L'unique compagnie low cost de Russie torpillée par les sanctions

Crédit : Itar-Tass

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Les sanctions de l’Union européenne obligent l’unique compagnie aérienne low cost russe Dobrolet, créée par la compagnie Aeroflot, à suspendre son activité. C’est la troisième compagnie low cost de Russie qui suspend son activité. Cette fois, les raisons sont purement politiques : les contrats de leasing sont suspendus, tandis que les partenaires allemands refusent de desservir les avions de Dobrolet.

Suspension des vols

« Compte tenu de la pression sans précédent exercée par les partenaires européens, le transporteur est contraint de suspendre les vols et la vente de billets », annonce la compagnie Aeroflot dans un communiqué officiel. La compagnie aérienne précise que les partenaires européens ont annulé les contrats de leasing d’avions, ainsi que l’entretien et l’assurance des appareils. Cela s’est produit quand Dobrolet a été ciblé par les sanctions européennes pour avoir « facilité l’intégration de la Crimée à la Russie ». En effet, le premier itinéraire desservi par Dobrolet en juin 2014 reliait la Russie à la capitale de la péninsule, Simféropol.

Ainsi, il est interdit aux compagnies européennes de collaborer avec Dobrolet, tous ses avoirs en Union européenne devant être gelés. Selon le quotidien économique russe Kommersant, le principal problème est le refus de l’irlandais SMBC Aviation Capital d’exécuter son contrat de leasing des Boeing 737-800NG. À ce jour, la compagnie a déjà reçu deux avions, nombre qui devait être porté à huit avant la fin de l’année. Huit autres avions devaient être achetés en 2015. En outre, l’allemand Lufthansa Technik a refusé de leur fournir les services techniques.

Le transporteur national russe Aeroflot a annoncé la création de sa propre compagnie low cost Dobrolet en octobre 2013, mais les premiers vols de la compagnie remontent à début juin 2014. Les billets pour la Crimée étaient proposés à des tarifs spéciaux : entre 999 roubles (environ 22 euros) et 3 499 roubles (environ 72 euros) – grâce, notamment, à des subventions spéciales du gouvernement. Comme le service de presse de Dobrolet nous l'avait précédemment expliqué, la compagnie envisageait de lancer en août deux nouveaux itinéraires en Russie : entre Moscou et Volgograd (à 970 km de Moscou), ainsi qu’entre Moscou et Perm (à 1 442 km de Moscou). Au total, jusqu'à début août, la compagnie a transporté environ 65 000 passagers. Le montant global des pertes subies par Aeroflot à cause de l’arrêt de l’activité de Dobrolet n’est pas encore annoncé. Selon les analystes de Sberbank, Aeroflot avait investi dans le projet 15 millions d’euros jusqu'en mars 2014 pour un programme total d’investissement de 75 millions d’euros. Toutefois, les avions sont vendus à Aeroflot, et le transporteur national russe Aeroflot pourrait les intégrer dans sa propre flotte.

Principales conséquences

Actuellement, la Crimée est desservie par Dobrolet, mais également par de nombreuses autres compagnies aériennes, notamment Aeroflot, Trasaero, S7, Ural Airlines et Red Wings. D’après nos sources, le gouvernement russe craint que les autres compagnies aériennes soient également frappées de sanctions. Dans ce cas, les responsables russes pourraient restreindre ou complètement interdire le survol du territoire russe aux compagnies aériennes européennes qui desservent l’Asie, estime le quotidien économique Vedomosti. Toutefois, les représentants officiels du gouvernement démentent cette éventualité.

En outre, le lancement de Dobrolet est la troisième tentative de créer un transporteur low cost russe, les précédentes ont toutes échoué. Les deux compagnies ayant adopté ce modèle, Sky Express et Avianova, ont fait faillite en 2011. Les raisons de ces faillites étaient, toutefois, purement économiques. Néanmoins, après l’arrêt de l’activité de Dobrolet, les perspectives de création d’une compagnie low cost rentable en Russie restent incertaines, estime le directeur du département analytique chez RUSS-INVEST Dmitri Bedenkov. D’un côté, le marché de transport aérien en Russie est caractérisé par une forte concentration : environ 70% du marché est réparti parmi les trois principales compagnies – Aeroflot, Transaero et S7. D’un autre côté, un tiers des passagers des vols internationaux sont transportés par les compagnies étrangères. « La part des charters dans les vols internationaux est passée de 30% en 2007 sous la barre des 25% en 2013. Cela reflète l'approche plus flexible de la formation des prix appliquée par les grandes compagnies aériennes », explique Dmitri Badenkov. En d'autres termes, les compagnies aériennes classiques baissent simplement leurs prix.

Toutefois, les raisons de l’arrêt de l’activité de la compagnie sont purement politiques et non économiques, explique l’expert en chef chez Finam Dmitri Baranov, « il ne s’agit absolument pas d’économie dans ce cas ». « Cela signifie que cela ne se répercutera absolument pas sur les activités des compagnies low cost en Russie. En outre, Dobrolet pourrait bien reprendre son activité après une pause », affirme l’expert.  

 

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