La Belgique ne figure pas parmi les pays fermés à la Russie

Crédit photo : Reuters

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Arkady Arianoff, directeur général de la chambre de Commerce Belgo-Luxembourgeoise en Russie, évoque les perspectives des relations commerciales belgo-russes. Non sans optimisme.

Quels secteurssontles moinstouchés parles sanctions ?

Nous n'avons pas de problèmes avec le commerce de diamants, de pierres précieuses brutes. Tout est normal aussi sur le marché des métaux. Pour l'instant, il n'y a pas non plus de sanctions sévères sur les produits pétroliers. On livre comme auparavant les équipements de transport consacrés uniquement à l'usage civil.

Le marché russe est une place très importante pour les plastiques et les matériaux polymères. Mais là non plus, si ce n'est pas destiné au domaine militaire, il n'y a aucune sanction.

Les problèmes essentiels concernent le secteur agricole. Les légumes, les fruits, la viande et le lait. Pour la Belgique, ce sont des pertes énormes, qui peuvent atteindre 500 millions d'euros !

Bien que les liens commerciaux se maintiennent globalement, il y a tout de même des pertes significatives, en particulier dans le secteur énergétique. En Belgique, près de 100 entreprises coopèrent avec la Russie dans le domaine des hydrocarbures.

Le nombre de contrats se réduit de façon significative, en particulier dans les livraisons liées au secteur militaire. Il est vrai que les entreprises liées à la production de biens dits à « double usage » [civil et militaire, ndlr] ne sont pas nombreuses. Parmi les plus connues, on peut citer la fabrique d'armements FN Herstal.

Je veux encore souligner que des problèmes sont apparus sur le marché financier. Voici à peine deux jours, un homme d'affaires de mes connaissances racontait qu'il voulait payer une commande faite pour le marché russe, mais que la banque belge, en lien avec les sanctions, atout simplement bloqué les mouvements de fonds. Cette situation n'est heureusement pas emblématique.

Quel est l'état d'espritdes entrepreneurs belgesactifs en Russie ?Les investisseursbelgesont-ils l'intention de continuer à investir dans lepays?

 Tous les dirigeants d'entreprises que j'ai rencontrés cet été disent d'une seule voix : « Oui, bien sûr, nous poursuivrons nos investissements en Russie ! Cela nous intéresse toujours ».

Comme on le sait, la compagnie belge Lhoist investit 120 millions d'euros dans la construction d'une usine moderne de fabrication de chaux dans la région de Sverdlovsk.

BIOGRAPHIE


Né : 20 février 1947

Poste : directeur général de la CCBLR

Arkady Arianoff est une autorité en matière d’import-export de biens et de services. Depuis 2003, il dirige la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise en Russie et en Biélorussie. Celle-ci réunit plus de 250 entreprises belges, luxembourgeoises et russes. Le bureau moscovite de la Chambre a été officiellement inauguré en février 2014.

Dans la région de Nijni-Novgorod, la holdingpétrochimique russe Sibur et le géant chimique belge Solvay ouvriront le 18 septembre une joint venture pour la fabrication de substances tensioactives et de produits pour l'industrie d'extraction d'hydrocarbures. La coopération active entre la compagnie belge Bekaert et la Russie continue. Etc, etc.

Des complications sont apparues seulement avec la Crimée. Les autorités belges ont envoyé une lettre aux entreprises ayant des relations avec la Russie, dans laquelle elles rappellent que la Commission européenne a mis en place des restrictions vis-à-vis de la Crimée.

Pour autant, la Belgique n'interdit pas, mais ne « recommande » pas non plus, d'avoir des relations d'affaires avec la péninsule visée par les sanctions.

Entretemps, la Région wallonne a décidé de participer à la grande exposition internationale sur l'innovation qui se tiendra à Moscou en octobre, et elle a déjà payé sa place. Cela démontre aussi que la Belgique n'est pas le pays le plus fermé aux affaires en et avec la Russie.

Quel est le poids du petit entrepreneuriat belge en Russie et quel est l'état d'esprit du petit business ?

 C'est là que ça fait le plus mal. Rien que pour le premier trimestre de cette année, les pertes des petits entrepreneurs belges étaient de 23%. C'est un chiffre très important !

Globalement, près de 3 000 sociétés belges font du commerce avec la Russie. Le volume d'échanges était de 5,2 milliards d'euros l'année dernière. Si la dégradation se poursuit jusqu'à la fin octobre, alors les pertes atteindront un milliard d'euros !

Pour les petites et moyennes entreprises belges, ce sont bien sûr des pertes énormes. Il est vrai que la Russie a augmenté ses exportations vers la Belgique, mais cette hausse était d'un peu plus de 7%.

La comparaison n'est clairement pas en faveur du petit entrepreneuriat belge.Quant à savoir comment tout cela va évoluer, pour l'instant rien n'est clair. En tenant compte de la baisse du volume des livraisons, les pertes seront effectivement énormes.

Existe-t-il des domaines dans lesquels il est possible d'élargir de façon significative la coopération russo-belge ?

 Bien sûr ! C'est avant tout le cas de la recherche et de la création dans le domaine des nouvelles technologies. Les petites et moyennes entreprises de Belgique représentent une base importante pour le développement de nouvelles technologies et la mise en œuvre des processus.

Je pense que c'est très important pour la Russie en ce moment. Le système actuel rend obligatoire la création de joint ventures en Russie et notre mission est de trouver les outils pour élargir les possibilités. Pour cela, notre chambre de commerce a ouvert une représentation à Moscou à la fin de l'année dernière.

Elle contribuera à rechercher efficacement des partenariats et à promouvoir la création de sociétés utiles pour les uns et les autres.

On peut par exemple citer le partenariat en cours visant à la création d'incubateurs scientifiques de type Skolkovo. Les laboratoires d'études de l'Université catholique de Louvain (UCL) y ont activement participé.

Du côté russe, différents instituts de recherche scientifique sont impliqués. D'autres projets concernent des domaines comme l'industrie aérospatiale, l'automobile, le diagnostic médical, les matériaux de construction etc.

Tout cela est très intéressant et indispensable à développer en Russie. Avant, il était bénéfique d'apporter des briques et des pierres des antipodes, désormais c'est une nouvelle époque. Quelque 32 entreprises belges produisent différents matériaux en Russie. Et l'horizon restetrès dégagé pour de telles relations.

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