle commençait à rejeter le gaz russe. Il a clairement dit que cela contraindrait l’UE à acheter du gaz plus cher et que cela n’était pas du tout rentable. Qui plus est, outre les apports en investissements, il ne faut pas oublier les apports en technologies et notamment dans le domaine des sables bitumineux modifiés, où Total possède une solide expertise. Il s’agit d’un projet en commun avec Gazpromneft réalisé à partir de la grande raffinerie moscovite de Gazpromneft. C’est un bon produit qui permet notamment de solidifier les routes.

Je ne pense pas que la mort de Christophe de Margerie affectera fortement les projets conjoints et le développement des activités de Total en Russie. D’abord, parce que de nombreux  projets sont déjà commencé à se mettre en place que ça n’aurait aucun sens de les arrêter. Ensuite parce que ce sont des projets intéressants et rentables pour Total. Par exemple, la prospection des réserves du gisement de Bazhenov, que les Français veulent mener avec Lukoil et d’autres dispositions essentielles du contrat vont commencer à s’appliquer l’année prochaine. Cela m’étonnerait que la compagnie renonce à une telle opportunité aujourd’hui ».

Grigori Birg – Analyste d’Investcafe, spécialiste de l’industrie énergétique

« Total est une des plus grandes compagnies pétrolières au monde opérant en Russie. Compte tenu de la complexité, de l’envergure et de l’ampleur des projets conjoints de Total avec les entreprises russes, il est peu probable que des bouleversements interviennent après le décès du président de la compagnie. La Russie est d’abord une priorité stratégique pour la compagnie Total dans son ensemble. Cette dernière est devenue en 2011 partenaire stratégique de la compagnie Novatek pour le projet Yamal-SPG, qui prévoit entre autres la construction d’une usine de liquéfaction du gaz naturel. La nouvelle de la mort du PDG de Total  n’affectera probablement pas ce projet dont les principaux axes ont déjà été validés par les deux parties. La partie française est devenue actionnaire de Novatek, fin 2013 la part de Total dans Novatek constituait 17%. Les Français négociaient une augmentation de leur part ces derniers temps, et Total, selon Forbes, a déjà acheté un paquet d’actions pour un montant correspondant au maximum de 19,9% que la compagnie ne peut pas dépasser dans le capital de Novatek. En ce qui concerne le nouveau projet conjoint avec Loukoïl, Total prévoyait de coopérer avec la compagnie dans le cadre de l’exploitation des réserves d’hydrocarbures difficilement accessibles du gisement de Bazhenov en Sibérie occidentale. La partie française a cependant décidé d’arrêter de coopérer avec Lukoil dans ce domaine à cause des sanctions occidentales ».

Contexte

 

Total est une compagnie pétrolière et gazière française, la quatrième au monde en volumes d’extraction après Royal Dutch Shell, BP et ExxonMobil. Le groupe est présent depuis plus de 20 ans en Russie. En 2013, le groupe atteignait un volume d’extraction journalière de 207 000 barrils d’équivalents pétrole.

En Russie, Total participe à la réalisation de cinq grands projets :

- l’exploitation du gisement de Khariaguinsk (district autonome de Nénétsie) ; 

- la mise en valeur du gisement de gaz à condensat de Chtokman (plateau continental de la mer de Barents) ; 

- l’exploitation du gisement de Thermokarst (district autonome de Iamalo-Nénétsie) ; 

 - l’exploitation du gisement de Khvalynsk (plateau continental de la mer Caspienne) ;

 - en cours de lancement : le projet de mise en valeur du gisement de gaz à condensat de Yuzhno-Tambeïsk et le projet de production de gaz naturel liquéfié Yamal-SPG.


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