Un groupe de presse d’opposition prépare son entrée en bourse

Les membres du groupe Pussy Riot Maria Aliokhina et Nadejda Tolokonnikova, libérées de prison par une amnistie, donnent une conférence de presse pour la chaîne de télévision Dojd. Crédit : Photoshot/Vostockphoto

Les membres du groupe Pussy Riot Maria Aliokhina et Nadejda Tolokonnikova, libérées de prison par une amnistie, donnent une conférence de presse pour la chaîne de télévision Dojd. Crédit : Photoshot/Vostockphoto

Alexandre Vinokourov, ancien banquier d’investissement et propriétaire de Dojd, la principale chaîne de télévision d’opposition russe, réunira ses projets en un seul groupe de presse et les introduira à la Bourse de Moscou. Il s’agira de la première introduction en bourse d’un groupe de presse russe depuis 2006.

A la recherche d'un investisseur

Le groupe de presse d’Alexandre Vinokourov est composé de la chaîne de télévision Dojd, du magazine Bolchoï Gorod et du magazine en ligne Slon, célèbres pour leurs tendances d’opposition. Ces derniers temps, tous ces supports rencontrent des difficultés financières majeures. Pour les résoudre, l’investisseur a décidé de réaliser une introduction en bourse. La direction de la holding envisage d'investir les moyens ainsi réunis dans les nouveaux studios d’enregistrement de la chaîne Dojd. Le montant du placement n’est pas encore connu, mais Alexandre Vinokourov a annoncé en direct sur la chaîne Dojd que son volume pourrait atteindre entre 300 et 700 millions de roubles (6,4-15,1 millions d’euros).

« Cette idée semble très intéressante et même assez logique. Malgré l’ampleur assez restreinte de l’entreprise, pour une société de ce profil, placer ses actions sur le marché public est une stratégie tout à fait justifiée », explique Maxime Kliaguine, analyste chez Finam Management. Il estime que les possibilités alternatives de lever des emprunts auprès des émetteurs de deuxième ou troisième rang opérant dans les domaines technologiques ou intellectuels sont assez limitées. Dans ces conditions, l’introduction en bourse pourrait constituer la solution la plus efficace afin d’attirer des ressources extérieures, estime l’expert.

Le chiffre d’affaires global de la holding en 2013 s’élevait à un peu plus de 530 millions de roubles (11,4 millions d’euros), la chaîne de télévision comptabilise près de 70% de ce chiffre. « Compte tenu du taux de croissance de l’audience de la chaîne de plus de 50% par mois en 2013, l’actif semble effectivement intéressant pour une introduction en bourse », explique Timour Nigmatoulline, analyste chez Investcafé.

La banque qui réalisera l’introduction en bourse n’est pas nommée pour le moment, mais Alexandre Vinokourov a déclaré qu’il pourrait personnellement participer à sa préparation. En 2001, l’entrepreneur a créé l’une des principales banques d’investissement en Russie, Kit Finance ; en 2008, le magazine Forbes estimait la fortune personnelle de Vinokourov à 0,96 milliard d’euros. Toutefois, lors de la crise de 2008-2009, l’entrepreneur a perdu la plupart de ses actifs, tandis que sa banque a été assainie par l’Etat. Ensuite, Alexandre Vinokourov a décidé de se consacrer aux médias et a investi en 2009 dans la création de la chaîne de télévision Dojd.

Expérience antérieure

La seule introduction à la Bourse de Moscou dont se souvient le directeur du département de l’information et de l’analyse du groupe d’audit et de consulting Gradient Alfa Vitali Tsvetkov est celle de la holding d’information RBC survenue il y a plus de 10 ans, en 2002. Pour entrer en bourse, la société a présenté un portefeuille s’élevant à 16% de son capital et a, ainsi, pu attirer 9,62 millions d’euros ; le prix des actions de RBC en bourse a doublé en six mois après leur première introduction.

Un autre placement notable d’un groupe de presse russe a eu lieu aux Etats-Unis, sur le marché NASDAQ. En juin 2006, le groupe STS Media, composé de plusieurs chaînes de télévision russes, a réalisé une introduction en bourse de 16,38 % de ses actions au prix de 10 euros par action. Le placement a permis aux actionnaires de lever environ 260 millions d’euros.

En 2010, l’une des plus grandes holdings de presse russes ProfMedia envisageait de réaliser une introduction à la Bourse de Londres. Le groupe comprend plusieurs magazines et sites d’information célèbres. Le groupe souhaitait proposer jusqu’à 40% de ses actions : sachant que les banques ont estimé la holding à 1,50 – 1,85 milliard d’euros, le volume du placement aurait pu atteindre le chiffre record de 0,75 milliard d’euros. Toutefois, l’instabilité des marchés financiers a poussé la holding à renoncer à entrer en bourse. Plus tard, en 2013, son principal actionnaire, le copropriétaire du plus grand groupe de nickel au monde Norilsk Nickel Vladimir Potanine a vendu ProfMedia à la filiale du géant gazier – Gazprom-Media pour 445 millions d’euros.

Aussi, les groupes de presse russes n’ont pas réalisé d'IPO depuis 2006, et l’introduction en bourse de la holding d’Alexandre Vinokourov pourrait inverser la tendance. Toutefois, Timour Nigmatoulline estime que l'entrée de la holding de presse d’opposition est peu probable en 2014. « Le fait est que ce projet de presse est caractérisé par un risque politique élevé », avertit l’expert. En janvier 2014, le principal actif d’Alexandre Vinokourov, la chaîne de télévision Dojd a été confrontée à des problèmes financiers après un sondage interactif, réalisé en direct, demandant au public s’il fallait ou non livrer la ville assiégée de Leningrad (aujourd’hui, Saint-Pétersbourg) aux troupes allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale. Au cours des 900 jours de siège, plus de 600 000 habitants de la ville sont morts de faim. La question était rédigée de telle sorte que de nombreux organismes publics, hommes politiques et simples spectateurs l’ont trouvée choquante. Suite à ce sondage, les principaux opérateurs ont supprimé Dojd de leurs offres et l’audience de la chaîne a chuté de 80%. Toutefois, la direction de la chaîne a expliqué la décision des opérateurs par la pression politique liée au positionnement politique d’opposition de la chaîne.

En juin 2014, lors d'une conférence de presse organisée à l’issue des célébrations en Normandie, le président russe Vladimir Poutine a répondu séparément à une question concernant sort de la chaîne de télévision Dojd et a déclaré n’avoir donné aucune instruction d’interruption de sa diffusion. « Je n’ai pas donné d’instructions aux opérateurs du câble d’interrompre votre diffusion et j’estime que je ne suis pas en droit d’ordonner la reprise de cette diffusion », a déclaré de chef de l’Etat russe en réponse au correspondant de Dojd. 

 

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